La nuit m’a soufflé sa lumière, de Stéphane Amiot

La nuit m’a soufflé sa lumière, recueil de poésie, éditions Unicité, juin 2021
Préface : Marie-José Aubrière
Photographie de couverture : Emmanuel Tecles

Deuxième volet des écrits de la pénombre, La nuit m’a soufflé sa lumière poursuit, après Bris épars, le dialogue du fruit et de l’arbre, dans une écriture du copeau.
Quand il faut mâcher le pain du deuil et porter outre les yeux enclos de cimetières.

« Ce récit poétique est l’épopée d’une vie humaine où fulgure l’épopée d’autres vies. » (extrait le la préface de Marie-José Aubrière)

 

FRAGMENT

je ne suis 

que de songe 

et de brume

précipité d’orage

la feuille d’automne

murmurée au vent

le souvenir

des cris

inscrits dans l’azur

dans les yeux d’une mère

des bouches d’enfants

à mes épaules d’homme

je ne suis

que du temps

d’une ondée

 

 

 

Il fut soir il fut matin, de Pierre Ech-Ardour

Il fut soir il fut matin, poésie bilingue français/occitan, Institut d’Estudis Occitan Erau, mai 2021
Traduction en occitan par Florian Vernet
Encres de Chantal Giraud Cauchy

 

Plus encore que dans ses précédents recueils Pierre Ech-Ardour poursuit dans Il fut soir il fut matin une aventure personnelle très singulière, à travers les labyrinthes du langage et de la mémoire. Une aventure poétique – en l’instant suspendue – incarnée dans les lieux familiers ou lointains, dans l’histoire proche ou ancienne des cultures et des sensibilités de la Méditerranée.

 

EXTRAIT

À la lisière des arbres
aux fruits de la terre
des célestes demeures
du jardin d’Eden
du rocher à la vie
de la pitié aux
suprêmes hauteurs
irrévocable serment
veilleur de vie
sous la langue
d’un nuptial lieu au
goût lacté de miel
apparaît l’informe au
crépuscule des mots

A la broa dels arbres
dels fruches de la tèrra
de las celèstas mansions
del jardin d’Eden
del ròc a la vida
de la pietat
a las suprèmas autors
irrevocable jurament
gacha de vida
jos la lenga
d’un nupcial lòc
del gost lachenc de mèl
aparais l’infòrme al
calabrun dels mots

 

Quel repos trouver
en ce jour septième ?
Quelle mémoire pour
nourrir mon éveil ?
Au front de l’arbre
émergent mes ailes
de l’empyrée-miroir
vers ta bouche nue
Le jour de sonnerie
où de la source la plainte
adoucit ton cœur et
resserre au jour nos nuits
de l’existence ce souffle
dénude d’exil un passage

Quin solaç encontrar
en aquel jorn seten ?
Quina memòria per
noirir mon despertar ?
Al front de l’arbre
espelisson mas alas
de l’empirèa-miralh
cap a ta boca nusa
Lo jorn del senh
ont de la font lo planh
amaisa ton còr e
estrema al jorn nòstras nuèches
de l’existéncia aquel alen
desnuda d’exilh un passatge

 

Naïs et Totoche au temps des pharaons, d’Isabel Lavarec

Naïs et Totoche au temps des pharaons, roman jeunesse 9/12 ans, éditions Ex-aequo, mars 2021

Chefs de groupes adverses dans leur collège, Naïs et Totoche s’apprécient pourtant plus qu’on ne le pense. Lorsque leur classe gagne une croisière sur le Nil et que Naïs défie un cobra royal, l’aventure commence. Mordue par le serpent venimeux, Naïs se retrouve dans le coma et son esprit se dissocie de son corps.
Elle remonte ainsi le temps et Totoche la rejoindra ; ensemble, ils devront voyager dans l’Égypte de Cléopâtre et accomplir la mission ordonnée par Uræus, le cobra royal.
Livrés à eux-mêmes dans un pays aux mille dangers, pourront-ils venir à bout des obstacles et atteindre leur but ?

Un questionnement clôture chaque épisode de ce roman-feuilleton en quatre parties. Le lecteur est ainsi invité à imaginer la suite, à proposer des hypothèses et pourquoi pas, à échanger avec l’auteur (c’est ici)

 

EXTRAIT

Dans les bateaux naviguant sur le Nil, le spectacle « serpent à lunettes », est le plus prisé de tous. Les élèves de l’institut Pierre de Rosette ne font pas exception. La représentation tant attendue arrive enfin.

Sur ordre de leur capitaine, les M’zelles occupent les places de devant du petit théâtre. Les garçons essayent de se faufiler entre les filles. Quelques minutes après leur installation, le charmeur de naja s’assied en bas de l’estrade, sur le tapis qui lui est réservé.
— Pantalon blanc, remarque Clémentine, l’artiste du groupe, chemise et turban orange avec des touches de vert. Il en jette ! vous ne trouvez pas ?
Le dompteur de cobra ne leur laisse pas le temps de répondre, il pose le panier en sisal devant lui et commence à jouer du pinje, cette drôle de flûte. Adolescents, profs et invités du bateau font silence.

Le dresseur ôte le couvercle de la corbeille et les regards se figent sur le couffin qui bouge tout seul. Quelques secondes plus tard, une créature sombre, brillante, écailleuse sort la tête et se balance au son de la musique. Le naja, arrogant dans sa collerette, langue bifide et œil glacial, ne s’intéresse qu’à son maître.
— Brrr, ça donne froid dans le dos ! murmure Totoche à sa voisine.
— Oui, surtout quand il ouvre sa grande gueule et découvre ses longs crochets à venin ! réplique Gaby.
— On n’est pas trop proches ? demande Sam. Il ne faudrait pas qu’il s’échappe…

Le serpent sorti maintenant de sa bannette glisse lentement vers le centre de l’arène. Les spectateurs se contractent, retiennent leur souffle… Mais déjà, le reptile bon acteur, obéit au metteur en scène et rejoint son panier.
Totoche remarque, subitement, l’absence de Naïs. Il en demande la raison. Le mutisme des filles l’intrigue d’abord, puis lui met la puce à l’oreille. « Elle prépare quelque chose ! » En rusant, il essaye d’interroger quelques camarades. En vain. Comme il s’attend à tout, il reste sur le qui-vive.”

Fille perdue, d’Adeline Yzac

Fille perdue, roman, collection Littérature, La manufacture de livres, 2021

Anicette était la petite dernière, la jolie poupée choyée par sa famille. Jusqu’au jour où on la surprend en train de commettre le plus indicible des péchés : poser la main sur son corps, se caresser. Petite fille devenue fille perdue, voici l’enfant chassée de sa famille et condamnée à grandir entre les murs de «l’institution». C’est là que des religieuses tentent de chasser le vice du corps et des esprits de ces filles de rien. Celles dont les mères se prostituent, celles qui sont nées de pères inconnus, celles dont le corps ne ressemble pas à ce que l’on attend d’une femme… Et si la foi ne suffit pas, c’est peut-être à Paris, entre les mains des médecins que ces enfants devront être conduites.

Roman construit sur un fond historique passé sous silence, Fille perdue nous parle d’une époque où la morale et la science conjuguaient leurs efforts pour maintenir le joug pesant sur le corps des femmes.

 

EXTRAIT

La longue table va d’un mur à l’autre, lourde la table, et haute. Vingt fillettes tout autour, des grandes mêlées à des petites, toutes à genoux autour du bois sombre et poisseux, têtes nues, le buste qui atteint à peine le rebord pour certaines, c’est que les bancs sont bas. Et ainsi de suite, trois tables dans le réfectoire voûté. Une volière. La petite transie parmi elles qui grelottent dans leurs bas usés et leurs bottines éculées, pieds nus quelques-unes. Elle joint les doigts, engelures éclatées. Ça brûle et ça ronge. Le sang du Christ suinte à même la peau. Elle dit le bénédicité d’avant repas, prend la contenance exigée, pleine de recueillement, remercie Dieu du pain quotidien qu’il offre, on récite en chœur, on chante en chœur.

–        Bénissez-nous, Seigneur, bénissez ce repas, bénissez celles qui l’ont préparé et procurez du pain à ceux qui n’en ont pas, ainsi soit-il.

La petite marmonne son latin. Tout autour, chacune marmotte la prière, mains jointes, genoux au supplice, tournées vers la mère prieure. Et au-dessus, sur le mur, l’image peinte de la Vierge Marie, mère de toutes les pauvres perdues du réfectoire, mère des pécheresses et des autres, mère aimante. En face, Janeton, la plus jeune, la bouche vide, a tombé ses dents, une dans la soupe, deux en serrant les mâchoires la nuit, la quatrième en la tirant avec la langue alors qu’on lisait l’épître de Saint-Paul aux Pharisiens. Dieu n’est pas satisfait de sa mère, une coureuse, il a mis l’enfant au pilori. Janeton zozote et sourit en idiote, sa petite voix aigüe chante faux.

–        Bénissez Seigneur la table si bien parée, emplissez nos âmes si affamées, et donnez à toutes nos sœurs de quoi manger.

La petite se recueille, soigne son maintien devant le Christ, présent avec d’innombrables légions d’anges. Le Roi des rois, l’appellent les nonnes, le dispensateur de l’éternité. Oreilles attentives à la lecture, elle s’humilie en l’honneur de Celui qui pour elle est descendu sur la terre. Dieu a daigné se faire homme pour racheter ses péchés. Autour, les corpuscules maigrichons suçotent la prière. A perte de vue, des filles aux fers, le règne du mal incarné. Elle, va sur ses treize ans et tire les ficelles de ses raisonnements. Pour être considérée, il faut faire, dire, être ce que les sœurs veulent qu’on fasse, dise, soit. Lire la suite…

Contes détournés au théâtre, de Brigitte Saussard

Contes détournés au théâtre, théâtre pour enfants, éditions Retz, avril 2021

Il s’agit d’un recueil théâtral collectif de pièces qui s’adressent à des enfants de 7 à 12 ans et à leurs animateurs. Les pièces partent des contes les plus célèbres de chez nous et les détournent de façon ludique et originale. Les enfants peuvent tout aussi bien les lire seuls que les jouer. D’une durée entre 5 et 40 minutes, ces pièces permettent de faire jouer de 4 à une trentaine d’acteurs.

 

EXTRAIT in Un drôle de Loup – Scène 1

On est dans la forêt. Le petit Chaperon rouge entre côté jardin. Elle se promène tout en jouant avec son ballon et rejoint ainsi l’opposé de la scène. Elle s’arrête.

Le petit Chaperon rouge
Tiens, tiens, une cabane ! Qui c’est-y donc qui peut bien habiter là ? (Criant et faisant mine de frapper.) Toc, toc, toc !… Y a quelqu’un ?

La voix du Loup 1, criant mal aimable.
Ouais ?!! Qu’est-ce que c’est ? (Le Loup 1 apparaît.)

Le petit Chaperon rouge
Oh, bonjour Monsieur le Loup ! Je ne vous reconnais pas. Vous êtes nouveau par ici ?

Le Loup 1, bougon.
Pfff !!! Qu’est-ce que ça peut te faire ? Nouveau ou pas, tu me réveilles là !!! Et je ne suis pas du tout d’humeur à causer !

Le petit Chaperon rouge
Oh, excusez-moi ! En fait, je viens me présenter. Je suis le petit Chaperon rouge et je suis votre voisine. Enfin j’habite pas très loin d’ici, vous savez, la maison à l’entrée de la forêt (Montrant l’endroit d’où elle vient.), là-bas.

Le Loup 1, mal aimable.
Eh bien qu’est-ce que tu veux que ça me fasse ? Il y a belle lurette que je ne mange plus les petits Chaperons rouges ! Fiche le camp, tu me déranges. Et je ne veux pas d’histoire ! Va-t’en d’ici ! Allez file ! (Il rentre chez lui tandis que la fillette repart penaude.)

Le petit Chaperon rouge, traînant les pieds.
Pffffff ! Qu’est-ce qu’on peut s’ennuyer par ici ! C’était tout de même mieux avant ! Il faut que je trouve une idée… (Elle sort côté jardin.)

 

Cinq langues de feu, de François Szabó

Cinq langues de feu : notes amoureuses pour un oiseau céleste, poésie, Obsidiana Press, avril 2021

Il s’agit d’un recueil de poésie en catalan, russe, castillan, américain et italien avec une version française parcourant par bribes une existence amoureuse pour Carole. Entre la célébration et la ferveur.

Cet ebook anticipe la Sant Jordi (23 avril) 2021.

Accès libre ici

 

Lexique amoureux de Sète, de Bernard Lonjon

Le Lexique amoureux de Sète, éditions CAIRN, avril 2021
Coauteurs : Jocelyne Fonlupt-Kilic et Bernard Wagnon

Comme son nom l’indique, ce Lexique amoureux de Sète est une déclaration d’amour à l’île singulière chérie par les trois auteurs : Jocelyne Fonlupt-Kilic, Bernard Lonjon et Bernard Wagnon, qui, s’ils n’en sont pas originaires, sont tombés sous le charme et ont choisi d’y vivre.

Véritable ode à la découverte des attraits de Sète, ce manifeste poétique, gustatif, visuel espère entraîner le lecteur sur des sentiers de traverse. Comme le ferait une balade en compagnie de trois amis entre étang de Thau et mer Méditerranée avec pour mots d’ordre : subjectivité, diversité et sensibilité.

De Paul Valéry à Georges Brassens, du mont Saint-Clair aux plages du Lido, de la tielle à la macaronade, des goélands aux bateaux de pêche, des anarchistes sétois à la Venise du Languedoc, de Manitas de Plata à Agnès Varda… voici une invitation gourmande à suivre les traces humaines, sociales, historiques et culturelles de cette ville-port baignée par le soleil, ancrée dans le golfe du Lion et dans l’Occitanie. Qui rayonne sur la Méditerranée.

 

      

Migre déraciné un temps, de Pierre Ech-Ardour

Migre déraciné un temps, poésie, éditions Levant, avril 2021
illustration de 1ère de couverture : Vague à l’âme. Lueur de vie, 2018, Étienne Schwarcz (peinture sur papier d’art 100 x 100 cm)

 

Le recueil contient cinquante-cinq poèmes écrits au jour le jour d’une période privée de liberté durant laquelle l’espoir n’a jamais cessé de motiver le calame, d’inscrire en la temporalité de l’expérience la nécessité de clamer son souffle et d’affranchir sa poésie.

Gisaient des ombres en le repli des libertés. M’interpellait le joug de déshumanisation.  Chaque mot sur le chemin de la langue discernait en le temps et un lieu le dépassement de mon enfermement. Sédentarisée courait en conscience l’inspiration jusqu’à m’ouvrir salvateurs des horizons, nouvelles des pistes d’errance.  Jour après jour, prégnante pointait en le souffle de mes mots, expressive l’écoute d’un monde en déviance. L’apparence diaphane masquait le visage. Imprévisibles les distances creusaient les écarts. Messagères des possibles et contraires sapèrent les influences espérance et confiance. (Note de l’auteur)

L’édition originale comporte 300 exemplaires dont 50 numérotés signés de l’auteur et du peintre.

Pollen, de Joëlle Wintrebert

Pollen, anticipation, collection Les Poches du Diable, éditions Au diable vauvert, mars 2021
Illustration de couverture : Olivier Fontvieille


Sur Pollen, une civilisation matriarcale, utopiste et pacifiste maîtrise la reproduction par manipulation génétique et gestation in vitro.
Pour éradiquer la violence, elle a fait naître un garçon pour deux filles et relégué ses guerriers sur un satellite. Mais toute société de contrôle porte en elle les germes de la rébellion…

 

EXTRAIT

Mon arbre, avait-elle murmuré plus tard, tout son être réunifié, caressant de ses lèvres le néoderme sous lequel coulait la vie. Quand il y avait trop de questions, la sève donnait des réponses.
La nuit était très avancée quand elle avait appelé Kindia. La marraine n’était pas couchée. Elle avait attendu, patiente, non des excuses mais la preuve que Sahrâ n’allait pas se détruire. Oui, les guides croyaient bien faire en obligeant les jumelles de Sandre à reprendre une vie normale. Toute sollicitation paraissait préférable à l’enfermement du chagrin.
Et Sahrâ marchait, les doigts crispés sur la main de Salem, entre les cuves où se développaient les triades, écœurée de s’apercevoir que le processus n’était pas si différent de celui des cuves à viande dont on leur avait appris le fonctionnement six mois plus tôt.
Autour d’elles, des filles poussaient des trilles d’oiseaux excités. Sahrâ remarqua que beaucoup de garçons s’étaient séparés de leurs sœurs et, rassemblés, chuchotaient en regardant le système vasculaire des endomètres où circulait un sang artificiel mû par des pompes électriques.
La forte voix de Grimsel expliquait les mécanismes du développement depuis la formation du blastoderme. Une lumière rétroprojetée éclairait les matrices tour à tour, appuyant ses propos. Derrière les muqueuses villeuses aux veines rouges, on discernait des formes de moins en moins petites. Sahrâ tressaillit en découvrant dans plusieurs cuves des triades presque matures et qui se tenaient enlacées.
Elle ne doutait pas d’avoir étreint elle aussi son frère et sa sœur dans la matrice. La nostalgie la frappa si fort qu’un vertige la prit. Elle dut se cramponner à Salem pour ne pas tomber. Grimsel les surveillait sans doute, conscient de ce qu’on l’avait obligé à exiger d’elles, ce jour-là. En un instant, il fut là, soutenant Sahrâ, disant qu’il les dispensait de la partie théorique du cours, qu’il les autorisait à regagner leur nid.

Bien après les jours et les saisons, d’Annick Dénoyel

Bien après les jours et les saisons, essai autobiographique, éditions DÉMO, janvier 2021

Mené comme une promenade sur des chemins tant physiques que psychiques, à la frontière de l’autobiographie et de l’essai, le texte se saisit de quelques souvenirs pour les mettre en lien et montrer, non démontrer, la formation d’une pensée, d’une identité.
Partant d’expériences simples comme regarder un paysage ou, de plus près, une nature morte, le récit remonte aux épreuves les plus intérieures, fondatrices et universelles : apprentissage de la lecture et de l’écriture, découverte de la folie et de l’amour…

Que ce soit en contrepoint ou à titre principal, l’art accompagne continument le sujet mettant en œuvre les forces constructives de la création tandis que la quête de sens, avec les forces morcelantes de l’analyse qu’elle nécessite, le déconstruit. Entre images et mots, une forme propre à contenir une pensée et par voie de conséquence une vie, s’élabore.
Il devient dès lors possible de faire retour au monde et marcher le long d’une voie de tramway pour rencontrer le réel sous la figure d’une fleur.

 

EXTRAIT

Qu’un enfant s’ennuie, et le voilà qui, tout en tripotant un objet, ce peut être n’importe quoi qui fasse support à sa réflexion, tente quelques mots puis, si tout se passe bien, si on ne l’interrompt pas, ébauche une petite histoire qui, au fur et à mesure de ses audaces, s’affermit, s’articule et se construit. Du désir prend forme. Il apprend à lire puis à dire dans son livre intérieur. Ça commence là, la lecture. En soi. Dès tout petit, mais on ne le sait pas. Bien sûr, officiellement, on dira que j’ai débuté l’apprentissage de la lecture et de l’écriture avec ma mère, à l’école maternelle, en moyenne section, selon la méthode globale toute fraîchement sortie des directives académiques. J’avais trouvé cela facile : à une chose correspondait un mot et il y avait beaucoup de choses, donc beaucoup de mots. Ces mots par ailleurs je les connaissais puisque je les utilisais souvent mais la nouveauté consistait en ce que je pouvais les voir. Chacun avait une mine bien particulière. Fait d’un petit ruban, court ou long, il courait à l’anglaise sur une ligne horizontale imaginaire, compact et cohésif, avec des points ou des accents qui le coiffaient joliment. Il affichait fièrement son nom au regard d’une image qui lui était associée. Il fallait juste que je me souvienne de ce à quoi il ressemblait ce que je n’avais aucun mal à faire. Mon prénom écrit, ma photo et moi en chair et en os, ça ne faisait qu’un. Du trois en un. Une trinité d’une logique imparable. Lire la suite…

Poèmes Passe-montagnes, de Jean Azarel

Poèmes Passe-montagnes, livre d’artiste (série limitée), réalisé en plomb mobile à l’aide de presses manuelles typographiques, éditions Les Monteils

 

Du Mont Lozère à Conques, des ruisseaux aux prairies d’altitude, au gré des éléments, le poète a écrit en liberté des pérégrinations poétiques illustrées par des gravures de Marc Granier.

 

Les bêtes à l’abri sont chocolatées d’un automne infini.
Parfois dans la lenteur d’ici qui respire entre deux phrases,
les regards se tournent vers le Mont
Il neige sur Finiels.

Les toits du Fel au loin étincellent. La route se tortille, creuse le schiste d’étreintes fiévreuses en chisteras volages. Vallées profondes émiettées de lumière. Sur les pentes, cerisiers blancs, aubépines et jonquilles coiffent la vigne d’un peine indécis.

 

 

Marc Granier est né en 1953 et vit dans les Cévennes gardoises à Roquedur où il a installé son atelier. Peintre et graveur, il expose dans de nombreuses galeries et fabrique des livres d’artistes avec des poètes quand les textes  “lui parlent”.

          

Errances ludiques, de Simone Salgas

Errances ludiques, pochette de 22 planches format 20×30, éditions Coffinières (Toulouse), mars 2021
Illustrations de Bénédicte Coffinières

Historiettes, contes, fabliaux ? Rien à voir avec le Divin marquis, mais tout cela à la fois : ici, l’imagination est au pouvoir. La “folle du logis” n’en fait qu’à sa tête. N’en fait qu’à leur tête, même, car elles s’y sont mis à deux : Bénédicte Coffinières pour les images, Simone Salgas pour les textes. Avec la complicité d’Hubert Beauchamp en metteur en scène pour habiller l’ensemble… Une errance ludique réjouissante et poétique.

 

Simone parle de Bénédicte : « elle pose devant moi un tas de photos. Elle les a prises à la Vieille-Nouvelle (…)
Elle explique : je les colorie
Directement, ce verbe “colorier” ramène à l’enfance, crayons étalés sur la table, espaces dessinés, rouge, vert, jaune, la rage quand la main maladroite dépasse la ligne…
Elle prend une photo, au hasard. Un arbre règne sur la surface : je colorie avec des feutres.
Elle a colorié la photo. Un poteau rose, quelques fleurs vertes. Le bel arbre disparaît.
Elle dit : je m’amuse, c’est un délice. Le coloriage détourne le regard. Ce sont des moments jubilatoires. (…) À chacun son chemin. Prenons le temps. Divaguons en poésie avec elle ! 

 

(les images de Bénédicte Coffinières ont été réalisées à Roquefort-des-Corbières sur des papiers lignés et jaunis appartenant à sa grand-mère.)