Poésie vécue, minutes heureuses, de François P. Cherrier

Savoir rompre les amarres (Photo F.P.C)

Être en poésie, c’est pour moi être habité par une lucidité hors du commun. Une lucidité due à un surcroît de sensibilité et d’imagination.

Après la lecture du livre de François Jullien (philosophe, helléniste et sinologue) Le détour et l’accès, il en ressort que pour s’exprimer en Chine sans blesser, tout en disant quand même ce que l’on pense, quand on s’adresse en particulier à une personnalité, de même que quand on entre en poésie, il ne faut pas dire les choses directement : il faut laisser entendre, inciter, suggérer, voiler, laisser entrevoir, être dans l’implicite, l’allusif, l’évasif, mettre dans l’ombre, il faut utiliser des allégories, des métaphores, etc. Il faut pour le poète laisser la place à l’imaginaire du lecteur. C’est lui qui complète l’œuvre. La beauté du poème vient de ce qu’il ne dit pas un mot du sentiment évoqué : la tristesse n’est jamais exprimée directement, mais elle émane de toutes parts.

Pour le poète grec, il faut éprouver pour faire éprouver en mettant sous les yeux. Il faut évoquer le passé en le rapportant au présent, comme si nous assistions directement à la scène, comme si nous en vivions l’urgence. La poésie est essentiellement narrative et descriptive. Le poème même achevé contient un surplus de sens : spontanément naît une métaphore.

Agde, le 08/03/2026

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