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Inédits

Nager dans un ciel ou deux, Variation 3

Deux auteurs écrivent autour des photographies de Marc Dantan

photographies de Marc Dantan

Impossilisibilités, d'Anne Bourrel

Personnages : Enzo, Paul et celle que je nomme Agathe

1
Agathe : Très âgée, je vis dans le monde intermédiaire, déjà presque en équilibre avec chaque mouvement ou circonstance.
Enzo : Le temps soyeusement coule…
Paul : Immense étonnement… les étoiles…
Agathe : Le même instant a des significations bien différentes pour vous et pour moi… Je vous touche et je suis loin de vous.

2
Paul : Qui es-tu donc ?
Agathe : Je suis la Personne qui parle ! Celle qui porte la voix de tous et que parfois, on nomme JE.
Enzo : Regarde, Paul, comme l’arbre se penche vers son visage dans l’eau calme !

3
Enzo : Je vais sur les bords de la vaste mer et je me parle
Paul : La mer ! La mer est en extase sous mes yeux ! Toute chatouillée de soleil !
Agathe : Méditerranée par vent Sud, Sud-est. Rafales. Tout est gris, vert, des milliers de crêtes blanches courtes courent à la côte…

 

Peau tendre, de Françoise Renaud

- Alors ça commence quand ? J'en ai assez.
- Ils attendent la nuit, j'te dis, sinon ça fait moins d'effet.
- Ah bon, tu crois ?

Une histoire de nuit, de soleil enfui. En bref, une histoire de temps qui passe trop lentement pour les enfants, perception ajustée au nombre d'années qu'ils ont connues. Ils ont la peau tendre parcourue de sang bleu, ils ont envie d'en voir davantage, ils ne connaissent pas la patience.

photographies de Marc Dantan

Bientôt des feux explosent pareils à des poulpes géants, des pluies de météorites, des veines d'or et de sang. Pour une première navigation dans les dédales de la matière cosmique, ça y va fort. Mais ils aiment être surpris, effrayés même — ils le désirent tellement qu'ils le disent dans leur sommeil. Et ils partent plus haut plus fort, portés par les nuages du monde.
Au matin ils ouvrent les yeux, chaque nuit les referment.
À toute allure ils vieillissent. Paul, Enzo. Elle aussi.

Le retour au silence laisse flotter une espèce de sourire sur les visages éprouvés, ruinés.
La lumière devient vestige, empreinte dans la mémoire de bronze.


 

Petite, de Florence Hinckel

À écouter : [le Flash Player est nécessaire]

Demoiselle en robe jaune d'Egon SchieleL'enfance fut merveilleuse, peuplée de galets polis, pissenlits, colonnes de fourmis, loupes flambantes, soleil regardé en face, poudre d'ailes de papillons, scarabées dorés, fissures de murs scrutés jusqu'à gouffres, sous les pierres vers et scorpions humide, queues de lézards coupées, repoussées paraît-il, cyprès odorants, ricochets et œufs dans l'eau, secrets forcenés, enterrements d'oiseaux, conversations félines, arbres animés, résine gluante, mèches de cheveux coupées, brûlées, arrachées, toboggans brûlants, genoux écorchés, sang à sucer, on dirait qu'on serait, nuages mouvants, tradéridéra, pieds évitant l'ombre, si ombre touchée malheur à toi, poisson pourri, miroir incassable, mon âne mon âne, fleurs de crépon, colliers de nouilles, shorts troués, licornes et centaures, poussière de lumière, petit homme sur l'épaule, décors de tapisserie connus par cœur, rougeole, sueur sur l'oreiller, mort proche et lointaine, inconnue, traces de dents sur la peau, stylo sur les murs, errances dans les collines, cheville foulée, cabanes, clous qui dépassent, rouillés, soupe d'herbe et cailloux, hoquets de pleurs, fraîcheur du carrelage sur la joue, vent dans les cheveux, tours de roue, diabolo fraise, chaîne qui saute, cambouis, tralala, monstres sous le lit, chevilles attrapées, dent qui tombe, sang sur la pomme, pouce sucé, fronde et lance-pierres, carreaux cassés, fuite, cœurs qui explosent, bulles de savon, gadoue, souffle coupé, mal dans les jambes, c'est que tu grandis, élastique, corde, jeux de filles à nouer, de garçons à suivre l'horizon, pulsations pulsations pulsations, merveilleuses je vous dis.

Illustration : Egon Schiele, Demoiselle en robe jaune, 1911
Document sonore : voix de Nat Yot



Miniature n° 14 , de Marie Bronsard

Elle est ravissante, et le sait. Elle est charmante, on le lui dit. Elle papillonne, butine, virevolte. Elle rit. Elle est l'oiseau, toujours sur la branche, la coquette ingénue, enjôleuse et ravie. Sa vie serait une perpétuelle fête, si le monde entier était fait comme elle. Mais il arrive au monde entier — du moins, parfois, à certains de ses membres — d'avoir des soucis, des ennuis, ou que le ciel soit gris.
Portrait de jeune fille par Petrus ChristusLes lieux communs l'enthou- siasment. Elle s'en étonne et s'y adonne avec autant de sérieux que s'il s'agissait d'une philosophie. L'Amour est son sujet de prédilection. Elle ne se lasse jamais d'épiloguer sur les siennes, de provoquer à la confidence autrui. Elle aime à comparer les expériences. La discrétion l'agace, les dérobades la navrent, les francs refus la consternent : le monde, décidément, est plein de pudibonds. Mais elle sait se montrer convaincante. Son œil s'allume, canaille, et elle se fait complice. Aucun sujet n'est éludé, pas même les plus intimes, que, pour sa part, elle évoque sans renâcler. Elle ne craint pas la crudité. Nul ne saurait lui reprocher son naturel, sa délicieuse spontanéité.
Son avenir l'inquiète. Elle a vocation de séduire et déjà son corps menace de la trahir. Sa peau plisse, son visage se ride et ses cheveux blanchissent. Elle, tout du moins, le voit. Elle cache son triste état aux mâles mais s'en ouvre volontiers, à la moindre occasion, dans le plus grand secret, aux dames. Et qu'on n'aille pas lui vanter le charme irrésistible de quelques femmes racées à l'automne de leur âge. Elle n'a que faire du charme. Elle n'a de foi depuis toujours qu'en sa jeunesse et sa beauté.
Sa jeunesse est passée. Sa beauté se défait. L'inconsistance la guette. Mais que le ridicule des vieilles petites poupées lui — et nous — soit épargné.

Illustration : Petrus Christus, Portrait de jeune fille, 1446



Ascèse des corps, d'Anne-Lise Blanchard

 
 
 
 
 

"L'attente" de Matt Mahlen


Illustration : Matt Mahlen, L'Attente, gouache et lavis sur papier, 2007
En collaboration avec Matt Malhen : Sur les paupières du vent, éditions Donner à Voir, 2008


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Chroniques livres

À la recherche de G. de  Geneviève Casasus,   
par Antoine Blanchemain

Non et non
À la recherche de G. de Geneviève Casasus (couv)Avouons-le, à la réception de ce « service de presse » des Éditions Thélès, le Magazine a d’abord eu comme un petit sursaut de fierté. Quoi, même à Paris, on connaissait son existence !
Sans plus attendre, un de ses chroniqueurs s’est mis au travail.
Retenu d’emblée par une écriture ardente, il était prêt à s’embarquer pour un voyage de plus de 300 pages et à plonger lui aussi dans ce  torrent de mots qui s’écoule entre les parois abruptes du sexe et de l’alcool, œuvre d’une jeune femme qui est capable de réels bonheurs d’écriture. Si le sujet n’est pas d’une franche originalité, l’écriture aurait eu toutes les chances d’emporter l’adhésion, si…
Si quoi ? Eh bien, si le livre avait été l’œuvre d’un vrai éditeur, qui aurait pris la peine de relire le texte, de corriger des fautes de frappe de plus en plus nombreuses et de faire barrage à l’avalanche d’imparfaits du subjonctif, fautifs jusqu’à la caricature (« il fallait que je trouvasse autre chose ») qui s’abat sur un lecteur bientôt découragé.

On l’a compris, À la recherche de G fournit pour 19,90 € une illustration parfaite des dégâts que peut entraîner l’édition à compte d’auteur.



Cendrillon d'Éric Reinhardt, par Anne Bourrel

Éric Reinhardt, éditeur de livres d’art, est né à Nancy en 1965. Il vit et travaille à Paris. Auteur de Demi-sommeil (Actes Sud, 1998), du Moral des ménages (Stock, 2002) et de Existence (Stock, 2004), dans lequel sont inclues, entre les pages du livre, des photographies de l’auteur déguisé en plusieurs de ses personnages.

Trois narrations se déroulent de manière parallèle. Elles se recoupent parfois et puisent leur matière dans l’autofiction.
Laurent Dahl prend la fuite, abandonnant femme, enfants, appartement londonien et domestiques. Son ascension fulgurante dans une société d’investissements vient de s’achever pour cause de faillite. 
Patrick Neftel roule à vive allure vers un studio de télévision, armes cachées dans le coffre de sa voiture pour accomplir le geste radical et désespéré qui lui donnera enfin le sentiment d’exister. 
Thierry Trockel conduit son épouse vers un manoir isolé aux environs de Munich où ils doivent retrouver un couple rencontré sur Internet.
Pendant ce temps-là l’écrivain Eric Reinhardt — une femme et deux enfants — écrit à Paris dans une chambre de bonne ou à la terrasse du Nemours, place du palais Royal ; il prend son petit déjeuner, en famille et au lit, il voudrait écrire le livre de l’année… et justement… son roman fait la une de tous les journaux.

Cendrillon, roman d'Éric ReinhardtCendrillon fait partie des livres de la rentrée 2007, accompagné par le tapage médiatique à la gomme que l’on sait ; mais pour une fois, on oublie de s’en agacer ! La qualité de l'ouvrage dépasse la publicité qui aurait pu le desservir. On avale ses 578 pages sans aucune indigestion, ébloui par tant de brio, de maîtrise de la phrase et des sujets abordés (l’automne, les pieds cambrés pointure 37 et demi, le capitalisme financier…).
Dans Cendrillon, tout est dit, tout va vite, les mots, les images, les sujets. Le texte se déroule, occupe toute la page comme s’il cherchait à occuper entièrement l’espace, la voix narrative ne s’arrête pas, conte, raconte, décrit si bien qu'on tourne les pages aussi vite que les personnages montent et descendent de leur taxi, aussi vite qu’ils vont de Paris à Londres ou à Gênes. Avions, train, voitures, téléphone, Internet, ça va vite, un tourbillon !

NB - La lecture s’augmente du texte poignant publié par l'auteur dans les Inrockuptibles, numéro spécial du 25 décembre 2007 au 14 janvier 2008.

Cendrillon, roman, Stock, 2007. Photographie : Théo Peltier, collection privée


Le sourire de Cézanne de Raymond Alcovère,
par Françoise Renaud

Le sourire de Cézanne, de Raymond AlcovèreComme dans une toile de maître, les personnages du roman, Léonore et Gaétan, prennent place dans le paysage et dans l'architecture des villes. Au fil des rencontres, la couleur leur monte au visage et l'amour — improbable — développe autour d'eux un halo irréel. Sensualité des corps langoureux ou pressés, lumière dorée ou entrées maritimes : « …gris infusé du ciel,  cette bruine lancinante, le temps de la mer… ». On reconnaît cette ville du Sud où vit Gaétan, le goût qu'a l'écrivain pour elle. Et puis Léonore travaille sur un livre : « Un chapitre par peintre, raconter son regard, sa vision du monde. » Ainsi la naissance de l'amour, la littérature et la peinture se trouvent-elles liées, intimement mêlées.
« L'artiste décompose puis recompose le monde. Volume, éclairage, couleurs, forme, les éléments s'assemblent dans un ordre amoureux. »
On aime tellement quand Raymond Alcovère nous parle de la compassion de Greco, de l'harmonie chez Poussin, de la plénitude de Cézanne. Pas une seule page où il ne nous donne à percevoir l'urgence à vivre et regarder autrement. Habité de lumière, on poursuit la lecture comme on suivrait un chemin plutôt que de s'en retourner au quotidien turbulent. Une fois le livre achevé, on puise encore au hasard quelques-uns de ces mots parfaitement ordonnés, simples, qui pourtant nous donnent accès au « ressort intérieur des choses ».

Éditions n&b, 2007

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Entretien

Un parcours de Bohême
Entretien avec Pavel Smid, par Viviane Étrivert

Pavel Smid

Vitejte, drahy Pavel. Bienvenue. Parlez-nous de la Bohême, synonyme pour nous français de jeunesse, de liberté, de vie heureuse sans argent mais cœur comblé.
Pavel Smid : Bohême vient du latin Boiohemum, nom porté par les pays tchèques. Les Boias, grande tribu celte aux guerriers redoutables, semaient partout la terreur.

Comment avez-vous vécu l'évolution de votre pays entre communisme totalitaire (Printemps de Prague) et retour à la communauté européenne ?
photo Pavel SmidEn 1968 j’ai été témoin de la venue des troupes du Pacte de Varsovie. J’étais petit garçon au collège à Pardubice. Mais ce sont les années qui ont suivi, celles de la « normalisation » qui ont vraiment touché mon âme : des centaines de milliers de gens ont alors vécu une tragédie.
La Tchécoslovaquie avait pourtant inauguré un grand changement : production de films de niveau mondial, littérature et musique, une renaissance culturelle que les soldats ont stoppée avec violence. Des conseillers soviétiques ont aidé la police d'État à « normaliser la situation » et des milliers de personnes ont été emprisonnées, fusillées. D'autres ont fui par centaines de milliers. Le 16 janvier 1969, l’étudiant Jan Palach s'est immolé par le feu pour protester contre cette violence. Sa mort a marqué le début d’une triste période marquée par l'oppression et la censure. Plus tard j’ai étudié à l’Université de Hradec Králové d'où j'ai été expulsé pour raisons politiques et je n'ai eu d'autre choix que d'être ouvrier jusqu’en 1989. Réhabilité à la chute du régime communiste, j’ai pu terminer mes études. Devenu journaliste, j'ai commencé à publier en 1994 la revue officielle de la République tchèque Bienvenue au Cœur de l'Europe, qui paraît en 6 langues. Il m'arrive d'y publier de la poésie et de la prose d'écrivains tchèques.

photo 2 Pavel SmidQuand je regarde vos photographies noir et blanc, j’ai le sentiment qu’elles me parlent des êtres du monde entier, fragiles et solitaires. Vous les appelez « Na cestě », Sur la route.
Quinze ans que je prends des photos. Je ne cherche pas à faire des documentaires, plutôt à capturer l'éternelle histoire dont je fais partie, l’histoire des temps dans laquelle nous jouons tous un rôle unique. Parfois je les expose par couple : deux en une seule image. Elles illustrent la ressemblance des lieux et des personnes qu'on soit à Jérusalem, New York, dans le village de Richka en Ukraine ou sur le littoral breton.

Vous êtes venu à Audabiac (Gard) pour travailler avec des orphelins tchèques. Cette organisation caritative dirigée par Radana et Jiri Wald, s’inspire de la philosophie de Comenius, éducateur morave du XVIIe siècle.
Audabiac est un beau projet qui fonctionne depuis des années grâce à la famille Bedel de Bouzaraingues et aux Wald. Son but est de trouver la liberté à travers l’art. Des enfants de foyers tchèques viennent en cet endroit magnifique pour vivre en compagnie d’artistes tchèques — sculpteurs, acteurs, réalisateurs de films, danseurs, peintres, photographes. Ainsi les enfants apprennent à regarder le monde, la société, leur propre vie.

Un mot pour finir ?
J'adore la France pour sa beauté. Elle ressemble à mon pays et les gens sont comme mes amis tchèques. Je connais la Bretagne, d’une certaine façon j’ai vécu la vie d’un breton. Beaucoup de photographes disent que la Bretagne a la même lumière que New York.  

Pavel Smid sur le site web de la Leica Gallery Prague


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Événement

« Inspirations sétoises », exposition Colette Richarme, par Françoise Renaud

Musée Paul Valéry, Sète, du 15 février au 18 mai 2008

tableau de Colette Richarme

On est ébloui.
Oui, ébloui par la force et la grâce de cette peinture sitôt entré dans la galerie. On a soif de poursuivre, en même temps on est retenu à chaque tableau par l'originalité de la palette, la construction, l'étonnante vibration de la lumière.
Musée Paul Valéry« La peinture est un "jeu" de l'esprit, une jouissance de l'œil » écrivait Richarme en 1977. Et on ne se fait pas prier pour partager son aventure, sa quête du passage et de la transparence.
« Toute ma vie, j'ai cherché le métier. Traduire et comprendre les couleurs. » (agenda 1985).
Richarme recrée les paysages sur un mode intérieur façonné à force d'observation et de travail quotidien. Abstrait, figuratif, parfois on ne sait pas. Le sujet n'est que prétexte à l'acte de peindre. Et on navigue dans ces espaces marins — plages, étangs, joutes, ondines, vagues — comme on découvrirait un recueil de poèmes éblouissants, se demandant  comment diable le monde de l'Art a pu ignorer pareille artiste. 

Phare-paysage, 1957, huile sur toile
Photographie Françoise Renaud


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Arts plastiques

Totems - Dom Jeambrun

Swadistanna, sculpture de Dom JeambrunS'il n'était pas sculpteur, Dom Jeambrun serait archéologue. Il trouve sa matière en fouillant les décharges et les friches industrielles. Toujours le doute le taraude de savoir transformer l’objet, l'épurer, le sublimer.  C'est là qu'intervient le feu. Il dit : « Je crois à ce moment magique où l'intuition parle. Je connais alors l'enchantement. »
Son travail : une quête permanente de l'équilibre.

Le totem rassemble les forces du clan, de la famille, de la nation en une seule force. Il représente l'idéal humain d'un monde meilleur.

3 totems de Dom Jeambrun

Swadistanna, acier et bois, 2003 (2,70 m)
Karma, bois et fer, 2003
Manipura, acier, bois et acrylique, 2003
Muladara, acier et bois, 2003





Essais sur l'ombre

 
 
 

Didier Leclerc, photographe confirmé, répond au travail du jeune Paul-Eli Rawnsley (11 ans et demi).

Paul Eli Rawnsley

Lettre à un jeune photographe

Fais, réalise, accumule sans compter les images qui te viennent. Elles deviendront fondatrices de ton être.
Tu feras le lien avec leur existence, bien plus tard. Car ces images travaillent au fond de toi, cachées, silencieuses, discrètes, tapies dans un recoin, mais sois-en sûr, elles travaillent, elles te travailleront sans te lâcher. Ce sont elles qui te feront devenir photographe, peut-être pilote d’avion, jardinier, musicien ou mathématicien. Peu importe. Tu les retrouveras après de longs détours, de longs oublis. Tu seras étonné, à nouveau, de découvrir ces liens d’évidence.
Fais, réalise sans te soucier d’autre chose que de faire. Prends ce qui jaillit de toi comme une chance.
N’hésite pas à casser parfois la netteté des contours… Vas-y, casse les bordures. C’est dans cette zone du flou que se trouve la liberté d’explorer, de créer, d’éclaircir, d’élaguer pour ne garder que l’essentiel... Te dire la seule chose que j'ai acquise au fil des ans : le contour des choses et des personnes ne fait que bouger. Alors que dire de nos souvenirs, de notre mémoire des événements, des lieux, des silhouettes, des visages et des sons ?
Méfie-toi comme de la peste de ceux qui adulent le trop net, le trop lisse, le trop clinquant, le trop voyant, le trop transparent. Reste aux aguets, sois vigilant.
Didier Leclerc

Rawnsley 2Rawnsley 3

Photographies ci-dessus : Paul-Eli Rawnsley,
photographies à droite : Didier Leclerc


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Ours

Comité de rédaction : Raymond Alcovère, Janine Gdalia et Françoise Renaud
Comité de lecture : Lilian Bathelot, Antoine Blanchemain, Anne Bourrel, Jean-Claude Dana, André Gardies et Dominique Gauthiez-Rieucau
Rédactrice en chef  : Françoise Renaud
Assistante de rédaction :
Édith Noublanche
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