Jean Azarel au salon Terralire, 15 et 16 novembre

Salon des éditeurs d’Occitanie – Midi Pyrénées à ALBI
Salle Arcé le 15, à l’Athanor / Parc des Cordeliers le 16

En avant première de la sortie de la biographie romanesque Waiting for Tina (À la recherche de Tina Aumont) aux éditions L’Autre Regard, présentation du documentaire inédit de 25 minutes ANTI STAR TINA par le réalisateur new-yorkais Ivan Galietti à 20h30 salle Arcé, scène nationale d’Albi, suivie d’une discussion autour du livre dédié à l’actrice écrit par Jean Azarel.
Le samedi 16, sur le stand de l’éditeur, Jean Azarel présentera et signera Waiting for Tina.

Liberté, film d’Albert Serra, une chronique cinéma de Jean Azarel

Critique cinéma : Liberté, d’Albert Serra, octobre 2019

À l’accueil, le directeur du cinéma à qui je dis que je vais voir LIBERTÉ me répond « bon courage », puis devant mon étonnement : « depuis que je suis là, c’est un des rares films où je vois autant de personnes sortir avant la fin ».
Nous étions 6 sur les fauteuils au départ, nous arrivâmes 5, et j’ai tenu ! Certes le rythme est lent, la chair plus âpre que joyeuse, voire triste, les comédiens physiquement hétéroclites (si les hommes font peu envie, à l’image d’un Helmut Berger prodigieusement sénile, le réalisateur ne se prive pas de mettre en scène des jolies femmes), et le film pourrait aisément être raccourci de vingt bonnes minutes.
Mais l’essentiel n’est pas là. Adepte des films en costume, Albert Serra nous conte la vie (?) d’un groupuscule de libertins chassés de la cour de France au XVIIIe siècle, et trouvant refuge dans une forêt prussienne pour poursuivre ses pratiques. Sexes masculins fatigués, jouissances mécaniques, actes sado-maso, saillies scatologiques, sévices divers, se succèdent  dans des clairs obscurs savamment étudiés et une gestuelle minimaliste qui n’est pas sans rappeler le théâtre no. On passe d’un tableau à l’autre, en plein air, ou dans des chaises à porteurs (une trouvaille du film) ; Serra fait indubitablement œuvre de peinture, soignant remarquablement la forme.

Reste le fond. Bien sûr le cinéaste évite habilement de tomber dans le porno d’époque. Pour autant, il y a tromperie sur la marchandise, et d’abord sur le titre. Car de quelle liberté s’agit-il ? Fouetter l’autre allégrement ? Uriner sur sa personne ? Se faire châtier pour expier on ne sait quelle faute ? La belle affaire, faut-il que le plaisir se noie dans la douleur pour mieux exister ? En moins paroxystique, on se croirait revenu dans les années post 68 quand  la communauté d’Otto Muehl se perdait dans une débauche  no limit et sans issue (dont le film Sweet movie de Dusan Makavejev en 1974 porte la trace).
On cherche donc la liberté dans cet opus à l’érotisme morbide plus froid que chaud, finalement normé et sonnant le creux malgré l’exercice de style. Confiné à un rôle de voyeur contraint de subir un huis clos où s’agitent des personnages en perdition, le spectateur constate avec dépit qu’ici l’imaginaire n’a pas d’échappatoire. Serra a voulu dit-il faire « sombre », c’est de ce point de vue réussi ; mais les partisans d’un libertinage créatif et ludique, porteur d’une potentielle quête de liberté (ne parlons pas de « révolution » comme l’annonce de façon éhontée un des protagonistes) en seront pour leurs frais. Lire la suite…

Waiting for Tina, de Jean Azarel

Waiting for Tina, biographie romanesque, éditions l’Autre Regard, 20 octobre 2019

Waiting for Tina est la première bio romanesque sur l’actrice Tina Aumont, fille de Maria Montez et Jean-Pierre Aumont, née à Hollywood en 1946 sous les auspices de Jean Cocteau et Marlène Dietrich. Après avoir joué dans une cinquantaine de films (Fellini, Losey, Garrel, Vadim, Bertoulucci…) avec notamment  Alain Delon, Klaus Kinski, Donald Sutherland, Pierre Clementi, Terence Stamp  ou Catherine Deneuve pour partenaires, icône de l’underground dans les années 70’s, elle connaît un destin tragique mais laisse une trace indélébile dans le cœur de celles et ceux qui l’ont approchée et aimée.

Waiting for Tina, au cours de 500 pages où se succèdent interviews de personnalités, poésie et considérations sur le 7ème art, photos et documents inédits, retrace et fait revivre l’existence tumultueuse d’ « une des dix plus belles filles du monde » (Tinto Brass).

Chronique littéraire : Écrits stupéfiants de Cécile Guibert, par Jean Azarel

Écrits stupéfiants, de Cécile GUILBERT
collection Bouquins, Robert Laffont éditeur, septembre 2019

Nous avons pour la plupart la volonté de ne pas mourir idiots. Chacun a sa ou ses recettes. Lorsqu’elles sont communes, elles rassemblent les hommes et les femmes, surtout lorsque leurs variantes permettent d’augmenter la qualité des échanges, quand l’immuable conduit au principe moutonnier qui plaît tant à nos gouvernants et aux multinationales.
Avec Écrits stupéfiants, l’essayiste et romancière Cécile Guilbert nous donne (ou presque, pour la modique somme de 32 € qui n’est rien au regard des 1440 pages de ce pavé de mots délicatement feuilleté) à lire la somme d’un travail de près de dix ans d’une richesse phénoménale. Après un prologue personnel d’une sincérité de haut vol où l’auteure livre sa vérité sur le sujet (vérité que je fais mienne), place à une incroyable (mais vraie) revue des drogues (terme générique) de toutes natures et de leur rapport à la littérature, à travers toutes les époques, d’Homère à Will Self comme l’indique la première de couverture.

Après un second prologue dédié à deux substances mythiques le soma et le népenthès, Écrits stupéfiants s’architecture en quatre parties. Lire la suite…

 Oobèse, de Jacques Cauda, une chronique littéraire de Jean Azarel

Oobèse, roman, Z4 Éditions, 2019

Si Oobèse est une farce savamment préparée, illustrée et bien assaisonnée, elle le doit avant tout au goût de l’auteur pour la cuisine et pour la bouffe, la vraie, la grande à la Marco Ferreri. Car chez Cauda, comme dans le cochon tout est bon, donc tout se mange.
Artiste peintre qui n’y va pas avec le dos du pinceau, (ici de la cuiller) Jacques Cauda fait de l’huile à chaque page dans cette abominable aventure où un ex flic ripou à l’entre-jambes exacerbé passe en civet trois femmes qui tombent sous sa coulpe éminemment battue.
Oobèse nous conte les histoires croisées dans l’histoire du « Gros », dit Amalaire le dingue, (du nom d’un évêque du IXè siècle), qui met en pratique très personnelle une théorie controversée du corps du Christ en trois corps distincts, les trois parts de l’hostie. Dans la version moderne de l’affaire, « Le Gros », réincarnation new age de l’Hannibal Lecter du Silence des agneaux, préfère s’en tenir à l’enlèvement de « trois grâces », une blonde, une brune, une rousse, qu’il va occire à petit feu après moult sévices, gavages, mutilations et baises effrénées, puisqu’il faut bien évidemment passer ces dames à la casserole. Lire la suite…

Auteurs en lecture en partance pour la Suisse

dimanche 19 mai 2019, de 11h30 à 13h
auditorium du musée Fabre, Montpellier

Auteurs présents : Raymond Alcovère / Jean Azarel / Marie Bronsard / Françoise Renaud / Antonio Rodriguez-Yuste  / Katharina Stalder /  Joëlle Wintrebert
(en savoir plus sur les auteurs ici )

Coordination et animation : Sylvie Léonard pour Autour des Auteurs

Musique : Guido Volpe, accordéon diatonique

L’opération Auteurs en lecture est coordonnée par Occitanie Livre & Lecture et l’association ADA. Elle est soutenue par la DRAC Occitanie et la Région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée, en partenariat avec la Maison de la poésie Jean Joubert, l’association Cépages d’encre, la Métropole Montpellier Méditerranée, la Comédie du livre et le Musée Fabre. Elle a également pour partenaire la librairie La Cavale.

Site Comédie du livre
Site Occitanie Livre & Lecture
Site Cépages d’Encres

visuel : Vincent Desplanches

Chronique cinéma : Curiosa de Lou Jeunet par Jean Azarel

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Pour son premier long métrage, la réalisatrice Lou Jeunet nous éblouit avec Curiosa. Servi par un trio d’acteurs sublimes (Noémie Merlant, qui tombe le haut comme le bas avec un naturel d’avant le péché, Nils Schneider, Benjamin Lavernhe), ce film raconte l’histoire vraie d’une des filles de l’académicien José Maria de Hérédia, Marie, avec deux écrivains aux caractères antinomiques, dans la dernière partie du 19ème siècle. Comme l’écrit Cécile Guilbert dans La Croix, cet épisode « intéresse l’histoire de la littérature, celle des mœurs ‘fin-de-siècle’ et le féminisme de notre temps ». Soulevant la chape bourgeoise des convenances, Marie de Régnier vit avec Pierre Louÿs une relation adultère passionnée. Elle s’initie avec lui à un érotisme raffiné en grades et qualité, posant nue devant son objectif tout en le partageant avec Zohra, sa seconde maîtresse algérienne. Marie gagne aussi sa propre qualité d’écrivaine à 28 ans en publiant sous le pseudonyme de Gérard d’Houville, procédé alors quasi inévitable pour une femme, le roman L’Inconstante, prélude à une carrière reconnue par le monde des lettres. Curiosa, ce n’est pas la moindre de ses vertus, nous invite à redécouvrir les œuvres croisées des trois principaux protagonistes, à une époque où la volonté (bien ébréchée de nos jours) d’une esthétique de la langue guide l’écriture. Lire la suite…

Lecture performée, Jean Azarel, 14 mars 2019, Nîmes

Il y a autant de manières de dire « mon amour » que de langues dans le monde, et la marque de mes chemises est sans importance…..

AU PROGRAMME

extraits mis en voix et paysage sonore de « ENCORE PLUS NU », poésie du quotidien (éditions Gros Textes et CD)
et interprétation de la nouvelle « TRANS HOTEL EXPRESS »,  errance dans les chambres d’hôtel du monde entier pour tenter d’oublier l’inoubliable, jusqu’à ce que…. (éditions Tarmac + CD)

Jean Azarel, Gazette café, 15 février 2019

 
Jean AZAREL, poète-écrivain
et  Herold YVARD, compositeur-interprète de musiques et d’espaces sonores s’agrégeant sans mot dire aux mots dits,
donneront à entendre des extraits du recueil « Encore plus nu », poésie du quotidien
et une adaptation de la nouvelle « Trans’ Hôtel Express », road movie onirique dans les chambres d’hôtel du monde entier.

Intervention de Jean Azarel, colloque international Philippe Garel, 29 novembre 2018

Jean Azarel est invité le 29 novembre au colloque international organisé par l’université de Paris Nanterre sur l’œuvre du cinéaste Philippe Garrel  Il y fera une intervention de 25 minutes intitulée De la transmutation des films de Philippe Garrel en poésie à partir de son recueil à paraître L’ange provisoire, entièrement inspiré par la filmographie du cinéaste.

A noter les chroniques sur notre blog des dernières réalisations du cinéaste. (« L’ombre des femmes », « L’amant d’un jour »).

Chronique de Jean Azarel : « Cent lignes à un amant » de Laure Anders

Cent lignes à un amant, de Laure Anders, éditions La Boucherie Littéraire, 2018
Une chronique proposée par Jean Azarel


Laure Anders inaugure la nouvelle collection « Carné poétique » des éditions La Boucherie Littéraire dirigées par Antoine Gallardo. À la manière d’un Georges Perec au féminin, Laure Anders ne se souvient pas en quatre cent quatre-vingt séquences mais embrasse cent fois un amant (bienheureux), délictueusement vouvoyé.
On ouvre ce recueil qui sied à l’été comme on ouvre la bouche, avec du rouge à lèvres déjà présent sur la couverture. Bonne nouvelle (bien qu’il ne s’agisse pas du genre littéraire éponyme), les fragments de Laure ont le goût d’un bonbon sur la langue. Vite passé (ça se lit vite) mais bien prégnant ensuite (on y revient, c’est trop bon). Je vous embrasse parce que vous me faîtes fondre.. Suffisamment long donc pour finir sous perfusion de baisers une fois extraite la substantifique moelle de l’acte répétitif. Suffisamment court aussi pour laisser en apnée le lecteur qui n’a plus qu’à en redemander. Et quand ce sera fini, je pourrai tendre les bras devant moi et vous effleurer, là, du bout des doigts. Je pourrai presque vous toucher encore.
D’aucuns (les pisse-froids sont partout) diront qu’on est dans le clip poétique, la bluette sentimentale, le petit plaisir de plage paresseux, et alors ? Faisant partie des ânes qui boivent avec délices les accords de bouche même quand ils n’ont pas soif, je ne saurai dédaigner pareil aveu de sensualité textuelle d’autant que sa saveur s’érotise de ci de là d’une délicatesse polissonne joliment distillée. Je vous embrasse sur la nuque, assise à califourchon derrière vous sur une selle en cuir. Dans le frétillement d’une écriture fluide et ramassée, intime sans chichi ni pathos intello, avec sa manière de laisser filer les mots en douceur dans les courants en y ajoutant de subtils effets de nageoire, il y a de la petite sirène chez Laure Anders(en).
Madame, puisque vous m’y avez autorisé par votre dédicace, je vous embrasse. Mais pas trop, de peur de mal étreindre vos cent lignes de droits et de devoir(s), tout le reste est littérature.

Et aussi les arbres, d’Isabelle Bonat-Luciani, une chronique de Jean Azarel

Et aussi les arbres, Isabelle Bonat-Luciani, éditions les Carnets du Dessert de Lune, mai 2018
une chronique de Jean Azarel

Il y a bien des façons de chanter un baiser, à la manière d’Alain Souchon ou bien en écoutant la petite musique intime nichée dans la poésie d’Isabelle Bonat-Luciani. « Nos bouches étaient cousues / mais là où le cœur chavire. J’ai encore sa langue dans ma bouche. À chaque fois. Il était une fois. Les histoires commencent ainsi.
En prenant pour fil conducteur un morceau de pop rock qui donne son titre au livre, l’auteure dévide un écheveau crânien d’abord sagement coiffé, puis de plus en plus échevelé au fur et à mesure que les souvenirs remontent à la surface, d’abord douceâtres, puis abrupts, pour devenir aussi  sales qu’une casserole laissée trop longtemps dans l’évier.
Comme dans une chanson des « Cure », les mots sont des instruments. Ils jouent à perdre haleine et entraînent le lecteur dans un pas de deux à vocation rédemptrice, sinon salvatrice.
Du seul baiser donné à Arnaud par la narratrice, surgissent de sa lampe d’Aladin, soixante pages d’une intensité rare de nos jours, toutes en pudeurs contenues où l’érotisme naît de l’impromptu, à tel point qu’un mot aussi banal que « cul » paraît cru et presque obscène quand il claque au coin d’une page.
Chez Isabelle Bonat-Luciani, le baiser tient lieu de madeleine. Elle ne le plonge pas dans une tasse de thé au risque de l’effriter et qu’il se dissolve, mais l’éparpille en petits morceaux dans un recueil écrit plume battant la chamade.

L’auteure fait aussi sienne la stratégie du Petit Poucet. Les petits cailloux qu’elle sème au fil du livre sont autant d’indices pour trouver le chemin d’une vérité enfouie dans les déconvenues et l’érosion du temps qui passe. « Nous habitions des ruines / où le chagrin transformait la mort en sommeil / pour que les sexes ressuscitent / et se taisent / et tombent / détruisent / et nous brisent / dès le premier baiser. »
Dans le maelstrom des grandes découvertes de l’adolescence, beautés fragiles et pincements au cœur se répondent, s’enlacent, s’étreignent. Mais ni l’un ni l’autre ne se muent en non lieu lorsque des années plus tard, adulte solitaire à la terrasse d’un café, la narratrice accouche le non dit d’un secret de famille, pourtant de polichinelle.  « Toute ma peau y pense. Toute ma peau frémit et la page tremble / tant elle te présume / dans le geste de ma main / où naissent les rivages / et les ravages affleurent. » Car le cadavre adoré, jamais vraiment enterré, et donc jamais vraiment déterré, est un révélateur. Il a le don de transcender une vie, de lui tenir lieu de guide.

Avec Et aussi les arbres, IBL relate l’apprentissage amer des faiblesses du genre humain. Elle les raconte avec autant d’indulgence que de désenchantement. Le sensible féminin s’égratigne au rocailleux d’un cursus social formaté par l’homme dominant. Il s’y blesse, en souffre, se déconfit en sourdine, mais trouve in fine au fond de son être la force nécessaire pour exulter dans un long mantra /chanson d’amour, même si quelque chose de la grâce s’est perdu dans l’aventure. « « J’ai deux corps / l’un qui prend / l’autre qui retient / l’un qui déchire / l’autre qui recoud / et dans mes mains / un exil irrévocable. »