L’inconscient cognitif, d’Henri Lehalle

L’inconscient cognitif, essai en sciences humaines et sociales, collection 22 222, Ours éditions, septembre 2020

 

S’il est facile de repérer les émotions qui accompagnent nos décisions et nos jugements, leur composante logique nous échappe le plus souvent. Pourtant, il paraît que nous sommes des homo sapiens, non ?

 

EXTRAITS
« Tous les jours, et même plusieurs fois par jour, nous devons décider, choisir, évaluer. Pour autant, avons-nous véritablement conscience de ce qui détermine nos jugements ? Paradoxalement, il semble plus facile d’identifier les aspects émotionnels de nos décisions, plutôt que de se représenter les raisons cognitives de leur élaboration.
(…)
Et pourtant, il serait tout aussi utile, humainement et socialement, de repérer les critères logiques qui orientent nos opinions, nos croyances, nos actions, dans des contextes très divers : voter, signer une pétition, faire du sport, suivre un régime, obéir ou non aux injonctions d’un guide spirituel, etc.
Jadis, à l’occasion d’une conférence donnée à l’invitation de la Société américaine de Psychanalyse, Jean Piaget a parlé d’inconscient cognitif. Il citait à ce propos une sorte de boutade formulée par Alfred Binet : « La pensée est une activité inconsciente de l’esprit », boutade dont Piaget donne l’interprétation suivante : « si le moi est conscient du contenu de sa pensée il ne sait rien des raisons structurales et fonctionnelles qui le contraignent à penser de telle ou telle manière, autrement dit du mécanisme intime qui dirige la pensée » (1970/1972 p. 9).
Or, nous commençons à mieux connaître non seulement la nature de ces déterminants structuraux mais aussi la dynamique de leur construction et même de leur prise de conscience à plus ou moins long terme.
(…)
En résumé, les structures psychologiques(…) sont le fondement des significations. Au lieu de rester prisonniers des apparences et englués dans les impressions premières, nous parvenons à relier structuralement nos connaissances et donc à les actualiser dans le présent des contextes qui les sollicitent. Quelle bonne surprise : structurer, c’est se libérer ! »

 

Ours éditions est une “maisonnette d’édition” située à Puéchabon (Hérault)
22 222, c’est une collection de textes de littérature (noire, blanche, multicolore…) et d’essais en sciences humaines et sociales, chaque ouvrage tient sur une page A3 pliée en un cahier de 16 pages (couverture comprise).
Vingt deux mille deux cent vingt deux, c’est le nombre de caractères qui remplissent sans (trop) déborder 12 pages de texte en police Linux Libertine corps 10 étroitisé à 90%.
Des livres à finir soi-même, à l’ancienne, au coupe-papier ou au couteau de boucher… Une vidéo explicative est en ligne en page d’accueil du site.

 

Partage des savoirs, atelier « Un corps pour porter un texte », 18 septembre 2019

Journée-bonheur chez Joëlle Wintrebert et Henri Lehalle qui ont accueilli chez eux ce partage des savoirs UN CORPS POUR PORTER UN TEXTE proposé et animé par Sylvie Léonard. On a tous joué le jeu, on s’est engagés sans réserve. On s’est mis en scène, on a bougé le corps, utilisé des objets insolites (sabre en bois, lanterne en osier, cadre de miroir, tissu, chapeau…), fabriqué un masque, ri, parfois souffert. En bref on a expérimenté. Des portes se sont ouvertes pour chacun et des espaces se sont libérés. La voix est venue, le texte a pris davantage de sens. Et puis on a parlé, échangé. En résumé on a beaucoup aimé ce jour de septembre hors du temps sous les grands pins dans l’antre tapissé de livres… (on a juste un regret, que d’autres n’en aient pas profité…) Lire la suite…

Et moi, on m'oublie, d'Henri Lehalle

 Francisco José de Goya y_Lucientes - The sleep of reason produces monsters

Et moi, on m’oublie ?
Dieu, Dieu, Dieu, Dieu. Il n’y en a que pour Lui.
Allons, soyez méchants, pensez un peu à moi, nom de Lui !
Voyez le mal que je me donne pour conduire l’humanité à sa perte, maintenant et pour les siècles des siècles. Bref, le plus vite possible.

Oh, ici, je ne suis pas tout seul. Je ne me plains pas, Il est obligé de m’envoyer du monde : financiers, exploiteurs, imprécateurs de toute confession, professeurs vendus au grand capital, marchands de canons ou de kalach… Cela fait beaucoup.
Mais l’ambiance est morose ils passent leur temps à se chamailler pour savoir qui sera le plus loin du feu.
Alors, pour me distraire, cela fait des années que j’attendais ceux de Charlie.
Iconoclastes, pornographes, blasphémateurs, érotomanes (et woman), j’étais certain de les récupérer, tous ces sapajous et moules à gaufres que j’aurais cuisinés pour l’éternité.
D’ailleurs, ils voulaient venir avec moi, se disant qu’on est mieux en bas, au coin du feu, plutôt que dans les nuées qu’ils pensaient solennelles et glacées.
Et voilà, un petit moment d’inattention de ma part et toc, j’envoie mes tristes exécuteurs en faire des martyrs de la liberté.
Alors, Lui, évidemment, Il se les récupère. Il est trop bon. Parfois même il se garde les poseurs de bombes pensant qu’ils ont eu une enfance difficile, pas de chance dans la vie ou qu’ils ont été manipulés par d’autres… A quoi ça sert que je me décarcasse ? Mais rassurez-vous, leurs commanditaires sont toujours avec moi.

Entre nous, des humoristes, j’en ai raté beaucoup : Reiser, Coluche, Cavanna, Gébé… même le Professeur Choron, et bien d’autres. Maintenant ils sont là-haut pour la fête éternelle !
« T’avais qu’à pas te prendre pour moi » qu’il me dit, Lui.
Mais le pire c’est la suite. Désormais vous êtes tous des Charlies. Vous marchez tous ensemble, parlant de solidarité, de respect des autres, d’amour… Tout le monde se marie avec tout le monde… Quelle horreur ! Où va-t-on ?
Par tous les moi-même, je suis foutu.

Illustration : Dessin préparatoire pour « El sueño de la razón produce monstruos » (Le sommeil de la raison produit des monstres). « Sueno 1º » (23 x 155 mm). Francisco de Goya, 1797