Être en poésie, c’est pour moi être habité par une lucidité hors du commun. Une lucidité due à un surcroît de sensibilité et d’imagination.
N’est-ce pas la poésie qui fissure ce qui est et ouvre des possibles nous permettant de voir enfin le monde tel qu’il est ? Maria Zambrano dit : « Si le poète a gagné quelque chose à travers les siècles, c’est cette lucidité, cette conscience éveillée, toujours plus éveillée et lucide, comme en témoignent les poètes modernes, comme le prouve leur père à tous, Baudelaire. «
Chaque fois que le besoin m’en vient et que je prends la plume, me revient la même question : parviendrais-je à leur dire ? Yves Bonnefoy dit : « Il me semble que pour expérimenter l’impossible, il faut recommencer sans fin, comme Sisyphe avec son rocher, ce mouvement d’espérance que je nomme la poésie. » Ce ne sont pas des préoccupations esthétiques, ce ne sont pas seulement des mots qui fondent un poème, comme le dit Mallarmé, c’est pour moi le besoin de partage. Dans ce monde en proie au devenir, où tout nous conditionne, où pour le poète, la réalité est élusive, changeante, douteuse, où tout l’étonne, lui pose question, l’interpelle, ne serait-il pas le voyant dont la sensibilité exacerbée le contraint à partager le surcroît d’émotions qui l’assaillent ? Ce partage avec autrui, n’est-il pas pour lui une exigence, une nécessité impérieuse ? Je pense qu’il y a ceux qui font une œuvre pour être appréciés et ceux qui font des travaux, par urgence, pour pouvoir communier avec autrui, comme on transforme sa main en la mettant dans une autre, selon la formule de Paul Éluard. Pour partager, il n’est besoin que d’entrer en résonance, en empathie avec l’auteur.
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