Le visiteur solitaire d’André Gardies (édition revue et augmentée)

Le visiteur solitaire, roman, édition revue et augmentée, éditions Nombre 7, 2024 (éditions de Paris/Max Chaleil, 2008)

Dans un village des Hauts Plateaux, pays de solitude et de pauvreté, que hante encore le souvenir de la Bête, un fonctionnaire du ministère de l’Agriculture, Faustin Juan, est dépêché pour tenter de comprendre les réticences du pays au progrès et au remembrement. Dans ce monde isolé, vivant encore à l’ère du char à bœufs et de la polyculture de subsistance, il découvre un village pétri de terreurs, de jalousies et de ragots, aux habitants secrets et méfiants. Atmosphère tempérée par la beauté des paysages, l’amitié amoureuse de Reine qui tient le café-épicerie, et la complicité de Jean, le braconnier, mais aussi le désir trouble que suscitent Violette et Monique, deux grandes écolières plus averties qu’il n’y paraît. Tous les ingrédients sont là pour qu’éclate le drame.
Un roman qui traduit l’âpreté d’une terre aux hivers extrêmes, et la vie quotidienne d’un monde dont la noirceur est loin d’égaler celle du narrateur.
Une fable sur le pouvoir.

 

EXTRAIT

Quand un matin d’été, voici près de dix ans, je suis arrivé à ce village, les rues étaient désertes, totalement désertes. La place aussi. Aucun passant, aucune activité. J’ai longé les maisons silencieuses et muettes ; seul le crissement de mes pas résonnait entre les murs de granit gris. Un chien, dans une cour au loin, s’est mis à aboyer auquel a fait écho un meuglement sourd. Alors le discret tremblement d’un rideau m’a fait comprendre que je n’étais pas passé inaperçu. Il faisait chaud, très chaud, à l’aplomb du soleil.
J’ai poussé la porte de l’auberge. Vide elle aussi. Du moins c’est ce que j’ai cru jusqu’à ce que, mes yeux s’étant habitués à l’obscurité, je découvre deux hommes assis dans le fond, qui ne répondirent à mon bonjour que par un vague hochement de tête. Je me suis installé près de la fenêtre qui donne sur la rue et j’ai longtemps regardé dehors, espérant quelque mouvement. – Et pour ce monsieur, qu’est-ce que ça sera ?
Elle avait surgi, toute de noir vêtue, du fond d’un cagibi dérobé.
– Du café ou un verre de vin ?… Oui, on n’a pas trop le choix, mais c’est ce que tout le monde boit ici. Faudra vous y faire si vous comptez vous installer chez nous.
Comment avait-elle deviné que j’avais l’intention de séjourner quelques temps dans le village ? C’est seulement plus tard que j’ai appris qu’un des hauts responsables du Service avait joint la cabine publique – le seul téléphone à l’époque, installé justement dans l’arrière-salle de l’auberge – pour prévenir de mon arrivée et réserver la meilleure chambre. Difficile dans ces conditions de se montrer aussi discret que possible comme j’en avais l’intention. Cela expliquait aussi le peu d’attention que m’avaient accordée les deux hommes attablés. En effet, s’ils n’avaient pas eu vent de ma proche arrivée, ils auraient levé la tête, observé longuement l’étranger qui venait de pousser la porte, et non pas fait comme s’ils ne m’avaient pas vu.
Une huitaine de jours auparavant, mon supérieur, le Directeur de la Section des Affaires Paysannes, m’avait convoqué dans son bureau:
– Le plateau des Mille Sources, ça vous dit quelque chose ?…Oui, là-bas, en plein cœur du Massif Hercynien…Je parie que vous n’y êtes jamais allé. Confidence pour confidence, moi non plus. L’une des régions les plus pauvres du pays. Isolée et coincée entre deux chaînes de vieilles montagnes, complètement repliée sur elle-même, fermée au progrès et qui, depuis toujours, vit en maigre autosuffisance économique. Bref, tous les bonheurs de la vie rurale à l’ancienne. Elle serait parfaite pour des vacances « pleine nature », si seulement elle acceptait d’accueillir les touristes… En attendant, c’est un haut représentant du Ministère de l’Agriculture qu’elle aura le privilège d’accueillir, en la personne de Faustin Juan. Que voulez-vous, cher collègue, vos états de service ont plaidé pour vous.
Je reconnaissais bien là les façons directes de mon chef.
– Oui, une requête de la sous-direction du Plan et de l’Aménagement Rural… Depuis trop longtemps, les directives qu’ils envoient là-haut, dans ce pays perdu, restent quasiment sans écho, comme si elles s’évanouissaient au milieu des landes et des forêts. Jusqu’au nouveau programme de développement agricole pour les territoires défavorisés qui demeure lettre morte. Encore si ça ne concernait qu’eux, les gens de là-haut, ce serait leur affaire, ils n’auraient qu’à se débrouiller tous seuls et continuer de macérer dans leur crasse et leur misère, seulement ça retarde singulièrement notre grande cause nationale, celle du remembrement des terres et de l’ouverture vers l’agriculture moderne. Vous savez comme moi que le gouvernement n’accepte sur ce sujet aucune entrave, qu’il a fait de cette question l’une de ses priorités pour l’actuel quinquennat.
Alors, comme de juste, c’est nous qui sommes chargés d’aller fourrer notre nez là-bas. D’aller voir de plus près ce qui s’y passe. Nos informations sont plutôt maigres.

La promesse de la mer d’André Gardies

La promesse de la mer, roman, éditions infimes, juin 2022

Ancien caméraman sur la Calypso, Romain Falcolon revient au Grau pour réaliser un documentaire sur la pêche artisanale traditionnelle. Bientôt cinquante ans qu’il n’a pas remis les pieds dans cette station balnéaire où, pourtant, il a passé tous ses étés depuis l’enfance jusqu’à son départ sous les drapeaux en Algérie.
Grâce aux souvenirs d’anciens pêcheurs, les techniques de pêche anciennes reprennent vie, qu’il s’agisse du trahin, du gangui ou encore et surtout de la seinche, la pêche au thon collective  à laquelle Romain enfant avait assisté
Alors qu’il entame son travail, Romain reçoit un courriel anonyme et laconique. Qui se cache derrière cette adresse « dedale30 » ? Bianca, le grand amour de ses vingt ans. Celle qui l’a trahi en épousant le fils d’une riche famille du Grau, alors qu’il était appelé en Algérie.
Jour après jour tandis que progresse le film, une histoire ancienne se ravive tout comme se ravivent chez Romain souffrances et honte accumulées pendant cette guerre qui ne disait pas son nom.

EXTRAIT

Mais bientôt l’ancien pont est apparu, le pont tournant qu’il avait si souvent contemplé quand il pivotait lentement pour livrer passage aux voiles qui gagnaient le large. Il était toujours là, fidèle à lui-même, fidèle à son souvenir.
Retrouvant un geste familier presque instinctif, venu d’un lointain passé, il s’est accoudé sur la rambarde métallique qui surplombait le canal. Devant lui s’ouvraient au loin sur la mer infinie les deux bras tendus de la jetée, avec le pouce levé de leurs deux phares et leurs bracelets de bateaux qui tintinnabulaient sous la brise. Toujours le miracle de cette vue inchangée, comme immuable, insensible au temps qui passe. Venu du large, le vent léger lui caressait les joues. C’était l’heure de la marée rentrante. À ses pieds sous l’appontement, entre le quai et un chalutier, là où le courant s’amollit, de maigres détritus flottaient et dérivaient lentement à contre-courant, entre lesquels se glissaient furtifs de petits poissons aux éclairs d’argent. L’odeur ! Oui, l’odeur. C’est elle qui l’a saisi aux narines comme une évidence : la même, exactement la même qu’avant. La même que celle de ses six ans, de son enfance, de son adolescence. Inchangée. Un mélange d’iode, de vase et d’embrun, d’eau à demi endormie au clapotement huileux avec, résiduelle, incrustée, remontée depuis des générations dans les mailles des filets, cette haleine de varech, de marée, d’oursins et d’écailles de poissons qui achèvent de sécher au soleil. Un bouquet unique, l’essence même du Grau. Et sous la plante de ses pieds, gagnant jusqu’aux mollets, il a ressenti à nouveau le tremblement sourd du tablier au passage des voitures qui, dans son dos, roulaient au pas. En même temps lui est revenu le souvenir tactile du revêtement en cordage tressé quand au retour de la plage, pieds nus, serviette de bain sur l’épaule, il évitait soigneusement les plaques de métal du passage piéton qui, sous la canicule de midi, lui brûlaient la voûte plantaire. Il aimait la caresse douce et râpeuse de ce tapis singulier avant de retrouver à la sortie du pont la chaleur molle du goudron.
Venue de l’embouchure, une barque à moteur remontait le canal de son train de sénateur, traçant un sillon dont les ondes allaient s’élargissant pour venir caresser la coque des bateaux provoquant leur discret balancement, presque imperceptible. Les vaguelettes montaient, descendaient, de moins en moins fortes, jusqu’à leur extinction avec l’éloignement de la barque. Ramolli, un sachet plastique flottait transparent entre deux eaux comme une méduse morte. Quelques mouettes criaillaient là-bas à l’entrée du môle. Le Grau de son enfance n’avait pas disparu. Il était là, concentré sur ce pont.

Blanche, châtelaine du Gévaudan, d’André Gardies

Blanche, châtelaine du Gévaudan, roman, TDO éditions, juillet 2020

Valbrèges, le château merveilleux que découvrit Paul Fréval quand il était enfant et qu’il n’a jamais oublié. Des années plus tard, comme un rêve qui se réaliserait, il y séjourne en résidence d’écriture, invité par la comtesse Blanche Maufoid, née de Ségouzac. Outre le roman sur lequel il travaille, Paul Fréval devra réaménager la vaste bibliothèque familiale et faire le tri dans les papiers et documents du défunt Marquis, le père de Blanche. De conversations en conversations il devient bientôt son confident avant d’en être l’amant en dépit de leur différence d’âge.
Mais l’implication de chacun dans cette relation amoureuse ne tarde pas à se déséquilibrer…

Une histoire où il est question d’une femme d’un certain âge qui, du fait de sa naissance et de son éducation, sera toute sa vie à contretemps, jusque dans ces dernières amours. Le tout sur fond d’éoliennes.

 

EXTRAIT – chapitre 1

Tout un luxe de cheminées, de lucarnes, de pans coupés, de toits coniques, ceux des tours d’angle, ceux des échauguettes, se découpe sur le ciel et miroite sous l’éclat des écailles d’ardoises. Un véritable château de contes de fées.
C’est ce que découvre l’homme qui a garé sa 2CV sur le bas-côté de la route, qui, les mains sur le volant, s’attarde un instant avant de s’extirper de son siège puis de traverser la chaussée. Il longe le haut mur d’enceinte qui court sur plus de deux cents mètres, tout en cherchant à regarder par-dessus. De temps à autre il s’arrête, se dresse sur la pointe des pieds, tend le cou, sautille sur place. Tout juste s’il aperçoit le faîte du toit que masquent les frondaisons des grands arbres.
Bientôt, là où le mur s’abaisse légèrement, il prend appui des deux mains, engage le bout de ses chaussures de marche entre deux anfractuosités et, d’un coup de rein, il se hisse. Ayant gagné une quarantaine de centimètres, il a enfin sous les yeux l’arrière du château planté au cœur d’un vaste parc. Lire la suite…

Les lys blancs de Clara, d’André Gardies

Les lys blancs de Clara, roman, Chum éditions, juillet 2018

Trouvé dans la rue et transporté d’urgence à l’hôpital, Jean Robin a sombré dans le coma. Au réveil, dix années de sa vie se sont effacées. Jour après jour, Il tente de se retrouver, de se reconstruire, aidé par la psychologue du service. Un lent travail sur lui-même avec la remontée de souvenirs enfuis, la résistance aussi d’un profond sentiment de culpabilité.

Un cheminement délicat, trouble aussi, qui entre en résonance avec les propres résistances de Florence , la psychologue, qui finit aussi par donner un  sens au sifflement obsédant d’une locomotive à vapeur.

La rentrée littéraire 2018, Occitanie Livre & Lecture

Cet événement organisé par Occitanie Livre & Lecture a eu lieu les 5 et 6 mars à la médiathèque Émile Zola, à Montpellier

Parmi les 26 auteurs d’Occitanie représentant divers genres littéraires : littérature, essai, polar, poésie, BD, roman pour adolescents et livres jeunesse, des adhérents ADA ont présenté leur livre, paru ou à paraître entre janvier et mai 2018.

Sandrine Willems pour Devenir oiseau, 5 avril 2018, éditions Buchet-Chastel
Janine Teisson pour Le rejet, avril 2018, éditions Glyphe
Sylvie Léonard pour Montpellier Street Art, mai 2018, éditions Museo

Est cité également dans le catalogue
André Gardies pour Derrière les ponts, éditions du Mont, janvier 2018

   

  

Photographies des auteurs en interview prises par Occitanie Livre & Lecture : 1- Sandrine Willems (avec Jean-Antoine Loiseau) / 2 et 4 – Sylvie Léonard  (avec Cécile Jodlowski-Perra) / 3- Janine Teisson (et Jean-Antoine Loiseau)

Derrière les ponts, d’André Gardies

Derrière les ponts, roman, réédition revue et augmentée, éditions du Mont, 2018

Dans chaque ville, il existe ces quartiers éloignés du centre où les rues ne sont pas encore goudronnées, où le ruisseau sert de dépotoir. C’est là-bas « Derrière les ponts ». Il n’y a rien à voir. Mais tout est à vivre. Car l’enfance fait feu de tout bois pour construire l’imaginaire. De la période la plus lointaine, celle des toutes premières années, avec l’école et la maison, jusqu’à l’entrée dans l’adolescence avec ses découvertes de l’amour platonique et de la sensualité de l’été, en passant par les servitudes qu’impose l’économie domestique en ses lieux favoris (cuisine, cave, réserve alimentaire, W.-C., etc.) ou encore par ces espaces de liberté que sont les zones inventées pour le jeu, tous les jeux, Derrière les ponts explore, dans une langue riche de moments éclatants, l’ordinaire des jours, les émois du sexe et du cœur, tente de retrouver, non pas le temps perdu, mais ce qui était en train de s’élaborer peu à peu dans le silence de l’expérience intime et qui faisait sens à travers ce vécu.

 

On peut écouter un entretien autour de ce livre ici sur FM-PLUS, un entretien conduit par Guylène Dubois

site de l’éditeur

La Baraque du Cheval noir, d’André Gardies

La Baraque du Cheval noir, roman, éditions de la Différence, octobre 2016

2016_couv_gardies

Jacques Torrant a loué pour quelques mois une maison isolée sur les hauteurs du Massif Central, appelée « la Baraque du Cheval noir » et sur laquelle circulent quantité d’histoires, de rumeurs et d’intérêts dissimulés. Il vient là pour terminer un ouvrage qu’il a en cours mais aussi pour partir sur la trace de son oncle Paul, retrouvé mort voici plus de dix ans dans une tourbière des environs. La présence  de ce locataire n’est pas du goût de tout  le monde dans le pays.

La source du diable, d’André Gardies

1ère de couv, La source du diable, André GARDIESLa source du diable, roman, éditions TDO, novembre 2014

En pleine tempête de neige, un autorail est bloqué sur les hauts plateaux lozériens. Marc Maugrain, l’un des voyageurs, en descend et s’enfonce lentement dans la campagne à travers les congères. Il finit par trouver refuge dans une ferme isolée et inhabitée. Il prend ses aises, fouille la bâtisse, fait retour sur lui-même, pénètre l’intimité de la maison. Ce qu’il découvre change son destin. Quinze ans plus tard, toujours habité par le souvenir de ces lieux, il est poussé à revenir sur place…
Expérience singulière, ce roman reprend la trame du « Train sous la neige », en le réécrivant à la première personne et en apportant toutes les modifications que ce changement initial induit.Il en résulte un livre sensiblement différent du précédent.