La promesse de la mer d’André Gardies

La promesse de la mer, roman, éditions infimes, juin 2022

Ancien caméraman sur la Calypso, Romain Falcolon revient au Grau pour réaliser un documentaire sur la pêche artisanale traditionnelle. Bientôt cinquante ans qu’il n’a pas remis les pieds dans cette station balnéaire où, pourtant, il a passé tous ses étés depuis l’enfance jusqu’à son départ sous les drapeaux en Algérie.
Grâce aux souvenirs d’anciens pêcheurs, les techniques de pêche anciennes reprennent vie, qu’il s’agisse du trahin, du gangui ou encore et surtout de la seinche, la pêche au thon collective  à laquelle Romain enfant avait assisté
Alors qu’il entame son travail, Romain reçoit un courriel anonyme et laconique. Qui se cache derrière cette adresse « dedale30 » ? Bianca, le grand amour de ses vingt ans. Celle qui l’a trahi en épousant le fils d’une riche famille du Grau, alors qu’il était appelé en Algérie.
Jour après jour tandis que progresse le film, une histoire ancienne se ravive tout comme se ravivent chez Romain souffrances et honte accumulées pendant cette guerre qui ne disait pas son nom.

EXTRAIT

Mais bientôt l’ancien pont est apparu, le pont tournant qu’il avait si souvent contemplé quand il pivotait lentement pour livrer passage aux voiles qui gagnaient le large. Il était toujours là, fidèle à lui-même, fidèle à son souvenir.
Retrouvant un geste familier presque instinctif, venu d’un lointain passé, il s’est accoudé sur la rambarde métallique qui surplombait le canal. Devant lui s’ouvraient au loin sur la mer infinie les deux bras tendus de la jetée, avec le pouce levé de leurs deux phares et leurs bracelets de bateaux qui tintinnabulaient sous la brise. Toujours le miracle de cette vue inchangée, comme immuable, insensible au temps qui passe. Venu du large, le vent léger lui caressait les joues. C’était l’heure de la marée rentrante. À ses pieds sous l’appontement, entre le quai et un chalutier, là où le courant s’amollit, de maigres détritus flottaient et dérivaient lentement à contre-courant, entre lesquels se glissaient furtifs de petits poissons aux éclairs d’argent. L’odeur ! Oui, l’odeur. C’est elle qui l’a saisi aux narines comme une évidence : la même, exactement la même qu’avant. La même que celle de ses six ans, de son enfance, de son adolescence. Inchangée. Un mélange d’iode, de vase et d’embrun, d’eau à demi endormie au clapotement huileux avec, résiduelle, incrustée, remontée depuis des générations dans les mailles des filets, cette haleine de varech, de marée, d’oursins et d’écailles de poissons qui achèvent de sécher au soleil. Un bouquet unique, l’essence même du Grau. Et sous la plante de ses pieds, gagnant jusqu’aux mollets, il a ressenti à nouveau le tremblement sourd du tablier au passage des voitures qui, dans son dos, roulaient au pas. En même temps lui est revenu le souvenir tactile du revêtement en cordage tressé quand au retour de la plage, pieds nus, serviette de bain sur l’épaule, il évitait soigneusement les plaques de métal du passage piéton qui, sous la canicule de midi, lui brûlaient la voûte plantaire. Il aimait la caresse douce et râpeuse de ce tapis singulier avant de retrouver à la sortie du pont la chaleur molle du goudron.
Venue de l’embouchure, une barque à moteur remontait le canal de son train de sénateur, traçant un sillon dont les ondes allaient s’élargissant pour venir caresser la coque des bateaux provoquant leur discret balancement, presque imperceptible. Les vaguelettes montaient, descendaient, de moins en moins fortes, jusqu’à leur extinction avec l’éloignement de la barque. Ramolli, un sachet plastique flottait transparent entre deux eaux comme une méduse morte. Quelques mouettes criaillaient là-bas à l’entrée du môle. Le Grau de son enfance n’avait pas disparu. Il était là, concentré sur ce pont.

Motel Valparaiso, de Philippe Castelneau

Motel Valparaiso, roman, éditions Asphalte, mars 2021

Suite à une rupture amoureuse, un homme décide de quitter sa vie en France et part pour les États-Unis réaliser le road-trip qui redonnera un sens à son existence. Alors qu’il traverse en car une ville inconnue dans le désert de Sonora, il va apercevoir une femme qui semble lui faire signe, à une fenêtre. Happé par cette vision, il décide sur un coup de tête de poser là ses valises. Installé au Motel Valparaiso, il entreprend d’explorer Cevola, cette localité écrasée par la chaleur qui semble avoir connu mille vies au cours de l’histoire. D’abord fasciné, puis inspiré, il prendra conscience que la ville semble avoir une emprise sur ceux qui y vivent… Motel Valparaiso est un rêve éveillé nourri d’American way of life et de grands espaces, un premier roman sur lequel plane « une voix de sable mêlée de vent ».

Un avant-goût : « Cevola est une ville… particulière, disons. Vous pouvez y vivre des années, vous y découvrirez toujours des choses que vous n’aviez pas vues auparavant. C’est un peu comme une carte, vous voyez ?
Chaque fois qu’on en déplie un pan, le territoire s’agrandit. C’est ce qui fait son charme, et son mystère. »

 

EXTRAIT

J’ai roulé des heures pour venir jusqu’ici. Aux confins de l’Arizona, la Californie n’est déjà plus qu’un lointain souvenir. Autour de moi, dans toutes les directions, le désert s’étend à perte de vue.

Mais l’ouragan de flammes qui ravage les forêts loin derrière semble avoir contaminé le ciel, attisé par la sécheresse et les chaleurs caniculaires, poussé par des vents violents, les Diablo winds.
La Californie brûle, mais c’est l’Amérique qui est en feu, me dis-je. Mon rêve américain que je laisse derrière moi et qui part en fumée. Je lève les yeux et contemple un ciel nouveau. Une vision lumineuse. Un horizon alchimique, étang brûlant de braises et de soufre. Des flammes logent entre les nuages sombres. L’atmosphère frémit. La pupille irradiée, je fixe une étendue d’ocre rouge, de cuivre et de terre d’ombre, d’oxyde de chrome et de cobalt, striée d’altostratus, nappes fibreuses gris cendre comme tracées au couteau. Dans le frémissement de l’atmosphère et de la lumière, je me perds un instant dans cette chimère d’un monde transfiguré quand, alors que je zigzague dans les montagnes des réserves indiennes, l’horizon devient tout à fait noir, le ciel s’ouvre et la terre disparaît, engloutie sous une pluie d’enfer…
Je ferme les paupières. Mon corps vibre. Je suis pris de vertige. Quand je rouvre les yeux, la nuit s’étire derrière une pluie d’étoiles. Il arrive ici que la nuit surgisse en plein jour. Les cellules orageuses se déchaînent. Accélération du signal électrique vers les zones synaptiques : l’esprit s’abandonne à la rêverie en contemplant le ciel qui se déchire. Quand la vraie nuit rejoint enfin la part noire du jour, il faudrait s’abriter, mais le ciel dessine une voie magique. L’espace d’un instant, l’âme est au diapason du monde. Des choses volent qui ne devraient pas voler. L’univers se retourne. Une ville apparaît, surgissant du désert.

 

Présentation vidéo

Fille perdue, d’Adeline Yzac

Fille perdue, roman, collection Littérature, La manufacture de livres, 2021

Anicette était la petite dernière, la jolie poupée choyée par sa famille. Jusqu’au jour où on la surprend en train de commettre le plus indicible des péchés : poser la main sur son corps, se caresser. Petite fille devenue fille perdue, voici l’enfant chassée de sa famille et condamnée à grandir entre les murs de «l’institution». C’est là que des religieuses tentent de chasser le vice du corps et des esprits de ces filles de rien. Celles dont les mères se prostituent, celles qui sont nées de pères inconnus, celles dont le corps ne ressemble pas à ce que l’on attend d’une femme… Et si la foi ne suffit pas, c’est peut-être à Paris, entre les mains des médecins que ces enfants devront être conduites.

Roman construit sur un fond historique passé sous silence, Fille perdue nous parle d’une époque où la morale et la science conjuguaient leurs efforts pour maintenir le joug pesant sur le corps des femmes.

 

EXTRAIT

La longue table va d’un mur à l’autre, lourde la table, et haute. Vingt fillettes tout autour, des grandes mêlées à des petites, toutes à genoux autour du bois sombre et poisseux, têtes nues, le buste qui atteint à peine le rebord pour certaines, c’est que les bancs sont bas. Et ainsi de suite, trois tables dans le réfectoire voûté. Une volière. La petite transie parmi elles qui grelottent dans leurs bas usés et leurs bottines éculées, pieds nus quelques-unes. Elle joint les doigts, engelures éclatées. Ça brûle et ça ronge. Le sang du Christ suinte à même la peau. Elle dit le bénédicité d’avant repas, prend la contenance exigée, pleine de recueillement, remercie Dieu du pain quotidien qu’il offre, on récite en chœur, on chante en chœur.

–        Bénissez-nous, Seigneur, bénissez ce repas, bénissez celles qui l’ont préparé et procurez du pain à ceux qui n’en ont pas, ainsi soit-il.

La petite marmonne son latin. Tout autour, chacune marmotte la prière, mains jointes, genoux au supplice, tournées vers la mère prieure. Et au-dessus, sur le mur, l’image peinte de la Vierge Marie, mère de toutes les pauvres perdues du réfectoire, mère des pécheresses et des autres, mère aimante. En face, Janeton, la plus jeune, la bouche vide, a tombé ses dents, une dans la soupe, deux en serrant les mâchoires la nuit, la quatrième en la tirant avec la langue alors qu’on lisait l’épître de Saint-Paul aux Pharisiens. Dieu n’est pas satisfait de sa mère, une coureuse, il a mis l’enfant au pilori. Janeton zozote et sourit en idiote, sa petite voix aigüe chante faux.

–        Bénissez Seigneur la table si bien parée, emplissez nos âmes si affamées, et donnez à toutes nos sœurs de quoi manger.

La petite se recueille, soigne son maintien devant le Christ, présent avec d’innombrables légions d’anges. Le Roi des rois, l’appellent les nonnes, le dispensateur de l’éternité. Oreilles attentives à la lecture, elle s’humilie en l’honneur de Celui qui pour elle est descendu sur la terre. Dieu a daigné se faire homme pour racheter ses péchés. Autour, les corpuscules maigrichons suçotent la prière. A perte de vue, des filles aux fers, le règne du mal incarné. Elle, va sur ses treize ans et tire les ficelles de ses raisonnements. Pour être considérée, il faut faire, dire, être ce que les sœurs veulent qu’on fasse, dise, soit. Lire la suite…

Verte sera la Chine, de Danielle Ferré

Verte sera la Chine, roman, éditions Librinova, 2021


Marion Vonnac est écologue. Lorsque son frère, expatrié en Chine, lui demande de sauver un « trésor inestimable » en aidant trois étudiantes à transformer un vieux quartier de Shanghai en écoquartier, elle n’hésite pas. Pour l’Agència, son entreprise, c’est une opportunité.
Mais ce Plan-Shanghai provoque la colère de la Triade, la mafia chinoise…

Un roman intense et inclassable pour voir la Chine autrement.

 

 

EXTRAIT
Où l’on entend le Chien de Terre pousser son premier jappement

Jeudi 15 février. Shanghai, sur la terrasse du 701

Demain, les Shanghaiens iront par milliers faire résonner la cloche du Temple Longhua. Mais pour la soirée du Nouvel An, la plupart d’entre eux – à l’instar de huit cent millions de leurs compatriotes – dînent en famille au son des facéties de CCTV.

Pour autant le Bund est loin d’être désert. Des touristes asiatiques et occidentaux, et aussi des « sans attaches », s’y pressent. Les pétards et les feux d’artifice sont interdits pour cause de pollution, mais les lasers et les publicités sur écrans géants font scintiller le fleuve. Publicités en mandarin ou en anglais, qui rivalisent de rouge pour promouvoir : « voitures pour la campagne », « yaourts amaigrissants », « crèmes pour garder la peau blanche », vrai ou faux « vin château français » … Lire la suite…

La Lorita, de Simone Salgas

La Lorita, roman, éditions 19, janvier 2021

L’écrivaine…
Silvina aime les jolis mots, elle les roule dans sa bouche, les retourne, les répète, leur invente une histoire… Elle finira bien par être cette écrivaine qu’elle a toujours voulu devenir.
Silvina écrit dans de grands cahiers mauves. À l’encre mauve, toujours. C’est une adorable petite peste – bavarde, très bavarde. Volubile ! – entourée d’amis, dans ce lycée français de Santiago du Chili, de professeurs attentifs, de parents aimants – père taquin, mère câline -, d’un petit frère aimé.

Entre l’azur sans nuage du désert d’Atacama et les vents glacés de la Terre de Feu, Simone Salgas mène le récit, tout de digressions, de bavardage espiègle, avec les mots de l’enfance, avec ses douleurs. Sa fraîcheur aussi. (…)
Silvina, une enfant encore, presque une adolescente, vive, rêveuse. Sa vie commence ici… Ce sera à elle d’écrire la suite !

 

EXTRAIT (pages 37-38)

Je préfère écrire de la science-fiction. On peut inventer sans que personne nous mette en doute, on peut vraiment faire du n’importe quoi. On peut former ou déformer des visages, créer des villes, des paysages, des machines de guerre bien entendu. On peut même inventer des mots. J’ai démarré comme ça mon deuxième roman. Plus facile que de raconter la mort des hommes vrais, ceux qui ont été des maris, des papas, des frères. J’ai abandonné les 50 pages de mon premier roman que j’avais intitulé : « Confidences à moi-même ».
Je serai écrivaine d’autres espaces, d’autres mondes.
Écrivaine intersidérale. Ce sera dur. Il y en a beaucoup qui veulent faire comme moi. J’ai intérêt à avaler toutes les vitamines qu’on me présentera.

Blanche, châtelaine du Gévaudan, d’André Gardies

Blanche, châtelaine du Gévaudan, roman, TDO éditions, juillet 2020

Valbrèges, le château merveilleux que découvrit Paul Fréval quand il était enfant et qu’il n’a jamais oublié. Des années plus tard, comme un rêve qui se réaliserait, il y séjourne en résidence d’écriture, invité par la comtesse Blanche Maufoid, née de Ségouzac. Outre le roman sur lequel il travaille, Paul Fréval devra réaménager la vaste bibliothèque familiale et faire le tri dans les papiers et documents du défunt Marquis, le père de Blanche. De conversations en conversations il devient bientôt son confident avant d’en être l’amant en dépit de leur différence d’âge.
Mais l’implication de chacun dans cette relation amoureuse ne tarde pas à se déséquilibrer…

Une histoire où il est question d’une femme d’un certain âge qui, du fait de sa naissance et de son éducation, sera toute sa vie à contretemps, jusque dans ces dernières amours. Le tout sur fond d’éoliennes.

 

EXTRAIT – chapitre 1

Tout un luxe de cheminées, de lucarnes, de pans coupés, de toits coniques, ceux des tours d’angle, ceux des échauguettes, se découpe sur le ciel et miroite sous l’éclat des écailles d’ardoises. Un véritable château de contes de fées.
C’est ce que découvre l’homme qui a garé sa 2CV sur le bas-côté de la route, qui, les mains sur le volant, s’attarde un instant avant de s’extirper de son siège puis de traverser la chaussée. Il longe le haut mur d’enceinte qui court sur plus de deux cents mètres, tout en cherchant à regarder par-dessus. De temps à autre il s’arrête, se dresse sur la pointe des pieds, tend le cou, sautille sur place. Tout juste s’il aperçoit le faîte du toit que masquent les frondaisons des grands arbres.
Bientôt, là où le mur s’abaisse légèrement, il prend appui des deux mains, engage le bout de ses chaussures de marche entre deux anfractuosités et, d’un coup de rein, il se hisse. Ayant gagné une quarantaine de centimètres, il a enfin sous les yeux l’arrière du château planté au cœur d’un vaste parc. Lire la suite…

Mon père, ce tueur, de Thierry Crouzet

Mon père, ce tueur, roman, La Manufacture des livres, août 2019

Mon père était un tueur. À sa mort, il m’a laissé une lettre de tueur.
Pour trouver le courage de l’ouvrir, j’ai dû revivre la guerre d’Algérie de mon père, revivre ses chasses, sa jeunesse et ses traumatismes.

« Mon père était un tueur. À sa mort, il m’a laissé une lettre de tueur. Je n’ai pas encore le courage de l’ouvrir, de peur qu’elle m’explose à la figure. Il a déposé l’enveloppe dans le coffre où il rangeait ses armes : des poignards, une grenade, un revolver d’ordonnance MAS 1874 ayant servi durant la guerre d’Espagne, une carabine à lunette, et surtout des fusils de chasse, des brownings pour la plupart, tous briqués, les siens comme ceux de son père, grand-père et arrière-grand-père, une généalogie guerrière qui remonte au début du dix-neuvième siècle. Sur les crosses, il a vissé des plaques de bronze avec les noms de ses ancêtres, leur date de naissance, de mort. Sur l’une, il a indiqué : « 1951, mon premier superposé, offert pour mes 15 ans ».

 Oobèse, de Jacques Cauda, une chronique littéraire de Jean Azarel

Oobèse, roman, Z4 Éditions, 2019

Si Oobèse est une farce savamment préparée, illustrée et bien assaisonnée, elle le doit avant tout au goût de l’auteur pour la cuisine et pour la bouffe, la vraie, la grande à la Marco Ferreri. Car chez Cauda, comme dans le cochon tout est bon, donc tout se mange.
Artiste peintre qui n’y va pas avec le dos du pinceau, (ici de la cuiller) Jacques Cauda fait de l’huile à chaque page dans cette abominable aventure où un ex flic ripou à l’entre-jambes exacerbé passe en civet trois femmes qui tombent sous sa coulpe éminemment battue.
Oobèse nous conte les histoires croisées dans l’histoire du « Gros », dit Amalaire le dingue, (du nom d’un évêque du IXè siècle), qui met en pratique très personnelle une théorie controversée du corps du Christ en trois corps distincts, les trois parts de l’hostie. Dans la version moderne de l’affaire, « Le Gros », réincarnation new age de l’Hannibal Lecter du Silence des agneaux, préfère s’en tenir à l’enlèvement de « trois grâces », une blonde, une brune, une rousse, qu’il va occire à petit feu après moult sévices, gavages, mutilations et baises effrénées, puisqu’il faut bien évidemment passer ces dames à la casserole. Lire la suite…

Les lys blancs de Clara, d’André Gardies

Les lys blancs de Clara, roman, Chum éditions, juillet 2018

Trouvé dans la rue et transporté d’urgence à l’hôpital, Jean Robin a sombré dans le coma. Au réveil, dix années de sa vie se sont effacées. Jour après jour, Il tente de se retrouver, de se reconstruire, aidé par la psychologue du service. Un lent travail sur lui-même avec la remontée de souvenirs enfuis, la résistance aussi d’un profond sentiment de culpabilité.

Un cheminement délicat, trouble aussi, qui entre en résonance avec les propres résistances de Florence , la psychologue, qui finit aussi par donner un  sens au sifflement obsédant d’une locomotive à vapeur.

Derrière les ponts, d’André Gardies

Derrière les ponts, roman, réédition revue et augmentée, éditions du Mont, 2018

Dans chaque ville, il existe ces quartiers éloignés du centre où les rues ne sont pas encore goudronnées, où le ruisseau sert de dépotoir. C’est là-bas « Derrière les ponts ». Il n’y a rien à voir. Mais tout est à vivre. Car l’enfance fait feu de tout bois pour construire l’imaginaire. De la période la plus lointaine, celle des toutes premières années, avec l’école et la maison, jusqu’à l’entrée dans l’adolescence avec ses découvertes de l’amour platonique et de la sensualité de l’été, en passant par les servitudes qu’impose l’économie domestique en ses lieux favoris (cuisine, cave, réserve alimentaire, W.-C., etc.) ou encore par ces espaces de liberté que sont les zones inventées pour le jeu, tous les jeux, Derrière les ponts explore, dans une langue riche de moments éclatants, l’ordinaire des jours, les émois du sexe et du cœur, tente de retrouver, non pas le temps perdu, mais ce qui était en train de s’élaborer peu à peu dans le silence de l’expérience intime et qui faisait sens à travers ce vécu.

 

On peut écouter un entretien autour de ce livre ici sur FM-PLUS, un entretien conduit par Guylène Dubois

site de l’éditeur