Un beau soleil intérieur, chronique cinéma de Jean Azarel

Un beau soleil intérieur, réalisé par Claire DENIS, 2017

Dans cette bluette bobo servie par un casting bling-bling, Claire Denis, en nouvelle mère vedette, s’échine à laver plus blanc les sentiments d’une midinette quinquagénaire jouée (à merveille) par Juliette Binoche.

Notre Juliette, à la recherche du grand amour, se coltine une suite de Roméo tous plus minables et plus caricaturaux les uns que les autres : le banquier est ignoble, l’ex toujours aussi maladroit, le prolo inculte et brut de décoffrage, l’acteur de théâtre un alcoolique mal dans sa peau, le galeriste un timide indécis, etc. Quant à Philip Katerine en bourgeois du XVIe excentrique et Gérard Depardieu en voyant sans illusions, leur prestation flirte avec le clip publicitaire destiné à happer le chaland indécis afin que le beau soleil intérieur darde ses rayons monétaires à l’extérieur. Certes on sourit, voire on rit parfois lors de certaines scènes drolatiques comme lorsque tout ce petit monde d’intellos sous cellophane s’ébaubit à la limite du grand frisson au fin fond de la Creuse et sa nature sauvage (sic).

Le reste du temps, on reste désabusé devant la vacuité du propos de la réalisatrice visiblement mal inspirée de s’être laisser embarquer dans un scénario de basse-cour pondu par la très médiatique Christine Angot. Les personnages, bienheureusement coupés de la réalité quotidienne de « la France d’en bas » s’agitent comme des pantins pour les besoins de la cause du tiroir-caisse made in Cannes.

La critique de la norme sentimentale bourgeoise (à cinquante ans j’attends toujours le prince charmant qui me comprendra, me protégera, m’aimera pour le meilleur et non pour le pire…) se fait par la norme cinématographique à la française (aucune audace de ton ni de style, aucune critique de la condition féminine). Certes, la crise la cinquantaine est une réalité, un cap que des millénaires de soumission à l’homme redent plus délicat à franchir pour la femme. Était-ce une raison pour la traiter aussi platement sans remettre en cause ni chercher à analyser ses fondements sentimentaux, et se contenter in fine de conseiller à Juliette de rester « open » ? Certes, le duo Denis-Angot nous évite le recours aux sites de rencontre, mais à y être il aurait pu la possibilité de l’amour entre femmes qui serait peut-être une hypothèse pour calmer les affres affectives de l’héroïne. Tant pis si la remarque m’attire les foudres féministes, je sors le paratonnerre, mais un film de femmes où la femme n’existe que par les hommes, sans alternative ni solution de repli, c’est, loin d’un beau soleil intérieur, triste comme un jour de pluie dans le cœur.

 

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