Lettre à mon ami Shan, de François Szabo

Lettre à mon ami Shan, poésie épistolaire, collection Plume d’ivoire n°43, Cap de l’Étang éditions, février 2024

 

 

Lettre à mon ami Shan est une œuvre épistolaire poétique qui retrace l’amitié de deux poètes, François Szabó et Shanshan Sun, au croisement des chemins, au carrefour entre la Chine et le Languedoc.
C’est aussi la certitude et l’évidence de ce qui fonde l’amitié, le partage des civilisations et de la poésie. De ce qui est irréductible et permanent, chaque jour réitéré.
C’est une condensation poétique des plus grandes significations humaines et civilisationnelles, c’est un texte de référence célébrant de manière érudite et esthétique ce parcours affectif des origines.
C’est également la fidèle évocation de Carole si longtemps occultée et maintenant désormais affirmée

 

Des nuages blancs au thé sublime, de Christian Malaplate

Des nuages blancs au thé sublime,sur la route de l’Inde au Népal, carnet de voyage, éditions Traces de Lumière, novembre 2023
avec ces photographies de l’auteur

L’ouvrage est composé de deux carnets de route.
Le premier carnet s’intitule « Des nuages blancs au thé sublime ». L’auteur y retrace un voyage qu’il a accompli de l’Inde au Népal en passant par le Sikkim, l’Assam et le Ladakh. Un voyage qui a duré une année.
Le second carnet, intitulé « Sur les chemins de vie », retrace ses séjours en Chine, au Sahara, à l’île de Pâques, en Polynésie, au Pérou, en Égypte, et à Conques.

 

EXTRAIT

D’aller à travers mes carnets de route, à la rencontre d’autres religions, d’autres peuples, d’autres paysages, d’autres regards, d’autres présences…  

Toute poésie est un voyage dans les bruissements des mots parmi les feuilles de route. Elle doit être un acte de présence au monde. Les poèmes sont des lieux de rencontres parce qu’on retrouve les froissements de la vie dans les replis de l’âme. Les murmures du cœur deviennent des sons pour des échanges incessants entre le monde réel et le monde spirituel. Ils s’éloignent de la nuit d’exil. Ils reflètent les pulsations secrètes du corps, de l’univers ou de l’âme confondus. Il faut éviter que l’univers soit orphelin de la parole, pour que l’âpre feu du jour continue à illuminer la fleur de la nuit.

Marcher. Joies et bienfaits du proche au lointain, de Pierre-Jean Brassac

Marcher. Joies et bienfaits du proche au lointain, essai, collections Rue des écoles, éditions L’Harmattan, 2024
Préface de Christian Pastre, historien et auteur

 

Qu’apporte donc la marche à ceux qui la pratiquent pour de multiples bonnes raisons et qui voudraient peut-être la pratiquer davantage ? Quels sont les bienfaits, pour votre corps et votre esprit, de ce simplissime moyen de locomotion ? Des réponses à ces questions guident les pas du lecteur tout au long de ce livre qui explore les innombrables facettes d’une pratique à la fois spirituelle et physique, éminemment bienfaisante. Qu’elle se nomme randonnée, marche, flânerie, trek ou promenade… L’auteur apporte des réflexions personnelles, ainsi que des idées de randonnées auxquelles il associe des expériences vécues et des témoignages de penseurs de tous les temps.

 

EXTRAIT
MARCHER POUR… CAPTER LE MONDE PAR LES NARINES

Contrairement aux organes de la vue et de l’ouïe qu’impressionnent des vibrations qu’ils transmettent à notre cerveau, l’odorat et le goût sont deux de nos précieux laboratoires chimiques privés. Leur lien avec notre satisfaction, notre plaisir ou leur contraire, s’affirme incessamment, même pendant notre sommeil.
Lorsque nous quittons l’espace domestique pour un séjour prolongé à l’extérieur, notre odorat nous fournit consciencieusement toutes sortes d’indices sur la teneur olfactive des espaces que nous traversons. Ces données viennent compléter ce que nous transmettent les autres modes de perception dont nous disposons.
Nos facultés olfactives sont réputées correspondre à une phase ancienne du développement de la physiologie humaine. Il s’agit d’une forme moléculaire, chimique de perception. Chemin faisant, saveurs et odeurs nous gratifient d’un contact direct avec le monde —un contact qui n’est ni vibratoire, ni magnétique, mais charnel, matériel, concrètement sensuel.
Il existe un lien subtil entre mémoire et olfaction que chacun expérimente en de multiples situations tout au long de l’existence. Le bulbe olfactif se situe dans notre cerveau à côté de l’hippocampe, fidèle enregistreur de nos souvenirs. Cette coopération de tous les instants dans notre boîte crânienne fonde le lien entre les odeurs, nos émotions et notre mémoire.
Où que l’on se trouve, la plupart du temps des effluves viennent impressionner notre odorat et enrichir ainsi de notes olfactives très concrètes le tableau que nous avons sous les yeux. Encore faut-il que la température, l’hygrométrie et l’état de notre muqueuse nasale soient satisfaisants.
Émanations volatiles portées par l’air ambiant, les odeurs se modifient selon la température, la sécheresse ou l’excès d’humidité ; ces variations altèrent ou empêchent la perception olfactive.On le vérifie en hiver : le chemin n’a guère d’odeur ; en revanche à la fin du printemps et en été, souvent, une véritable symphonie de notes parfumées accompagne le marcheur. Le sentier se déroule alors comme une pièce musicale composée d’accords et de mouvements successifs où les fragrances se succèdent comme l’une des formes d’expression enchanteresse du paysage.
Dans le Parc naturel régional du Queyras, dans les Hautes-Alpes, en arrivant par Abriès, une acide odeur de digitales s’impose à l’odorat. En insistant et en humant l’air aux abords de ce village, la première impression olfactive fait place à une sensation caractéristique de fraîcheur et d’eau, de notes âcres puis douces et de relents sirupeux. Nouvelle symphonie concertante : les bois jouent chacun à leur tour avant de jouer ensemble de virtuoses arômes.
Cette palette olfactive s’imprime dans la mémoire de ces montagnes, aussi sûrement que les images transmises par la rétine. Lire la suite…

Phileausophons de Pierre-Jean Brassac

Phileausophons, aphorismes, Monts-Déserts, 2ème semestre 2023
photographies de Didier Almon

L’eau, trésor vivant !
Qu’en faisons-nous ?
Nous la pensons inépuisable, tout comme nous jugeons les ressources naturelles de la Terre illimitées. Nous ne parvenons pas, dans ce domaine comme dans d’autres, à concevoir la finitude de la planète que nous habitons.

Nous n’aimons pas assez l’eau. Nous devrions la chérir ! Tel est le parti pris de ce livre, dont les admirables photographies et les textes incitent à l’amour de ce fluide vital. Phileausophons…

EXTRAITS

Turbidité
Cherchant un passage vers le lait,
l’eau engrange les éléments
opaques de sa blancheur,
devient brume fluide.

*

Limpidité

Si rien n’arrête la lumière,
quand aucune de ses particules
ne retient une miette de clarté,
le fluide est dit limpide.

*
Source

Lucarne la source,
passage des eaux
d’un monde à l’autre.
Seules, inchangées,
Elles jaillissent
après des siècles de sommeil,
de conception d’une pureté.

*

Jaillissement

Vif bouillon fertile à venir,
l’eau s’évade de la lithosphère,
jaillit, explose, s’évapore,
ambitionne l’éther,
féconde à tout va.

Vespérales élégies, de Pierre Ech Ardour

Vespérales élégies, recueil de poésie, Éditions Levant, janvier 2024
Illustrations : « Outremer et blanc – reliefs 1. 2 et 3 » de Chantal Giraud Cauchy.

 

Ce recueil poétique est le premier d’une trilogie sujette au soutien triennal pour ce projet de Sète Agglopôle Méditerranée envers les Éditions Levant. Il est illustré de trois œuvres spécialement composées pour le livre par Chantal Giraud Cauchy (Pigments outremer et blanc – 2021).

Le recueil trace les pérégrinations poétiques et cosmologiques de l’auteur entre Sète et Céret.
La voix des poèmes porte une entière adresse à la Vie, à la Liberté, à la Femme et à l’Amour.

 

 

 

FRAGMENTS

Au sel de vie profonde
S’incruste en délivrance
L’orphelin silence
 

À l’abri de tes billets
mûrit indélébile ton cœur,
danse à l’ombre de phonèmes
la sveltesse de ta fraîcheur
Sur mes pas m’incombe à
poursuivre inféconde l’attente,
désillusionne mes espoirs
noire brisante la lumière
Seul l’élixir de ta pierre
sous la nue séraphique
fleure la pluie d’amour
Sur ta robe de printemps
irradie en parhélie gracieux
le galbe de tes jardins,
m’enserre ta voix-frisson
exsangue de poèmes-mânes
Fuguent en ta chevelure
nomades gravées au lunaire halo
les lettres du chant lointain
Profère bleue ta bouche
par la faille du temps
gracile le fil de nos pas intriqués
à l’errance des mots-poussière

 

Ennoblit ton écriture
Égrener les nocturnes épis
Sur la chevelure du ciel
 

Aux lèvres de tes mots,
par la grâce d’éloquence,
édifie chaque syllabe
l’envol de ton souffle
Chaque nuit de justesse
laboure de volés silences,
s’éclipse du vain désert,
déchire l’ombre du vent
Sur la vespérale friche
coudoie l’écho les pierres,
choient d’obscures nues
Mais en l’antre de ta rosée,
greffe à mon tronc le feu
ton arbre de pensée,
m’emmure de fraîcheur
la crête de ta montagne,
me délivre des ailleurs
la volupté de ta maison
À l’abri du tréfonds de nuit
ruissellent d’étoiles tes yeux

 

 

Le visiteur solitaire d’André Gardies (édition revue et augmentée)

Le visiteur solitaire, roman, édition revue et augmentée, éditions Nombre 7, 2024 (éditions de Paris/Max Chaleil, 2008)

Dans un village des Hauts Plateaux, pays de solitude et de pauvreté, que hante encore le souvenir de la Bête, un fonctionnaire du ministère de l’Agriculture, Faustin Juan, est dépêché pour tenter de comprendre les réticences du pays au progrès et au remembrement. Dans ce monde isolé, vivant encore à l’ère du char à bœufs et de la polyculture de subsistance, il découvre un village pétri de terreurs, de jalousies et de ragots, aux habitants secrets et méfiants. Atmosphère tempérée par la beauté des paysages, l’amitié amoureuse de Reine qui tient le café-épicerie, et la complicité de Jean, le braconnier, mais aussi le désir trouble que suscitent Violette et Monique, deux grandes écolières plus averties qu’il n’y paraît. Tous les ingrédients sont là pour qu’éclate le drame.
Un roman qui traduit l’âpreté d’une terre aux hivers extrêmes, et la vie quotidienne d’un monde dont la noirceur est loin d’égaler celle du narrateur.
Une fable sur le pouvoir.

 

EXTRAIT

Quand un matin d’été, voici près de dix ans, je suis arrivé à ce village, les rues étaient désertes, totalement désertes. La place aussi. Aucun passant, aucune activité. J’ai longé les maisons silencieuses et muettes ; seul le crissement de mes pas résonnait entre les murs de granit gris. Un chien, dans une cour au loin, s’est mis à aboyer auquel a fait écho un meuglement sourd. Alors le discret tremblement d’un rideau m’a fait comprendre que je n’étais pas passé inaperçu. Il faisait chaud, très chaud, à l’aplomb du soleil.
J’ai poussé la porte de l’auberge. Vide elle aussi. Du moins c’est ce que j’ai cru jusqu’à ce que, mes yeux s’étant habitués à l’obscurité, je découvre deux hommes assis dans le fond, qui ne répondirent à mon bonjour que par un vague hochement de tête. Je me suis installé près de la fenêtre qui donne sur la rue et j’ai longtemps regardé dehors, espérant quelque mouvement. – Et pour ce monsieur, qu’est-ce que ça sera ?
Elle avait surgi, toute de noir vêtue, du fond d’un cagibi dérobé.
– Du café ou un verre de vin ?… Oui, on n’a pas trop le choix, mais c’est ce que tout le monde boit ici. Faudra vous y faire si vous comptez vous installer chez nous.
Comment avait-elle deviné que j’avais l’intention de séjourner quelques temps dans le village ? C’est seulement plus tard que j’ai appris qu’un des hauts responsables du Service avait joint la cabine publique – le seul téléphone à l’époque, installé justement dans l’arrière-salle de l’auberge – pour prévenir de mon arrivée et réserver la meilleure chambre. Difficile dans ces conditions de se montrer aussi discret que possible comme j’en avais l’intention. Cela expliquait aussi le peu d’attention que m’avaient accordée les deux hommes attablés. En effet, s’ils n’avaient pas eu vent de ma proche arrivée, ils auraient levé la tête, observé longuement l’étranger qui venait de pousser la porte, et non pas fait comme s’ils ne m’avaient pas vu.
Une huitaine de jours auparavant, mon supérieur, le Directeur de la Section des Affaires Paysannes, m’avait convoqué dans son bureau:
– Le plateau des Mille Sources, ça vous dit quelque chose ?…Oui, là-bas, en plein cœur du Massif Hercynien…Je parie que vous n’y êtes jamais allé. Confidence pour confidence, moi non plus. L’une des régions les plus pauvres du pays. Isolée et coincée entre deux chaînes de vieilles montagnes, complètement repliée sur elle-même, fermée au progrès et qui, depuis toujours, vit en maigre autosuffisance économique. Bref, tous les bonheurs de la vie rurale à l’ancienne. Elle serait parfaite pour des vacances « pleine nature », si seulement elle acceptait d’accueillir les touristes… En attendant, c’est un haut représentant du Ministère de l’Agriculture qu’elle aura le privilège d’accueillir, en la personne de Faustin Juan. Que voulez-vous, cher collègue, vos états de service ont plaidé pour vous.
Je reconnaissais bien là les façons directes de mon chef.
– Oui, une requête de la sous-direction du Plan et de l’Aménagement Rural… Depuis trop longtemps, les directives qu’ils envoient là-haut, dans ce pays perdu, restent quasiment sans écho, comme si elles s’évanouissaient au milieu des landes et des forêts. Jusqu’au nouveau programme de développement agricole pour les territoires défavorisés qui demeure lettre morte. Encore si ça ne concernait qu’eux, les gens de là-haut, ce serait leur affaire, ils n’auraient qu’à se débrouiller tous seuls et continuer de macérer dans leur crasse et leur misère, seulement ça retarde singulièrement notre grande cause nationale, celle du remembrement des terres et de l’ouverture vers l’agriculture moderne. Vous savez comme moi que le gouvernement n’accepte sur ce sujet aucune entrave, qu’il a fait de cette question l’une de ses priorités pour l’actuel quinquennat.
Alors, comme de juste, c’est nous qui sommes chargés d’aller fourrer notre nez là-bas. D’aller voir de plus près ce qui s’y passe. Nos informations sont plutôt maigres.

Farfulaisons – Conjugaisons poétiques et farfelues de Stéphane Amiot

Farfulaisons – Conjugaisons poétiques et farfelues, recueil de poésie, éditions Unicité, nov 2023
préface de Rose-Andrée de Laburthe – illustrations de Jorgelina (Prado) Militon

 

Découvrir et apprendre les conjugaisons en s’amusant !

Introduction drôle et instructive à la grammaire du verbe, Farfulaisons (néologisme pour conjugaisons farfelues) met en scène le verbe à travers ses multiples facettes (verbes et modes difficiles, groupes, constructions) dans quarante poèmes octosyllabiques.

 

EXTRAIT

Conjuguer c’est unir
D’un lien conjugal
L’élève et le verbe
Dans le plaisir des mots
Tout est conjugable
Mais il faut adjoindre
Un bon maître
Pas de joug des jeux
Pour subjuguer
Les juntes indigentes
Dans la conjonction
Des coordinations
Que le subjonctif
Devienne subjectif
Pour que les amours
Soient ainsi conjuguées

 

Couvées de filles de Joëlle Wintrebert

Couvées de filles, nouvelles, Au diable vauvert, octobre 2023
Illustration de couverture : Philippe Caza

Voyages dans des mondes parallèles, arches écologiques, créatures charnelles séductrices, grenier hanté, cités mystérieuses ou futures, sociétés matriarcales, transferts de corps : seize nouvelles représentatives d’un long parcours d’écriture.

 

EXTRAIT de la nouvelle intitulée Crépuscule

Debout. Droite au milieu du champ. Pieds nus dans l’herbe, éprouvant sa douceur printanière et humide. Ses jambes écartées s’enracinent. Son vieux cœur exténué bat en harmonie avec l’infime vibration de la terre. Le soleil la tient. Par bouffées, le Cers la bouscule, chargé d’arômes. L’odeur verte des pins s’y mêle à l’or sucré des fleurs de coronille. Elle hume fort, se dilate, ses bras s’élèvent…
Ses mains, ses noueuses mains que prolongent les longues rémiges fixées à ses poignets dansent autour d’elle un étrange ballet de signes. Puis le mouvement s’amplifie, s’accélère, elle s’est dressée sur la pointe des pieds comme pour un envol, enfin son cou se casse et de son visage tendu vers la nue part un cri miaulant qui s’étire.
« Ouièèh ! » répond la nue.
Elle sourit, extatique, quand elle sent passer sur ses yeux clos l’ombre du prédateur qu’elle vient d’appeler. Les années s’effacent de ses traits, ses doigts dessinent les graphes de sa jeunesse et quiconque la regarderait en cet instant jurerait qu’il lui pousse des ailes.
Bientôt, ses membres se tétanisent. Merveille, une fois de plus, de vivre ce miracle, quitter la vieille enveloppe de chair, partager le corps accueillant du rapace et chevaucher le vent…
Elle s’élève, ivre de liberté, au-dessus du petit théâtre de sa vie, joies et deuils, la solitude désormais, les murs qui se délabrent à son image mais dont les pierres centenaires sont fées, les champs démis de leurs vignes et que repeuple une jungle d’ajoncs, de genêts et de pins, la terrasse aux murets effondrés où le verger se meurt.
Sauvagerie. Son cœur se serre. Jadis elle aurait aimé ce désordre. Aujourd’hui, elle n’y voit plus qu’un douloureux chaos.

Le saut dans le vide, de Raymond Alcovère

Le saut dans le vide, livre d’artiste, ARCANA Éditions nomades, septembre 2023
Illustrations de Claude-Henri Bartoli

« Visite l’intérieur de la terre, en rectifiant, tu trouveras la pierre cachée. » L’ancestrale formule alchimique est le sujet, la quête, du « Saut dans le vide. »
Un voyage à travers les spiritualités, de la Chine à la Grèce antique, sur les traces du Philosophe inconnu…

Cet ouvrage de 26 pages est tiré à 50 exemplaires (une impression numérique) contenant 10 illustrations de Claude-Henri Bartoli dans une reliure cahier spirale/protection plastifiée/ c’est le premier numéro de la collection : les cahiers de la poésie nomade.

 

 

EXTRAIT

Le feu du ciel jaillit de cette île. La lumière a besoin de l’ombre. En plein jour, on ne voit rien. La nuit, c’est une explosion, le plus beau spectacle du monde. La terre en fusion propulsée dans l’espace, au milieu de la Méditerranée. L’eau et le feu mêlés.

J’en ai fait l’ascension, un soir de septembre. L’après-midi, j’avais rêvé d’une source entourée de saules. À la taverne du village, un homme — il paraissait âgé mais je distinguais mal son visage dans le clair-obscur, seul son chapeau bleu orné d’un colibri avait attiré mon attention — a proposé de me guider jusqu’au cratère en fusion.

Il m’a dit : « Sachez qu’on ne peut se fuir soi-même, aller au bout du monde n’a aucun sens, aller au bout de soi est un tout autre chemin, le seul véritable. Êtes-vous sûr de vouloir accomplir ce voyage ? Les alchimistes ont interprété INRI par l’Intérieur de la Nature rénovée par le Feu (Ignis). On n’en ressort pas indemne. Tout ce qui est beau est difficile autant que rare, a écrit un philosophe. Si l’on poursuit une entreprise chimérique, la catastrophe est fatale… Avez-vous suffisamment réfléchi avant d’entreprendre cette ascension ? » Oui, lui ai-je répondu.

 

Les Magni-Freaks, de Gaspard Flamant

Les Magni-Freaks, roman jeunesse, Éditions Sarbacane, octobre 2023

  

ILS SONT ORPHELINS, ILS SONT JEUNES, ET ILS ONT SACRÉMENT MAL DÉMARRÉ DANS LA VIE. Mais Cheyenne, Liam et Squadro ont tous les trois un humour décapant et surtout : un don inexplicable.
CHEYENNE, la grande sœur fonceuse, peut traverser les murs.
SQUADRO, le requin au cœur d’enfant, peut respirer sous l’eau.
LIAM, le voyou irlandais, peut voler.
Dans les mauvais quartiers de Montpellier, où se côtoient les familles en difficulté, les gosses débrouillards, les voisins au grand cœur et la pègre sans moralité, leur rencontre va faire des étincelles.
UN IRRÉSISTIBLE TRIO D’AVENGERS À LA FRANÇAISE.

 

 

 

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YU Xuanji – Dans le souffle du sabre, un ouvrage de Anne-Marie Jeanjean

YU Xuanji – Dans le souffle du sabre, poésie- biographie, Coll. Levée d’ancre, éditions L’Harmattan, mai 2023
calligraphies de Shanshan SUN – co-auteur Shanshan SUN

 

L’œuvre de cette poète célèbre du 9ème siècle (Dyn. Tang) au destin tragique est pour la première fois intégralement rassemblée et publiée. « Condamnée après un procès sous influence sa voix traverses les siècles et parvient comme un gage de vérité blessée. » Michel Cassir

Cadre, personnages historiques et poèmes font entrevoir un peu de cette société tout à fait passionnante.

 

 

 

 

 

EXTRAIT

Attendre un ami empêché par la pluie

Canard ou poisson¹ le courrier secret est vide,
Et  détestable le millet², rendez-vous raté

Donc fermer la porte et encager la lune,
Doubles rideaux déjà tirés, attachés par les liens de soie.

Sur la bordure de pierres approcher le bruit de la source,
Au loin, la vague du fleuve monte sur la rive.

Mélancolie à la pensée du village en automne et à l’invité,
De ce tourment, en faire un poème de cinq caractères.

          Jianling (860)

1 Autrefois dans le ventre de ces animaux très prisés offerts à leurs destinataires, transitait souvent
un message secret.
2 Milet : repas de réception

Le dernier cerceau ardent, de Luminitza C. Tigirlas

Le dernier cerceau ardent, poésie, éditions du Cygne, Paris, septembre 2023
dessin de couverture de Doïna Vieru

 

Ce neuvième livre de Luminitza C. Tigirlas est composé de 4 suites de poèmes en vers et en prose. Leur souffle est rythmé par les réverbérations d’une langue intime déchiquetée entre deux alphabets, entre deux rives : « Avant que la glace ne dentelle la voix de Pyreta-rivière, l’Aiguilleur-du-Ciel-sonneur, qui n’est pas toi, l’ensemence de poèmes émiettés en feux-follets. Leur respiration fait fondre la frontière. »
La poète traverse une mémoire vibratile, sa voix hèle un brin de matricaire dans les fanges temporelles — approchez mains nues, ne tirez pas !

 

 

EXTRAIT

À l’aiguillage d’une ligne de feu
— ligne d’alphabet —
ma main rate le tournant
vers l’armoise
L’horizon des mots se courbe,
son pourtour ardent
est mon cerceau de survivance
Le fauve humain se hérisse devant
la honte rouge ploie mon dos :
j’atteins le saut —
en mille éclats il m’engage
L’ouvrage de mes jours s’exfolie
il répond par une dernière ligne
— langue à trous —
Par-delà, Dieu reprend l’aiguillage :
il est aussi transfuge dans la béance