Réflexion, de Michel Théron

Laïcité, de Michel Théron

Face aux horribles assassinats qui viennent de se produire, le premier mouvement a été la stupeur, la sidération. Le deuxième, la compassion, l’empathie, toutes marques d’émotion. Ces réactions-réflexes sont inévitables, et évidemment je les ai eues moi-même. Mais ensuite doit venir, et de cela je voudrais bien être sûr, sans en être pour autant persuadé, le moment de la réflexion.

Il est évident que le terrorisme s’est installé sur le chaos qu’ont créé les interventions impérialistes des puissances occidentales dans des pays qu’elles connaissaient très mal. Le prétexte a été l’instauration chez ces pays d’une démocratie, mais on n’a pas assez réfléchi qu’on n’y vient pas en un clin d’œil, en partant d’un régime tyrannique. Chez nous même, la démocratie s’est installée lentement, et au prix de beaucoup d’épreuves et de souffrances. À tout le moins, l’Occident s’est montré extrêmement léger dans son analyse, si du moins analyse de ce type il y a eu, car je pense qu’on s’en est tenu à la politique, bien banale de la part de pays anciennement colonisateurs, de la canonnière. L’enjeu bien sûr était bien moins noble que celui de la démocratie : l’intérêt économique des pays intervenants, le pétrole au Moyen-Orient, les richesses minières du Mali. L’indignation actuelle de beaucoup de dirigeants qui ont défilé pour la « liberté d’expression » n’est que de la tartuferie.

En second lieu, puisqu’on situe les attentats actuels par rapport au fait religieux, je pense qu’on ne défendra jamais assez et dans tous les cas la laïcité, qui fait relever la religion de l’espace privé et de celui du culte, et qui la prohibe radicalement de l’espace public. Il ne faut pas transiger là-dessus, et ceux qui sont pour une « laïcité positive », c’est-à dire plus ou moins tolérante quant aux intrusions religieuses dans l’espace public, ne savent pas à quoi ils s’exposent. Aussi, lors des défilés de protestation, j’aurais bien aimé qu’au lieu du compassionnel « Je suis Charlie ! », répété comme un mantra mais qui ne dépasse pas le stade de l’émotion, on ait vu ou entendu : « Pour la laïcité ! ». Mais il est vrai que cela eût demandé plus de réflexion !

Illustration : Montage de Michel Théron

Ce texte paraît également dans la rubrique habituelle de Michel Théron  (À contre-courant) du journal Golias Hebdo.

 

3 thoughts on “Réflexion, de Michel Théron”

  1. Je souhaite faire un petit rectificatif.
    Le terrorisme international ne s’est pas installé uniquement sur les interventions récentes de l’impérialisme de quelques puissances occidentales. Le berceau de cette mouvance date de longues décennies que les plus jeunes ne connaissent probablement pas.
    Le terrorisme a commencé en 1948 avec la création de l’état d’Israël et s’est embrasé avec les conflits israélo-arabe et israélo-palestinien.
    L’Occident découvre via la presse ce qu’il en est vers les années 1960 avec les attentats meurtriers contre des civils, des prises d’otages meurtrières, l’explosion d’avions civils perpétré par l’OLP (Organisation pour la Libération de la Palestine), cette même Palestine qui revendique aujourd’hui le droit de siéger aux Nations-Unies et de rejoindre l’ICC (la Cour Pénale Internationale de la Haye) pour juger son voisin israélien de crimes contre l’humanité. Où est l’humanité dans cette histoire ?
    Il est facile, pour les plus jeunes, de scander le droit à la paix et la liberté de la Palestine quand on ignore la barbarie, le carnage et les milliers de morts innocents que cette Palestine a perpétrés. Je pense qu’il ne faut jamais oublier les passés douloureux que l’humanité entière a eu à subir quelle que soit sa nationalité ou sa religion.
    L’OLP est mort avec Yasser Arafat en 2004. Aujourd’hui d’autres mouvements ont repris le flambeau : le Hezbollah, le Hamas et tous autres sous-produits dérivés. Le terrorisme est parti de là et malheureusement a pris une telle ampleur que même une paix totale dans le conflit israélo-palestinien ne pourra plus changer quoi que ce soit. Trop de groupes fanatiques qui auront toujours l’envie de répandre la terreur et le sang sur le monde au nom d’un quelconque dieu.
    Comme j’ai conclus dans un billet d’humeur après la barbarie de Charlie Hebdo, la liberté des uns s’arrête où la civilisation des autres commence.

    Billet disponible sur Facebook : https://fr-fr.facebook.com/pages/Rick-Glay/310483835744509

  2. En complément à mon post précédent, je vous fait par d’un commentaire de mon amis Libanais Bassam, écrivain, poète, artiste et médecin.

    Pour mieux comprendre la naissance du terrorisme depuis le berceau palestinien, je vous invite à lire le livre «Rêve d’Orient » de mon ami Libanais, Bassam.
    Bassam à fuit le Liban lors des folies terroristes et meurtrière de son pays pour demander asile en Belgique et y vivre en homme libre. Bien que nous n’ayons jamais parlé de certaines zones d’ombres qui, me semble-t-il, lui ont été traumatisantes, j’ai l’intime conviction que des membres de sa famille, notamment les femmes, ont eu à souffrir des pires atrocités perpétrées par des hommes. Aujourd’hui Bassam et Béatrice (son épouse) s’occupent de la galerie d’art « Clair Obscur » en plus de son métier de médecin généraliste. La prochaine exposition en avril as’intitulera « Honneur aux Femmes »
    Ci-dessous, je vous livre son commentaire suite à mon billet d’humeur contre la violence à Charlie Hebdo.

    Salut Rick.
    Merci pour ton envoi, je trouve ta photo extra. Voici ma critique ou plutôt mon interprétation :
    Le 7 janvier 2015 est désormais gravé en rouge (la plume)
    L’image de fond évoque l’obscurantisme à la fois suggéré par cette tête de Mollah qui par sa blancheur donne la perspective à un sombre quai de métro qui symbolise l’insécurité. Une lumière qui est aveuglante, bien qu’elle soit blanche…
    L’espèce d’engin de guerre évoque une rame de métro, mais aussi et forcément un crayon, le seul que ces criminels de Dieu savent tenir en main et avec lequel ils voudraient écrire l’histoire…
    Bref ! C’est tout Paris…

    J’ai souvenir que tu as lu mon recueil « Rêve d’Orient » dans lequel j’attaque les religieux de tout bord qui ont animé la guerre civile dans mon pays, le Liban. Pays d’à peine 3 millions d’habitants et 10 fois plus petit que la Belgique. Le conflit avait fait approximativement 145 000 morts, 185 000 blessés, entre 2 000 et 17 000 disparus et 14 000 handicapés. Il s’accompagne de milliers de viols dont il est rarement fait mention, tandis que 800 000 personnes sont déplacées de force, ce qui est démesuré par rapport au pays.
    J’ai évoqué dans ce recueil cette seule lumière qui reste aux fanatiques : « Il reste à l’Orient comme ultime lumière, ces cyniques rayons des Judas et Sicaires, rivés aux étendards sous des bannières blanches à aiguiser poignards en agitant des torches…. ».
    Puis-je t’envoyer une photo qui m’interpelle, celle de la tête du cortège d’hier. Je regrette que Mahmoud Abbas et Benyamin Nétanyahou ne soient pas à gauche et à droite de François Hollande… Car avouons-le, c’est dans cette terre de Palestine-Israël, où prolifèrent les religions comme seuls arbres, qu’on trouve les racines de toutes ces atrocités.
    J’avais donc dit dans mon recueil à ce sujet : « Si religions étaient synonymes de paix, Jérusalem serait jumelée au Havre… »

    Amitiés.

    Béatrice et Bassam

    Pour Clair Obscur A.S.B.L.
    8 rue Trappé – 4000 Liège
    info@clairobscur.be

  3. Salut Rick.

    Dans un souci d’honnêteté intellectuelle, je me permets d’apporter quelques corrections au sujet de la présentation que tu as fait de moi en apportant quelques éclaircissements sur le conflit israélo-palestinien et surtout sur les racines du terrorisme – du moins dans sa division moyenne-orientale et spécialement le terrorisme imputé aux « Islamistes », qui n’est donc ni le propre de la plupart des musulmans et moins encore celui des arabes puisque 15% de ceux-là sont chrétiens, et même juifs dans une plus petite proportion.
    Le communiqué de presse que mon éditeur a présenté à mon sujet pour la publication du recueil « Rêve d’Orient » étaye à la fois mon parcours et présente l’ouvrage. Et le texte que j’avais écriten introduction à la soirée poésie où je présentais mon recueil, éclaire – mais sans être complet – sur l’origine du terrorisme islamiste, puisque à la secte des assassins animée par les Chiites s’ajoute celle des salafistes sunites. Je ne parle pas donc de tous les protagonistes de ce « marché » ni des boutiques des extrémistes chrétiens, druzes, juifs etc…
    C’est seulement pour expliquer que le terrorisme islamiste n’est pas né avec le conflit israélo-palestinien récent, mais que ce dernier n’a fait que souffler dans des braises dormantes…
    Bien à toi.
    Bassam

    Communiqué de presse sur Bassam El Khouri.
    Extrait du texte concernant le terrorisme islamiste:

    « Le recueil « Rêve d’Orient » comporte deux chapitres : Le Rêve et l’au-delà les frontières. Soit 108 pages en 20 poèmes panachés de 21 textes en prose et 5 réflexions.
    Ce rêve, comme l’a dit mon éditeur, ce voyage, débute plusieurs millénaires avant notre ère avec la Déesse Ishtar ; cette Déesse qui à mon avis se cache toujours derrière nos Dieux modernes. Personnellement j’en vois l’avatar en la Vierge Marie. Il se poursuit au début du 2ème millénaire dans l’Orient fabuleux d’Omar Khayyâm « L’Astrologue qui ne croyait pas au ciel ».
    C’était l’époque la plus faste de l’orient, quoiqu’on augurait déjà de son déclin, puisqu’on assistait à l’éclosion de la secte des Haschischins créée par Hassan Sabbah. « Les Haschischins sont ces individus qui étaient transformés en kamikazes sous l’effet du Hachich et qui avaient pour mission de tuer. C’est l’origine du mot assassin… Ce sont donc les pendants des Sicaires chez les juifs notamment.
    À mon avis, trois hommes avaient dessiné à cette époque-là déjà l’esquisse de l’orient moderne qui affecte indéniablement le paysage mondial dans lequel nous vivons.
    3 hommes: Omar Khayyâm, Nizâm al-Mulk et Hassan Sabbah, fréquentaient la même école. Trois hommes qui se sont liés par un pacte inaliénable :
    «Celui qui d’entre nous atteindra la gloire ou la fortune devra partager à égalité avec les deux autres », se sont-ils ainsi jurés…
    Nizam al-Mulk devient grand Vizir, Hassan Sabbah obtient un grand poste dans son gouvernement et tente de le renverser. Il échoue et, hors la loi, il devient le chef des Haschischins. Khayyâm, moins porté sur le pouvoir politique, ne demande pas de poste officiel, mais un endroit pour vivre, écrire et étudier la science. Il reçoit alors une pension de la part du trésor royal ; cette pension lui sera versée jusqu’à la mort de Nizam al-Mulk (tué par un assassin).

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