Fraternitat Mediterranèa, 45 poètas, collection Votz de Trobar n°72

avec les poètes Pierre Ech-Ardour, Nicolas Gouzy, Gérard Zuchetto

un ouvrage collectif, éditions Trôba Vox, 2026

Poèmes originaux en occitan basque catalan corse frioulan sicilien suédois castillan italien français arabe classique hébreu avec traductions en occitan et en français

« Cet ouvrage ne constitue pas, à proprement parler, un recueil de poésie méditerranéenne, mais joint ses mains bien volontiers, à la façon de cette mer fermée, sertie par les mille et un joyaux des peuples si divers qui viennent peu ou prou y baigner leur regard, afin de recueillir puis s’enivrer des eaux de rien moins que trois continents distincts. Le but, pour nous, poètes, y était bien moins « d’être de quelque part », que de venir nous rencontrer en ce lieu qui, n’étant la terre ni de l’un ni de l’autre, pouvait à bon droit se clamer « lieu de tous », dans la plus saine, salutaire et résolue fraternité.

Que nos humbles images poétiques, blotties dans les langues les plus anciennes, basque, hébreux, arabe classique, suédois, jusqu’aux plus jeunes, issues de la matrice latine commune, puissent rayonner de paix dans vos âmes lectrices, au mépris de toutes les fallacieuses raisons d’état qui presque toutes, ignorent délibérément le florilège vital de la diversité humaine, et nous opposent tôt ou tard absurdement. Pour aimer, ,nul n’a besoin d’une image de lui dans un miroir, mais seulement d’un cœur en lui, et d’une sœur, d’un frère, là, devant lui, quelqu’un qui ne soit donc pas sa servile copie conforme. À bon entendeur notre poétique salut. »

Franc Bardou

Poésie vécue, minutes heureuses, de François P. Cherrier

Savoir rompre les amarres (Photo F.P.C)

Être en poésie, c’est pour moi être habité par une lucidité hors du commun. Une lucidité due à un surcroît de sensibilité et d’imagination.

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Un an de haïku, de Françoise Renaud

Un an de haïku, poésie, collection Petites Proses, KDP, mars 2026

Une expérience s’est proposée au premier jour de l’an 2025. Elle est venue de Philippe, un ami d’écriture que j’avais connu comme libraire et membre du comité de rédaction d’une revue graphique et littéraire (La Piscine, 2016-2022). Il est venu vers moi aux dernières heures de 2024 avec ce projet d’écrire un poème par jour pendant l’année au bord de commencer.


On serait cinq ou six. Non, on ne se connaissait pas.
On s’inspirerait du haïku. On s’adapterait.
Oui, toute une année.

Le livre est composé d’un texte qui parle de l’expérience elle-même, puis des 365 haïku de l’autrice répartis en 12 mois.
Chaque mois s’ouvre avec une création photo-graphique réalisée à partir d’images prises dans son lieu de vie en lien étroit avec la saison et en temporalité avec le poème.

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Nible. L’oubli en deuil de son écorce, de Luminitza C. Tigirlas

Nible. L’oubli en deuil de son écorce, poésie, éditions du Cygne, Paris, France, mars 2026
Dessin de couverture : Doïna Vieru, artiste-peintre

L’oubli et son impossible plongent tour à tour dans le temps pour ressortir avec les mots du souffle qui décante les corps subtils de lumière et des ténèbres, reperdus et retrouvés, au plus près de l’instant, de l’intime, de la sensualité, des mystères et de leur exil. Le dire s’enroule avec une mémoire spoliée de ses lieux, mémoire trouée, censurée, mémoire s’éveillant en sursauts. Le jour où la poète fut saisie par la proximité d’un lieu libre avec le ciel, les corolles d’amandiers se défaisaient de leurs songes.

À La Roche-sur-le-Buis, les Drômois appellent La Nible une roche et son lien dans l’infini, ce titre émane d’elle comme un don de liberté.

Composition en trois mouvements :
Sur l’autre versant de la soif ; Densifiant les sillons de paroles ; La présence d’un pain invisible.

Chez l’éditeur
Page-auteur de Luminitza C. Tigirlas
 

EXTRAIT (p 11)


L’aigrette du sorgho m’envoie des signes
gestes larges me font comparaître
devant l’air
et la petite graine insurgée en panicules
Sur l’île où l’océan m’a harponnée,
d’un reste de voix
j’expose mes témoins aux lâchetés en cours
devant l’air
Aux parois d’embruns l’étau m’oppresse
la vapeur fume le poison de nos déchets
Suspendue aux lèvres sans paroles,
en poussière d’eau mon être frémit :
L’air vient à manquer aux enfants
le silence de la faim les creuse
ils s’époumonent sans voix,
les ordures fouillent leurs mains
le tri inverse le décompte
Ma mort sans regard est dans les yeux
de ces trieurs toujours baissés,
nos immondices n’ont pas de ciel

Éthéré hypogée, de Pierre Ech-Ardour

Éthéré hypogée, recueil de poésie, éditions Levant, janvier 2026
Illustration de couverture : Nissrine Seffar (détails de l’œuvre Guernica Huella)

Tome III de la trilogie.
Ce recueil clôt dans la même séquence poétique l’étroite analogie des sujets présents dans les deux précédents de la trilogie. Le premier recueil dédié aux villes de Sète et de Céret traduit l’immatérielle errance entre deux lieux où s’expriment nocturnes en face à face l’utopie et les mots en principaux acteurs. Le deuxième résonne d’amours, de renaissances, de lumières qui saisissent le poète, venues d’ailleurs, le rendant dépendant d’une prégnante imprésence.

Placé face au défi de l’ultime traversée vers l’innommable, les poèmes du troisième recueil adhèrent aux thèmes évoqués, leur insufflant spirituelle et espérée une ascension de l’enfouissement vers l’éther. Nul n’aurait imaginé Céret lieu d’écriture des tout derniers poèmes.

TROIS POÈMES extraits du recueil

1

Des micacés joyaux en tes mèches, du khôl de tes yeux, 
de ton jardin bien clos sourd une source celée. 
Tes inoubliables saveurs sanctifient la reine Shabbat.

Quelques tournoiements
puis figure ton absence
Et pourtant
se révèle allusif
ton visage en le chant

En deçà de lui-même
un novice silence
erre
vers l’étincelle

Interroge la lecture
le schème de pauvreté

Feint de te sauver le temps
pour en la pénombre
des verbes
résister vainement
à l’éternelle absence

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Être en Poésie (7), de François Szabó

Résurgences 6, Monique Ariello Laugier

Quel est donc le rôle de la langue en poésie ? Si ce n’est l’évidence même qui subjugue ? La poésie est langue à la fois étrangère et familière, pure objectivité et réalité magique, Œuvre de tempérance et d’action, sens intrinsèque inaliénable, vérité de combat, de résistance qui s’ouvre et se déploie infiniment tel est le testament du poète dans l’intransigeance de sublimer vie et à propos de l’être.

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Maguelone, de Danielle Helme

Maguelone, poésie, éditions Encres Vives, 2025
Photographie de couverture Danielle Helme

Depuis ce même étonnement de retrouver Maguelone, Danielle Helme regarde irrésistiblement : l’îlot immuable, sa cathédrale romane quand ruisselle de clarté immense l’étang du Prévot, ses colonies de flamants roses. On pense brusquement aux processions d’évêques, de chanoines, du groupe épiscopal médiéval, et des suites de compagnons pêcheurs ou de vignerons de notre époque. Observer la mer avec ses attitudes humaines de colère, de vague à l’âme, de calme, au rythme de l’action des flots qui résonnent et raisonnent dans l’esprit humain. Un vignoble ancestral, la steppe saline véritable miracle d’humilité.

EXTRAIT
L’étang du Prévôt

Dans un temps sans impatience ni mémoire

L’image du ciel, de ses nuages se transfère en lui l’étang, son aspect dans le miroir se projette en lui, le ciel, jusqu’à l’indistinction du sujet et de son image

L’image commune n’affleure que dans l’état des eaux étales

 Il s’agit d’une surréalité dans la réalité : ciel, nuages, soleil, plus ciel virtuel s’emparent totalement de l’étang.

Un grand cormoran noir sur ses échasses capte sa prestance dans l’eau dormante, miroir fidèle, non déformant

Subjugué par l’emprise de la figure mirifique

Sa physionomie reflétée l’immobilise dans son ombre pour ce rendez-vous incontournable

Condamné à la façon de Narcisse, à la contemplation de sa propre image reflétée, dans une source du mont Hélicon. Plus il se regardait, plus il était amoureux de lui-même, ainsi passait ses journées, les mois, les années.

Au bout de l’étang un groupe de flamants rose bec dans l’eau, sans souci de miroir, seulement insatiables d’une nourriture microscopique, plus ils mangent, plus s’écoule leur cours du temps

Tenace les flamants roses sont-ils déçus de cette quête obsédante, de ce besoin sans répit, pour une maigre pitance ?

Une variante du roi Tantale affligé d’une faim et d’une soif éternelles, mais il ne pouvait jamais atteindre l’eau pour étancher sa soif, et chaque fois qu’il essayait de cueillir un fruit, la branche s’éloignait de lui.

Un vol rassemblé de flamants roses survole et je suis leurs lents battements d’ailes jusqu’à ce qu’ils disparaissent sur le scintillement bleu-vert de l’étang de Pierre-Blanche, au-delà du trait ourlé du canal calme.

Près de l’étroit cordon dunaire, ces canards, à fleur de rive, pataugent dans les algues de l’étang, si près

Du chemin de ronde du toit forteresse de la cathédrale, il y a ceux qui ont chassé jadis le canard, muni de sarbacane, il y en avait tant

Et ceux qui après la révolution, Maguelone vendue comme bien national, les pêcheurs d’étang, nouveaux citoyens des lieux les tiraient au fusil, parfois acharnés vis-à-vis des roselières, ou en plein ciel : Tadornes de Belon, Colvert, Sarcelle, Foulque.

Tandis que je croise un groupe de pêcheurs des compagnons de Maguelone installés à bord de leur barque à fond plat

Ils calent des filets pour récolter des poissons de l’étang : loups, soles, dorades

On en mange à leur terrasse, tout contre les vignes, accompagné d’un Insula rosé. On est soudain propulsé dans l’ailleurs de l’air du grand large, et le bleu plus vaste, plus profond.

À proximité de la berge, un héron cendré fidèle à son nid engloutit un poisson, sans se préoccuper de l’aspect dédoublé du ciel qui semble se rendre invisible.

Sur un îlot isolé un couple d’aigrettes à gorge blanche fasciné par l’image commune étang plus ciel virtuel

Pareil au potentiel de l’inconscient qui se reflète dans la mémoire, jusqu’à l’indistinction de l’un et de l’autre

L’image commune affleure, sans cesse à la merci de l’état de béatitude, d’une conscience étale qui réfléchit.

Être en Poésie (5), de François Szabó

Passiflore avec feuilles et colonne dans l’œuvre d’art (The New York Public Library) – sur Unplash

Être en Poésie c’est la quintessence de l’existence, c’est être au-delà du concept, c’est formuler la cible de toute espérance, c’est œuvrer à l’Humanité, c’est acte de réconciliation au monde, c’est l’effervescence de l’imagination, c’est la valeur du dit et de l’évoqué.

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Être en Poésie (4), par François Szabó

Être en Poésie, c’est aussi rester curieux, ne jamais cesser d’apprendre, savoir s’émerveiller de ce qui se doit. C’est décliner la vie et la littérature dans sa diversité et ses nuances, c’est beaucoup de finesse et d’empathie, c’est une tendresse totale, offerte au monde.

Pratiquer la Poésie c’est aussi d’abord lire constamment, ne pas craindre l’altérité, trouver la réalité parfois cachée, c’est aussi un idéal affirmé.

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L’imprédictible livre (Trilogie), de Pierre Ech-Ardour

L’imprédictible livre (trilogie), recueil de poésie, éditions Phloème, juillet 2025
Illustration : Jean-Marc Barrier
4ème de couverture par Lara Dopff et Yves Ouallet.

En Polyphonique offrande un chant plénier muant l’espace où sourd le berceau de l’histoire humaine. Emportement du Cantique des cantiques est L’imprédictible livre pour que germe la lettre, où la disparition est renversée, où le seul vivant qui demeure est Livre. Sommes des songes du Livre, des écritures et des âges, ainsi est l’apothéose de la Monade Originelle.

EXTRAITS (un poème par livret)

 « Polyphonique offrande »

Berechit (*) בראשית (au commencement de) :
Médians mirages des diaprées pergolas,
longitude marine de respirations,
luisant berceau de vagues soutachées,
bordent mes arbres serpentine une rive.

(*) Pentateuque, Genèse 1,1 

Pé el-pé
 אל-פה פה (bouche à bouche)
À l’apôtre de mer
en les vagues aérées
l’immortelle chimère
est soleil acéré

Nitsots ניצוץ (étincelle) :
Inentamé silence à combler
impossible fragment d’abîme
voyage la béante faille
à l’instar de l’inimaginable absence

Bethokhah בתוכה (en elle) :
Migrante nuit des cieux altérés
fermente le frisson
de mon pétrifié rivage
à l’aulne d’un limon somnolent.

Tabur טבור (nombril) :
Intime la pensée
dénudée prend nouvelle
une lumière d’avenir

Sod סוד (secret) :
Tel le grain de sable
tout au plus innommable
préexiste inaccessible
le cri d’analogie

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