Les Maîtres-feu, de Joëlle Wintrebert

Les Maîtres-feu, science-fiction, éditions Au diable vauvert, mai 2026

Sur Dante, sa volcanique planète, un jeune saurien s’est mis en route à l’aube malgré le séisme qui menace. Dans une enclave humaine, Jordane vient d’apprendre la mort d’un père tyrannique dont le seul mérite fut de lui apprendre l’oï-tîkien. Elle fuit en orthoptère dans l’espoir de rejoindre sa planète natale. 

La violence de l’éruption bouleverse leurs trajectoires et les précipite face-à-face. L’Oï-Tîkî est tenté de ne faire qu’une bouchée de l’adolescente, mais voici qu’elle s’adresse à lui dans sa langue. Une étonnante aventure commence…

EXTRAIT


Le saurien s’était mis en route au premier soleil. Il avançait vite malgré le poids du havresac qui tirait ses épaules en arrière. Il savait que les anciens ne se trompaient jamais et que s’il manquait cette chance de profiter du séisme, ce seraient trois jours de marche supplémentaires.
Lorsqu’il ressentit la première secousse, il venait d’atteindre la zone de mouvance. Le remugle spécifique des collines, le reflux brutal de toute vie animale, le silence abyssal, tous ces symptômes du tremblement de terre imminent, le saurien les accueillait avec ivresse.
Fugitif, l’aiguillon de la peur poinçonna ce plaisir. La seconde secousse faisait onduler le sol. Bên-ïî-ïî frotta sa corne frontale qu’il sentait devenir turgescente et se hâta de dégager son dos du havresac. Ses doigts coururent sur les fermetures électromagnétiques et la planche télescopique jaillit de son compartiment. Le saurien lui donna aussitôt sa dimension maximale. Il assujettit le lourd sac de cuir à ses épaules et s’installait au centre de la surface portante lorsqu’un nouveau train d’ondes inaudibles déferla.
Les collines se mirent en marche.
Luttant à la fois pour conserver son équilibre et ne pas chavirer sous l’impact des vibrations subsoniques qui bouleversaient son organisme, Bên-ïî-ïî filait sur les crêtes en mouvement.
Fixées dans les canalicules forgés à cette intention, les griffes de ses orteils assuraient son assise. À leur capacité optimum, ses pupilles étrécies captaient les moindres irrégularités du terrain. Sa queue, tendue au-dessus du sol, balancier efficace, corrigeait les à-coups trop nerveux des rotules.

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