Par l’aiguille du sel, de Luminitza C. Tigirlas

Par l’aiguille du sel, poésie, éditions du Cygne, Paris, 2021
Image de couverture : Doïna Vieru

Les textes ouvrent le mot Sarmatienne que la mère prononce, elle sème ses paroles dans les sillons antédiluviens, à savoir les traces salines de la mer asséchée des Sarmates. Le sel figure une morsure du sensoriel, de tous les sens de l’humain et de l’inhumain, de la bête sommeillant et se lignifiant en nous comme dans les sarments des vignes, il se dépose aussi dans les lacrymatoires qu’on y accroche au printemps… Le sel grignote la fibre langagière transmise par Sonya, l’aïeule d’une lignée, d’un alphabet proscrit et d’une Mer Sarmatienne refoulée.

 

En Moldova post-sarmatienne / le nom du sel / s’éternise dans le sanscrit : sare / Dites en longueur sa-a-are… e-e-e… / et le mot devient sacré. Avec ce vocable de l’enfance d’autres toponymes salins transportent la poésie pour faire vibrer sa nouvelle langue : Mon souffle titube / devant le Quercy blanc

 

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La nuit m’a soufflé sa lumière, de Stéphane Amiot

La nuit m’a soufflé sa lumière, recueil de poésie, éditions Unicité, juin 2021
Préface : Marie-José Aubrière
Photographie de couverture : Emmanuel Tecles

Deuxième volet des écrits de la pénombre, La nuit m’a soufflé sa lumière poursuit, après Bris épars, le dialogue du fruit et de l’arbre, dans une écriture du copeau.
Quand il faut mâcher le pain du deuil et porter outre les yeux enclos de cimetières.

« Ce récit poétique est l’épopée d’une vie humaine où fulgure l’épopée d’autres vies. » (extrait le la préface de Marie-José Aubrière)

 

FRAGMENT

je ne suis 

que de songe 

et de brume

précipité d’orage

la feuille d’automne

murmurée au vent

le souvenir

des cris

inscrits dans l’azur

dans les yeux d’une mère

des bouches d’enfants

à mes épaules d’homme

je ne suis

que du temps

d’une ondée

 

 

 

Il fut soir il fut matin, de Pierre Ech-Ardour

Il fut soir il fut matin, poésie bilingue français/occitan, Institut d’Estudis Occitan Erau, mai 2021
Traduction en occitan par Florian Vernet
Encres de Chantal Giraud Cauchy

 

Plus encore que dans ses précédents recueils Pierre Ech-Ardour poursuit dans Il fut soir il fut matin une aventure personnelle très singulière, à travers les labyrinthes du langage et de la mémoire. Une aventure poétique – en l’instant suspendue – incarnée dans les lieux familiers ou lointains, dans l’histoire proche ou ancienne des cultures et des sensibilités de la Méditerranée.

 

EXTRAIT

À la lisière des arbres
aux fruits de la terre
des célestes demeures
du jardin d’Eden
du rocher à la vie
de la pitié aux
suprêmes hauteurs
irrévocable serment
veilleur de vie
sous la langue
d’un nuptial lieu au
goût lacté de miel
apparaît l’informe au
crépuscule des mots

A la broa dels arbres
dels fruches de la tèrra
de las celèstas mansions
del jardin d’Eden
del ròc a la vida
de la pietat
a las suprèmas autors
irrevocable jurament
gacha de vida
jos la lenga
d’un nupcial lòc
del gost lachenc de mèl
aparais l’infòrme al
calabrun dels mots

 

Quel repos trouver
en ce jour septième ?
Quelle mémoire pour
nourrir mon éveil ?
Au front de l’arbre
émergent mes ailes
de l’empyrée-miroir
vers ta bouche nue
Le jour de sonnerie
où de la source la plainte
adoucit ton cœur et
resserre au jour nos nuits
de l’existence ce souffle
dénude d’exil un passage

Quin solaç encontrar
en aquel jorn seten ?
Quina memòria per
noirir mon despertar ?
Al front de l’arbre
espelisson mas alas
de l’empirèa-miralh
cap a ta boca nusa
Lo jorn del senh
ont de la font lo planh
amaisa ton còr e
estrema al jorn nòstras nuèches
de l’existéncia aquel alen
desnuda d’exilh un passatge

 

Migre déraciné un temps, de Pierre Ech-Ardour

Migre déraciné un temps, poésie, éditions Levant, avril 2021
illustration de 1ère de couverture : Vague à l’âme. Lueur de vie, 2018, Étienne Schwarcz (peinture sur papier d’art 100 x 100 cm)

 

Le recueil contient cinquante-cinq poèmes écrits au jour le jour d’une période privée de liberté durant laquelle l’espoir n’a jamais cessé de motiver le calame, d’inscrire en la temporalité de l’expérience la nécessité de clamer son souffle et d’affranchir sa poésie.

Gisaient des ombres en le repli des libertés. M’interpellait le joug de déshumanisation.  Chaque mot sur le chemin de la langue discernait en le temps et un lieu le dépassement de mon enfermement. Sédentarisée courait en conscience l’inspiration jusqu’à m’ouvrir salvateurs des horizons, nouvelles des pistes d’errance.  Jour après jour, prégnante pointait en le souffle de mes mots, expressive l’écoute d’un monde en déviance. L’apparence diaphane masquait le visage. Imprévisibles les distances creusaient les écarts. Messagères des possibles et contraires sapèrent les influences espérance et confiance. (Note de l’auteur)

L’édition originale comporte 300 exemplaires dont 50 numérotés signés de l’auteur et du peintre.

Poèmes Passe-montagnes, de Jean Azarel

Poèmes Passe-montagnes, livre d’artiste (série limitée), réalisé en plomb mobile à l’aide de presses manuelles typographiques, éditions Les Monteils

 

Du Mont Lozère à Conques, des ruisseaux aux prairies d’altitude, au gré des éléments, le poète a écrit en liberté des pérégrinations poétiques illustrées par des gravures de Marc Granier.

 

Les bêtes à l’abri sont chocolatées d’un automne infini.
Parfois dans la lenteur d’ici qui respire entre deux phrases,
les regards se tournent vers le Mont
Il neige sur Finiels.

Les toits du Fel au loin étincellent. La route se tortille, creuse le schiste d’étreintes fiévreuses en chisteras volages. Vallées profondes émiettées de lumière. Sur les pentes, cerisiers blancs, aubépines et jonquilles coiffent la vigne d’un peine indécis.

 

 

Marc Granier est né en 1953 et vit dans les Cévennes gardoises à Roquedur où il a installé son atelier. Peintre et graveur, il expose dans de nombreuses galeries et fabrique des livres d’artistes avec des poètes quand les textes  “lui parlent”.

          

Cantique de Pierre Ech-Ardour

Cantique, recueil de poésie, Ségust Editions, mars 2021
Illustrations : encres de Chantal Giraud Cauchy

 

Sollicité par l’éditeur en quête d’un recueil « solaire », le projet d’écriture devait défier la morosité générée par la difficile période sanitaire traversée et offrir en lecture un petit ouvrage de poèmes d’amour, enluminé d’œuvres lumineuses, propice à remonter le moral.

Si le « Cantique des Cantiques » a inspiré l’écriture de la poésie du recueil, Abishag la Sulamite chemine ici par de cosmologiques poèmes jusqu’à l’acmé de sa féminité.

Chantal Giraud Cauchy a créé pour ce recueil de flamboyantes enluminures encrées.

 

 

 

Démocratie : Oniris, Carole & Hóc, de François Szabó

Démocratie : Oniris, Carole & Hóc, poésie, Obsidiana Press, décembre 2020

A PROPOS (extrait)

Si les miscellanées sont un genre de livre qui peut se lire et consulter à volonté c’est parce qu’il recèle une multitude d’informations. Démocratie : Oniris, Carole & Hóc n’est drôle quasiment que par les citations de 100 Titres de Clémentine Mélois aux éditions Grasset, qu’elle en soit remerciée et je vous engage à acquérir tous ses livres.
Mon petit livre, carnet amoureux et sensible d’une ville, Montpellier, d’un régime politique, la Démocratie, d’une femme, Carole… N’est pas exhaustif, loin de là. Il se veut incitatif, à voir et visiter ma ville, aimant et sensible, offert.

Il en ressort des affinités électives, pourtant, même ainsi, tout le monde n’y est pas, même si dans cette ville de Montpellier la Maison de la Poésie dénommée Jean Joubert en est un axe affectif.
Bienvenue dans un monde d’amour et de tolérance, de culture et d’échange, dans un monde viable et juste.[…]

Chronique de Jean Azarel : Des forêts de couleuvre/Frontalière, de Laure Anders

Échos de lecture de Jean Azarel à propos du livre Des forêts de couleuvre / Frontalière, de Laure ANDERS (La Boucherie Littéraire, 2020)

Il ne fait généralement pas bon avaler des couleuvres…sauf quand elles habitent les forêts de Laure Anders.
Avec Des forets de couleuvres / Frontalière, Laure Anders nous subjugue de deux textes incandescents qui se suivent (ils auraient pu tout aussi bien s’entrecroiser) sur le même thème d’une relation amoureuse nomade revue et corrigée par le temps.
Lorsqu’on cherche dans un livre quels extraits faire partager dans une chronique, c’est soit très mauvais, soit très bon signe. Ici, la deuxième hypothèse réduit à néant la première. Extraits donc, au gré du hasard des pages ouvertes.

Des lits défaits s’étalent dans le ciel / Plus loin à portée d’horizon constellation de hauts fourneaux / divisant le vert des mélèzes en zones de désir.

En serpentant avec un art consommé de la suggestion qui érotise en point de croix une histoire somme toute banale dont elle transforme le plomb en or, Laure Anders élève haut la condition humaine jusque dans ses bas arrangements de dominant (l’homme) à dominée (la femme).
Si la poésie la meilleure est aujourd’hui très largement féminine (et pas nécessairement féministe), le fait que le sexe dit faible (tout un symbole) soit issu d’un peuple qui a beaucoup souffert, dixit Tonton David, y est de toute évidence pour quelque chose.

Dans ce recueil cueilli et recueilli, le sortilège tient  tout entier dans le degré de tolérance complice dont la narratrice fait preuve à l’égard des foucades de son amant. Pas illogique puisque si la couleuvre pique, son venin est inoffensif. Le consentement masochiste de l’auteure, héritière à sa façon du Passe-muraille de Marcel Aymé, vaut autant absolution de la possession qu’acceptation de la flétrissure. Le renoncement choisi au classicisme amoureux, lui permet d’accéder via des rites de passage singuliers à l’initiation intime dans laquelle se reconnaîtront bien des femmes. In fine, « parce que c’était lui, parce que c’était moi », qu’importent le mâle, le comportement, la posture ; la morsure demeure, sous la gouvernance répétitive de la fantaisie, avant la rupture programmée.

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Po.ms, de Janine Teisson

Po.ms, recueil, collection 22 222 poésie, Ours éditions, septembre 2020

 

Délicieuse dresseuse de mots, Janine Teisson nous entraîne dans une farandole de sonorités et de lettres, à consommer sans mot dérations !
Qu’est-ce que c’est que ces Po’Ms? 9 poèmes farfelus, poèmes pour rire, pour jouer avec les mots, pour les envoyer en l’air, des poèmes à dormir debout, qui ne mangent pas de pain et  ne manquent pas d’air.
 
 
 

EXTRAITS

Lettre M

Tu veux
un po M?
Un po M du dix neuviè M
Ou du vingt et uniè M?
Un po M de Boh M?
Enfermé dans une gè M?
Un po M que tu aiMes
comme je t’M?
Ce sera très difficile,
je t’avertis.

 

La charcutière

Elle a couché tous ses lardons,
elle a lavé leurs pieds de cochons,
mais ce ne sont pas des gens bons.
A force de faire des sauts six sont KO.
Le dernier fait sa tête de lard.
Mes Jésus, ne me cassez pas les rognons,
leur dit-elle en leur tapant sur le museau.
Ils s’endorment en faisant rillettes,
alors elle se passe du fard à paupiettes,
bichonne son sein doux sous la bavette,
s’inonde de parfum numéro 5 de Quenelle
et va au bal des petits boudins blancs.

 

Génésiques, de Nicole Barromé

Génésiques, poésie, Ficelle n°143, Vincent Rougier éditions, octobre 2020

 

Nous entrons dans l’intime féminin, poésie végétale à fleur de peau, l’esprit du sensuel partagé. En découvrant ces poèmes et en les illustrant “Ai-je été le papillon ou l’abeille qui, gourmande, butine cette fleur ou ai-je rêvé d’être cette fleur, son pistil ? ”

À vous, cher lecteur, de partager ces gourmandises.

 

Note de l’éditeur en 4ème de couverture :
“Ce livre est in-quarto…Vous munir d’un coupe-papier et délicatement découper les pages en tête du recueil, cela s’appelle “découronner le livre”. Le Massicot a pour autre nom La Guillotine pour nos confrères européens.”

 

un article de Michel Host, site La Cause Littéraire

 

EXTRAIT – Rose

La vie s’il le faut pour retrouver
L’affabulation des soupirs
Les empaqueter de mystères et les précipiter
Bruts
Contre les parois des hydres communes
Inutiles péroraisons sur d’autres lieux
D’autres circonstances
De l’imaginée sur l’autel rose

Exempte de félonies et de tendresses
De bourreaux et de victimes
Aux creux et bosses de l’amour Lire la suite…