Sula de Toni Morrison, par Valéry Meynadier

De l’écriture gospel

Sula (couv)

Ce livre est un autodafé. Sous le signe du feu et de la prière. Eva brûle son fils Plum car il est sous l’emprise de la drogue. Hannah la fille d’Eva brûle par accident sous les yeux de sa fille Sula qui « avait regardé sa mère brûler non parce qu’elle était paralysée mais parce qu’elle trouvait ça intéressant ».

Années vingt. Tout se passe dans Le Fond, une terre aride en haut des collines donnée par un blanc à un esclave au cœur d’une Amérique émergeante.
Sula se lie d’amitié avec Nel, elles ont le même âge, elles découvrent tout ensemble : le printemps, les garçons. « Chacune trouva refuge dans la compagnie de l’autre. Elles purent alors ignorer les façons de faire des autres et se concentrer sur leur propre perception des autres. » Quand Nel se marie, Sula va à Nashville, à Détroit, à la Nouvelle-Orléans. Dix ans passent à voyager ainsi de ville en ville quand Sula revient, marquée d’une inquiétante étrangeté dans « un mois de mai comme lustré, avec un miroitement vert … », elle couche avec le mari de Nel.

Toni Morrison, seule femme noire à avoir reçu à ce jour le prix Nobel de littérature (en 1993), est née dans l’Ohio en 1931. De culture africaine et afro-américaine, elle chante la cause noire, la négritude, les Noirs américains et les Noirs africains qui, dans son œuvre, sont tous occupés à scier la branche sur laquelle ils sont assis, branche qui appartient au passé, par conséquent à l’esclavage. Comment devenir libre après avoir vécu ce qu’ont vécu leurs ancêtres ?
« Sula n’avait pas d’ego. Et donc aucun besoin de se vérifier elle-même – d’avoir la moindre cohérence ».
L’ego d’un peuple entier a été tué, voici ce que dit ce livre. Sula est une prière crachée à la face de Dieu au rythme d’une écriture gospel, poétique, enragée, engagée. Dans l’ombre de Toni Morrison se tient la grande morte Nina Simone. Elles chantent en chœur la mimèsis, clament l’énergie vitale de la vérité, à nous d’entendre.
Au livre, les mots de la fin : « C’était un beau cri – long et fort – mais il n’avait pas de fond ni de hauteur, que les cercles sans fin de la douleur. »Ils sont aussi les derniers mots de Sula.

Toni Morrison

 

 

 

 

 

 

 

Paru en 1973, traduction française de Pierre Alien, chez Christian Bourgois, 1992 – 10/18, domaine étranger, 1993

Article publié en février 2013 dans le numéro 26 de notre magazine FUNAMBULE

 Oobèse, de Jacques Cauda, une chronique littéraire de Jean Azarel

Oobèse, roman, Z4 Éditions, 2019

Si Oobèse est une farce savamment préparée, illustrée et bien assaisonnée, elle le doit avant tout au goût de l’auteur pour la cuisine et pour la bouffe, la vraie, la grande à la Marco Ferreri. Car chez Cauda, comme dans le cochon tout est bon, donc tout se mange.
Artiste peintre qui n’y va pas avec le dos du pinceau, (ici de la cuiller) Jacques Cauda fait de l’huile à chaque page dans cette abominable aventure où un ex flic ripou à l’entre-jambes exacerbé passe en civet trois femmes qui tombent sous sa coulpe éminemment battue.
Oobèse nous conte les histoires croisées dans l’histoire du « Gros », dit Amalaire le dingue, (du nom d’un évêque du IXè siècle), qui met en pratique très personnelle une théorie controversée du corps du Christ en trois corps distincts, les trois parts de l’hostie. Dans la version moderne de l’affaire, « Le Gros », réincarnation new age de l’Hannibal Lecter du Silence des agneaux, préfère s’en tenir à l’enlèvement de « trois grâces », une blonde, une brune, une rousse, qu’il va occire à petit feu après moult sévices, gavages, mutilations et baises effrénées, puisqu’il faut bien évidemment passer ces dames à la casserole.

Revisitant à sa manière (loin de Noëlle Châtelet), Le corps à corps culinaire, piétinant pitié et piété, mobilisant avec allégresse les productions intimes de l’être qui chamboulent les cinq sens jusqu’au bateau ivre de l’existence, Oobèse nous inflige avec délectation des effluves indélicats par frottement de la nageoire cauda…le dans nos cortex de lecteurs pisse-froids planqués dans le falzar de la littérature plan-plan.
Entre rêve et cauchemar, cette œuvre – hors d’œuvre – au teasing haletant (sic) prend le parti de penser avec les dents avec des extraits de l’Homélie 46 sur Saint Jean, l’apparition de Chet Baker, quelques verres de Clos Vougeot, la lecture des 120 journées de Sodome, des considérations bienvenues sur le terrorisme de l’art contemporain, jusqu’à un unhappy end de circonstance.

Dans la lignée d’un Charles Duits en plus défoncé, Cauda, avec un doigté très sûr (re-sic), nous livre un fond d’œil odieusement jouissif de la nature humaine dans sa décadence avancée. In fine le gouachis est total. On en sort tout barbouillé. Apocalypse now. Coda.

écrit par Jean Azarel, 13 avril 2019

CSG : les « mesures de soutien » au pouvoir d’achat des auteurs

Nous relayons ici l’article de Clément Solym du 10 mai 2019, publié sur le site ActuaLitté.

France

Les artistes auteurs accueilleront avec un semi-soulagement le décret 2019-422, présenté ce 7 mai au Journal officiel. Il leur garantit en effet des « mesures de soutien », destinées à leur pouvoir d’achat. Entré en vigueur le lendemain de la parution, il ne résout pas grand-chose du marasme ambiant, mais garantit une première protection.

Lire la suite ici

Communication de Joëlle Wintrebert
Photographie empruntée au site ActuaLitté : Pascal Maga, CC BY 2.0 (photo d’illustration – aucun artiste auteur n’a été blessé ni interpellé durant la rédaction de ce sujet)

Auteurs en lecture en partance pour la Suisse

dimanche 19 mai 2019, de 11h30 à 13h
auditorium du musée Fabre, Montpellier

Auteurs présents : Raymond Alcovère / Jean Azarel / Marie Bronsard / Françoise Renaud / Antonio Rodriguez-Yuste  / Katharina Stalder /  Joëlle Wintrebert
(en savoir plus sur les auteurs ici )

Coordination et animation : Sylvie Léonard pour Autour des Auteurs

Musique : Guido Volpe, accordéon diatonique

L’opération Auteurs en lecture est coordonnée par Occitanie Livre & Lecture et l’association ADA. Elle est soutenue par la DRAC Occitanie et la Région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée, en partenariat avec la Maison de la poésie Jean Joubert, l’association Cépages d’encre, la Métropole Montpellier Méditerranée, la Comédie du livre et le Musée Fabre. Elle a également pour partenaire la librairie La Cavale.

Site Comédie du livre
Site Occitanie Livre & Lecture
Site Cépages d’Encres

visuel : Vincent Desplanches

Liens avec les établissements scolaires et CDI

Pour les deux académies de Toulouse et de Montpellier, voici un lien utilisable par les auteurs.
Il s’agit de la base de données du Ministère de l’éducation nationale. Chacun peut rechercher les établissements scolaires (écoles, collèges, lycées etc.) par zone géographique, puis accéder à une fiche d’identité qui donne les coordonnées de l’établissement et notamment l’adresse mail générique.

Pour les CDI, on peut suivre ce lien : coordonnateurs de bassin.
On peut y trouver les noms des coordonnateurs de bassin pour l’académie de Montpellier. Pour obtenir leurs adresses mail, généralement il suffit d’utiliser le modèle suivant : prenom.nom@ac-montpellier.fr.

Communiqué de la Ligue des auteurs professionnels, 29 avril 2019

La Ligue des auteurs professionnels et la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse ont été reçues jeudi 25 avril par la Mission Bruno Racine, en charge d’une réflexion prospective sur l’auteur et l’acte de création. Dans un contexte de réformes sociales et de profondes mutations du secteur du livre, la mission s’est montrée extrêmement attentive à la réalité vécue par les auteurs et les autrices, en particulier à leur manque de protection dans le secteur du livre. S’il est indispensable d’établir un diagnostic lucide et réfléchi de la situation avant toute décision, il y a urgence : les créateurs et les créatrices ont besoin de propositions concrètes et ambitieuses qui leur permettent d’envisager un avenir.

On peut lire la suite du communiqué ici sur le site de la Ligue des auteurs professionnels

Auteurs en lecture en partance pour la Suisse, préparation de l’événement les 16 et 17 avril 2019

 

Les 16 et 17 avril 2019, la Maison de la Poésie à Montpellier a accueilli les auteurs qui seront en scène pour l’événement Auteurs en lecture. Cet événement est coorganisé par notre association Autour des Auteurs et par Occitanie Livre & Lecture. Il aura lieu le dimanche 19 mai de 11h30 à 13h à l’auditorium du Musée Fabre (boulevard Bonnes Nouvelles à Montpellier).
La préparation était animée par Cépages d’Encre (Françoise et Henri) avec la présence de Sylvie Léonard, artiste auteur chargée de la coordination artistique de l’événement. Une atmosphère chaleureuse pour une préparation efficace.
Cédric Périni a rejoint le groupe le deuxième jour en après midi pour apporter ses mélodies. Il joue de l’accordéon diatonique. Il accompagnera et donnera rythme et atmosphère au spectacle.

Découvrez les écrivains participants sur le site Occitanie Livre & Lecture

Photographies Françoise Renaud, avril 2019

 

La reddition des comptes (article SGDL)

(Nous nous nous permmetons ici de relayer une part de l’article qui détaille a reddition des comptes dans le volet Le Contrat d’édition sur le site de la Société des Gens de Lettres)

 

Si votre éditeur ne vous a pas envoyé de reddition des comptes dans les délais ou s’il vous a envoyé une reddition des comptes qui ne contient pas toutes les informations susmentionnées, vous avez six mois à partir du lendemain de celui des délais exposés ci-dessus qui vous concerne, pour mettre votre éditeur en demeure de remplir ses obligations.
Cette mise en demeure fait courir, pour l’éditeur, un délai de trois mois. Faute pour l’éditeur de satisfaire à ses obligations dans ce délai de trois mois, le contrat est résilié de plein droit.
Si votre éditeur satisfait à ses obligations dans le délai de trois mois, le contrat n’est pas résilié et continue de produire ses effets normalement.
Si durant deux années successives votre éditeur ne remplit ses obligations que sur mise en demeure, le contrat est résilié de plein droit dans les trois mois de la seconde mise en demeure.
Toute mise en demeure s’effectue par lettre recommandée avec accusé de réception. Par ailleurs, nous vous invitons à conserver une copie de la lettre de mise en demeure que vous adressez à votre éditeur.
La résiliation de plein droit est automatique.
Nous vous invitons, une fois la résiliation du contrat acquise, à adresser une lettre simple à votre éditeur afin d’avoir un document à présenter à un éventuel futur éditeur justifiant de vos démarches. Si vous souhaitez poursuivre votre collaboration avec votre ancien éditeur, il vous faudra signer un nouveau contrat d’édition.

Il vous appartient donc de décider de la pertinence d’une mise en demeure. Il vous est toujours possible d’y préférer un courrier simple visant à vous faire communiquer une reddition des comptes conforme au Code de la propriété intellectuelle en rappelant à votre éditeur que faute pour lui de respecter ses obligations, il vous sera possible de mettre en œuvre un mécanisme de résiliation de plein droit du contrat par envoi d’une mise en demeure.
Ce dispositif ne fonctionne qu’à compter des redditions de comptes 2015 reçues en 2016. Il ne peut s’appliquer aux redditions de comptes des années antérieures.

lire l’article complet ici

Chronique cinéma : Curiosa de Lou Jeunet par Jean Azarel

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Pour son premier long métrage, la réalisatrice Lou Jeunet nous éblouit avec Curiosa. Servi par un trio d’acteurs sublimes (Noémie Merlant, qui tombe le haut comme le bas avec un naturel d’avant le péché, Nils Schneider, Benjamin Lavernhe), ce film raconte l’histoire vraie d’une des filles de l’académicien José Maria de Hérédia, Marie, avec deux écrivains aux caractères antinomiques, dans la dernière partie du 19ème siècle. Comme l’écrit Cécile Guilbert dans La Croix, cet épisode « intéresse l’histoire de la littérature, celle des mœurs ‘fin-de-siècle’ et le féminisme de notre temps ». Soulevant la chape bourgeoise des convenances, Marie de Régnier vit avec Pierre Louÿs une relation adultère passionnée. Elle s’initie avec lui à un érotisme raffiné en grades et qualité, posant nue devant son objectif tout en le partageant avec Zohra, sa seconde maîtresse algérienne. Marie gagne aussi sa propre qualité d’écrivaine à 28 ans en publiant sous le pseudonyme de Gérard d’Houville, procédé alors quasi inévitable pour une femme, le roman L’Inconstante, prélude à une carrière reconnue par le monde des lettres. Curiosa, ce n’est pas la moindre de ses vertus, nous invite à redécouvrir les œuvres croisées des trois principaux protagonistes, à une époque où la volonté (bien ébréchée de nos jours) d’une esthétique de la langue guide l’écriture.

Le film est aussi une ode à la liberté. Liberté de penser, de jouir, de séduire, avec l’art en bandoulière, bien qu’il porte en lui les germes troublants de la perversion et de la manipulation. Car chacun à sa manière, Henri, Pierre, Marie, Zohra, mais aussi toute la famille de Hérédia, est tour à tour exultant, blessé, victime des élans du cœur et du corps, sujet à des compromissions ou des cruautés, avant de maîtriser plus ou moins son destin, à l’exception de Jean, l’amant de remplacement de Marie qui ne survivra pas à sa disgrâce. En cela, sa façon de rappeler subtilement l’universalité et l’intemporalité des jeux de l’amour et de l’argent, donc du pouvoir, Curiosa est étonnamment moderne.

Certes, on peut ergoter, comme Karelle Fitoussi dans Paris Match, que le film, dans la lignée de « récents biopics phallocentrés » s’accorde quelques légers écarts de maniérisme inutile, mais pourquoi bouder notre (intense) plaisir ? Car ici tout est beau dans un effort accompli de recherche plastique permanente. La caméra jongle avec bonheur avec les cadres, les textures (la chair, les étoffes, les paysages, les objets…), les déplacements, les voix, les sons, leur donne chair… en nous ramenant à une sensualité première et délicate du monde.

En art, le terme « curiosa » désigne une représentation, écrite ou visuelle, érotique, voire pornographique. Pierre Louÿs en était adepte. Lou Jeunet le rejoint en complicité quasi amoureuse sans jamais franchir le cap du voyeurisme sexuel ; on applaudit le cœur battant.

chronique écrite par Jean Azarel le 8 avril 2019

Réforme des retraites : une bombe à retardement pour l’édition

ActuaLitté publie sous la plume de Nicolas Gary un autre article indispensable pour tous ceux qui tentent de publier autrement que comme un loisir et vont être directement impactés par la réforme des retraites si le gouvernement continue de jouer les attentistes sur la question… et de privilégier les éditeurs (qui ne paient toujours que 1,1 % de charges patronales).

canon de Napoléon 1er pris par l'armée russe en 1812

« La réforme des retraites que le gouvernement entend appliquer d’ici 2025 avait quelque chose de louable : la simplification. En passant de 42 régimes à un système universel, l’intention s’affichait clairement. Et l’on s’est mis en ordre de marche : Jean-Paul Delevoye, Haut-commissaire en charge de cette réforme devrait présenter ses préconisations début mai. Sauf que… »

LIRE LA SUITE ICI

En complément on pourra lire ici le cri d’alerte de la Ligue des auteurs professionnels : TRÈS GRANDES INQUIÉTUDES POUR LA RETRAITE DES AUTEURS

infos transmises par Joëlle Wintrebert
Illustration empruntée au site ActuaLitté : LaurPhil, CC BY 2.0

Les offices sauvages en librairie, un article sur ActuaLitté

un article d’Antoine Oury – 02.04.2019, ActuaLitté


Où l’on découvre au passage que pour compenser un libraire qui a reçu des livres qu’on lui a fourgués de force, certains éditeurs lui offrent… des services presse en quantité pour qu’il puisse les vendre sans les avoir achetés. C’est bien gentil comme geste. Ça permet aux éditeurs de spolier les auteurs de ces livres (ils ne toucheront pas de droits sur ces exemplaires) pour compenser la générosité commerciale dont ils font preuve. En clair, une fois de plus, la chaîne du livre fait ses affaires… sur le dos des auteurs.

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info transmise par Nicolas Ancion
Illustration empruntée au site ActuaLitté : Colis Hachette (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)