Miroir, mon beau miroir…(2), de Nicolas Gouzy

 

image miroir 2 bis

…/… Je décide de surseoir à toute autre investigation (Je sursois très bien, une autre forme de procrastination, j’ai souvent sursis, pour le service militaire, pour une petite peine d’emprisonnement aussi, un sursis c’est toujours bon à prendre) et je pars « réfléchir » au bistrot du quartier où je bois mon petit jus du matin. Je jette tout de même un œil inquiet à tout ce qui mire, reflète, renvoie, incidemment ou directement, une image de moi. C’est bon, y’en a, plein, des mire-moi. Pavés lustrés du hall, rétroviseurs des voitures alignées le long des trottoirs, glaces et vitrines de la rue, grand miroir du bar, lunettes de Gégé, métal argenté d’une salière oubliée, reflets bombés des deux côtés de la petite cuiller, je peuple dignement mon monde d’inversions plus ou moins déformées de mon moi encore un peu inquiet. Avouez qu’il y a de quoi ! J’en suis là et j’en suis las. Il ne me revient pas d’histoires de reflets qui se sont barrés de leurs miroirs ou bien de miroirs fatigués de refléter leurs propriétaires. Il y a bien les vampires que la mythologie hollywoodienne prive du reflet allégorique de leur âme disparue. Il y a bien Alice qui passe de l’autre côté. Il y a ceux sans tain qui dissimulent des voyeurs, psychopathes, profilers, inspecteurs et autres lance-flammes vengeurs. Il y a bien des choses en plus, en plus ou moins malveillant, malvoyant, qui apparaissent dedans, mais en moins…Je ne vois pas. Comme j’ai la chance ( ?) de ne pas avoir à aller bosser à l’autre bout de la ville puisque mon bureau c’est chez moi, je rentre au boulot. J’ai deux ou trois papiers à la con à écrire sur des glaces tendance en pots tendance dont le glacier-tendanceur n’a pas eu la délicatesse de m’en faire livrer quelques échantillons. Je vais improviser. Tant pis pour lui. Le miroir de mon couloir me renvoie poliment une image matinale dans laquelle, bien qu’habillé, je reste gris et fatigué. C’est un bon début de retour à la normalité. J’ai dû laisser la lumière allumée au-dessus du miroir vide la salle de bains car un rai lumineux filtre sous la porte…Je prends mon courage à deux mains (en vérité, pour ce que j’en ai, je pourrais aussi bien le pincer entre deux doigts), j’ouvre et décide d’en avoir le cœur et les yeux nets. Je ne comprends pas tout, du premier coup, tout d’un coup… Je vois…Je me vois ! Me déshabiller, entrer dans la douche, pisser sur la bonde (disons que ça vous ne l’avez pas vu), ouvrir l’eau, me savonner, me rincer, me sécher, puis me pencher vers le grand miroir scellé au-dessus du lavabo, essuyer la buée et me regarder, ébahi ! Ce con de truc m’a enregistré et il se repasse la scène. Je suis devant et maintenant je me vois en train de tenter de me voir, hagard, cherchant des yeux mon regard ! Alors je crie et je m’enfuis ! …/…

(à suivre)

Miroir, mon beau miroir…(1), de Nicolas Gouzy

Ce texte de Nicolas Gouzy en 6 épisodes sera publié au cours de l’été 2016, parution le mercredi.

photo miroir texte 1

Sortir de la douche au petit matin, dans une salle de bains froide et embuée, tout le monde le fait, souvent vite fait. Le temps d’un brossage de dents éclair devant un miroir qu’on ne regarde plus depuis le temps qu’il ne renvoie plus qu’une seule émission, celle du temps qui passe, et puis tout le monde file. J’ai pris le temps ce matin, le temps d’essuyer la buée sur mon miroir avec une serviette de bains qui filoche et que je me suis promis de jeter. Un ou deux va-et-vient qui vont laisser des traces et des peluches et…Rien ! Pas de moi en face ! Pas de face de moi là, à sa place ! Le reflet de ma douche et de l’étagère d’angle où reposent quelques produits de toilette de semi-luxe, neufs, cadeaux d’amies passées me suggérant sans doute que mon hygiène corporelle pouvait s’améliorer, mais rien de moi ! Surpris n’est pas le mot, ni interloqué, ni apeuré, ni rien ! Pas de mot ! J’en ai pourtant des tiroirs pleins, mais sur le coup, rien ! J’imagine bien que j’écarquille les yeux, que je dois avoir la mine des poissons des profondeurs sortis trop vite de la mer, mais je ne peux que l’imaginer. Je secoue connement la serviette pour vérifier que mon image n’y est pas restée collée. Je me penche, tentant de voir à mes pieds dans le miroir si mon reflet n’y gît pas, brisé, en morceaux. Bien entendu je n’arrive qu’à me cogner le front contre mon absence d’image. Je brandis mes mains, les lève bien haut. De ce côté-ci je les vois, mais de l’autre, rien, nada ! Vacance ! Vacance de moi au Pays du Miroir ! Je ne demande pas comment c’est possible. Le fait de constater que çà l’est me suffit amplement pour l’instant. J’ai une inspiration soudaine. Le miroir en pied de l’entrée ! J’y file ! J’y suis ! C’est bien moi, pas de soucis, je reconnais bien mon air gris, ma brioche, mon caleçon, mes épaules maigrelettes et mes cheveux humides ; tout est à moi, inversé comme il se doit. WTF alors avec le miroir sans moi de la salle de bains ? Mauvaise blague, grève, panne, mirage, illusion d’optique, attaque cérébrale ? J’y re-vais. Toujours pas. C’est flippant, finalement, de se voir transparent ou plutôt de se retrouver aux abonnés absents. Tout est bien là, sauf moi ! Sauf et, (tiens ?) ce que je tiens, ni reflet de peigne, ni reflet de brosse à dents, ni rien. Mais dès que je les pose ils sont bien là, bien là-bas aussi, ressurgissant du néant où mon contact les a plongés un instant […]

(à suivre)

Lapin ! Memento Mori !, de Nicolas Gouzy

Lapins clapier
J’étais un « cuniculicide » et je suis toujours un « cuniculiphage ». Je dois me confesser de ces centaines de lâches assassinats que j’ai pu perpétrer sur ces petits animaux innocents aux longues oreilles et au museau en alerte communément appelés « lapins ». Ceux que je mange aujourd’hui sont élevés en batterie, engraissés aux granulés, bourrés d’antibiotiques, étourdis par électronarcose avant d’être tués, pelés et vidés à la chaîne, découpés et enfin emballés sous vide. Mais nous, nous en élevions des vrais, des vivants, dans des coffres en bois ajourés et branlants sans cesse retapés. Cela aurait pu s’appeler des clapiers, presque. Lire la suite…

Pot au feu, de Nicolas Gouzy

Bouillonfeu

Je ne sais pas vous mais moi, quand il ne fait pas beau comme ça, j’ai envie d’un bon pot-au-feu. Le Pot’au’f. ou Potof pour les intimes, c’est d’abord une histoire d’eau bouillie ou plutôt d’ébullition. Au départ une recette anglaise (je vous jure !) du bœuf, du sel, de l’eau froide, un bouquet garni, une « bouillaison » lente et contrôlée, puis, au bout de quelques heures, après avoir vérifié la tendreté de la viande et écumé deux ou trois fois ce qui ne commence qu’à peine à devenir du « bouillon », on ajoute des légumes, dans l’ordre inverse de leur fragilité, le temps qu’il faut. Si l’on commence déjà à douter de sa viande à ce stade, on forcera sur l’oignon brûlé et le girofle, ou sur le bouillon Kub. On peut aussi choisir de tout mettre d’un coup dans un autocuiseur et de tout faire cuire de manière impatiente et un rien aléatoire, c’est vous qui voyez. À l’époque où la viande, les légumes et ma vie avaient encore du goût (la même époque que celle où les enfants savaient se tenir à table, étaient bien polis, où le franc c’était mieux que l’euro et où Roger Gicquel nous faisait encore frémir à la télévision), c’était suffisant. Lire la suite…

Vous reprendrez bien du cassoulet ? Ivy et Boris en Pays cathare, de Nicolas Gouzy

Vous reprendrez bien du cassoulet ? Ivy et Boris en Pays cathare, éditions CreateSpace (papier et numérique), avril 2016

 1ère de couv, Nicolas Gouzy, 2016Un roman policier gourmand avec une pointe d’hérésie que les initiés apprécieront à sa juste valeur

Lorsque Dan décide de rejoindre les adeptes d’une secte en Pays Cathare, Ivy s’arme de son chat Boris et part la sauver. Il devient l’instrument puis le principal acteur d’une enquête policière peu banale dans laquelle il devra subir de nombreuses épreuves initiatiques avant de triompher de ses ennemis. De souterrains en découvertes macabres, de banquets rituels en passages à tabac, malgré des passages à vide, il finira par retrouver Dan et par démanteler un réseau d’adeptes de l’ascèse extrême. Mais rien n’aurait été possible sans Boris le chat.
La suite des aventures du trio découvert dans Merci pour les fruits de mer.