Miroir, mon beau miroir…(4), de Nicolas Gouzy

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…/… Ce coup-ci je vais tout filmer avec mon smartphone, on verra plus tard à en tirer quelque chose d’exploitable. Si je ne m’y vois plus et bien mon smartphone ne m’y verra pas non plus, quoique… Et s’il se passe des choses incongrues, j’aurai au moins de quoi m’interroger plus tard, à tête reposée. J’appréhende un peu, juste le temps de faire ces quelques pas si familiers et tant de fois parcourus. Mon miroir me semble calme, il se repaît tranquillement d’une image unique et vide de moi, encore et toujours. Je remplis le disque dur de mon téléphone de longues minutes de vacuité. J’aurai tout aussi bien pu filmer directement un long plan séquence de mes produits de toilette, cela aurait été tout aussi excitant. Mais là, en zoomant un peu (on fait tout ce qu’on veut avec cette appli) on distingue parfaitement les marques et les slogans des dits produits lisibles en spéculaire. Mon shampoing tout bête et raide dans son flacon vert fluo devient donc une sorte de potion alchimique inventée par Léonard de Vinci et tout à l’avenant. Ça me met un peu la tête à l’envers. Je finis par m’habituer à ne plus voir mon reflet. C’est même plutôt tranquille de ne pas être stupidement là à prendre sa droite pour sa gauche, à s’admirer ou bien à expertiser ses défauts physiques en pensant qu’ils trahissent votre âge, vos manquements, vos penchants, vos addictions même. Disparaître à soi-même…Gommer le support matinal d’une crise d’ego qui risque de vous pourrir toute la journée. Si j’étais un miroir j’en aurais moi-aussi vite plein le cadre de refléter mimiques, grimaces, coiffures loupées, maquillages hâtifs, mines défaites et dents jaunies. Sans parler acné, boutons d’herpès, points noirs, gingivites, gargarismes, cotons tiges, saignements de nez et autres joyeusetés, car, pensez-y, un miroir de salle de bains ça voit tout ça aussi. J’accorde donc au mien le droit d’une grève temporaire ou d’un congé, le droit d’aller refléter ailleurs, le droit au bonheur d’inverser enfin de beaux visages et pas ma trogne hirsute d’écrivain alcoolique tentant de gommer les séquelles d’une nuit blanche. Je me dis que la clef pour le paranormal c’est de l’apprivoiser, d’en trouver le côté prosaïque, la raison bête et flagrante pour laquelle une petite ou une grosse bizarrerie tente d’envahir votre vie. Mais c’est toujours une affaire de réciprocité et, pour le coup, je suis un peu en peine…./…

Miroir, mon beau miroir…(3), de Nicolas Gouzy

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…/… Pas trop loin non plus. Je m’écroule sur le canapé/pouf/lit d’appoint du salon/cuisine/pièce à tout de mon appartement, le cœur battant la chamade, au bord des lèvres aussi. Certains ont des monstres sous le lit, des araignées au plafond et des cadavres dans le placard, moi j’ai hérité d’un miroir en retard ! Je m’exhorte au calme et à la réflexion. Des nèfles ! Combien de fois me suis-je dit, en regardant un documentaire sur le surnaturel : « C’est le bordel leurs techniques pour enregistrer des manifestations paranormales, pas étonnant qu’ils chopent rien de plus probant qu’un couinement de porte, faudrait changer leurs protocoles » ? Mais je n’avais pas imaginé comment une intrusion paranormale, (même poétique parce que mon image « rediffusée »  ne m’avait pas sauté à la figure pour me dévorer, du moins pas encore), pouvait vous priver de tout sens critique et vous laisser sidéré, le cerveau tournant à plein régime mais à vide, sans pouvoir embrayer sur une idée constructive. J’ai été nourri et je me gave encore de tout ce que les studios de cinéma du monde entier peuvent produire d’histoires fêlées, dérangées, dérangeantes, hallucinées et j’en passe. Ce n’est pas à proprement parler une « culture », c’est une distraction envahissante, un long catalogue d’images, de situations, de climax et de characters  qui finissent par devenir familiers au point d’être prévisibles, quelquefois lassants dans leur répétition même. Là, pas loin, je tiens quelque chose d’unique, de perso, un événement dont je suis le héros malgré lui, malgré moi. Il faut que j’assume, j’ai l’âge. Lorsque j’ai emménagé, j’ai hérité des anciens locataires à peu près tout ce qui meuble l’appart encore aujourd’hui. Sauf deux ou trois bricoles, cafetière, brosse à dents, trois photos fétiches et deux vieux doudous. La flemme d’aller chez Ikea pour acheter les mêmes merdes que des milliers d’autres pékins et pas les ronds pour du design classe, autant conserver ce que mes prédécesseurs m’avaient cédé. Pourvu que le miroir fêlé n’ait pas enregistré leurs milliers d’heures balnéaires et décidé de me les repasser en mode rewind ! Comme on ne règle pas les horaires d’enregistrement sur un miroir (enfin je ne crois pas) pas moyen de prévoir quoi que ce soit. Avant de prendre une décision radicale et de le dérégler une bonne fois pour toutes en y pétant sa face à coups de marteau (qu’il va falloir que j’aille acheter et tant pis pour les sept ans de malheur promis), il faut que nous ayons un entretien, en face à face si je puis dire. …/…

Miroir, mon beau miroir…(2), de Nicolas Gouzy

 

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…/… Je décide de surseoir à toute autre investigation (Je sursois très bien, une autre forme de procrastination, j’ai souvent sursis, pour le service militaire, pour une petite peine d’emprisonnement aussi, un sursis c’est toujours bon à prendre) et je pars « réfléchir » au bistrot du quartier où je bois mon petit jus du matin. Je jette tout de même un œil inquiet à tout ce qui mire, reflète, renvoie, incidemment ou directement, une image de moi. C’est bon, y’en a, plein, des mire-moi. Pavés lustrés du hall, rétroviseurs des voitures alignées le long des trottoirs, glaces et vitrines de la rue, grand miroir du bar, lunettes de Gégé, métal argenté d’une salière oubliée, reflets bombés des deux côtés de la petite cuiller, je peuple dignement mon monde d’inversions plus ou moins déformées de mon moi encore un peu inquiet. Avouez qu’il y a de quoi ! J’en suis là et j’en suis las. Il ne me revient pas d’histoires de reflets qui se sont barrés de leurs miroirs ou bien de miroirs fatigués de refléter leurs propriétaires. Il y a bien les vampires que la mythologie hollywoodienne prive du reflet allégorique de leur âme disparue. Il y a bien Alice qui passe de l’autre côté. Il y a ceux sans tain qui dissimulent des voyeurs, psychopathes, profilers, inspecteurs et autres lance-flammes vengeurs. Il y a bien des choses en plus, en plus ou moins malveillant, malvoyant, qui apparaissent dedans, mais en moins…Je ne vois pas. Comme j’ai la chance ( ?) de ne pas avoir à aller bosser à l’autre bout de la ville puisque mon bureau c’est chez moi, je rentre au boulot. J’ai deux ou trois papiers à la con à écrire sur des glaces tendance en pots tendance dont le glacier-tendanceur n’a pas eu la délicatesse de m’en faire livrer quelques échantillons. Je vais improviser. Tant pis pour lui. Le miroir de mon couloir me renvoie poliment une image matinale dans laquelle, bien qu’habillé, je reste gris et fatigué. C’est un bon début de retour à la normalité. J’ai dû laisser la lumière allumée au-dessus du miroir vide la salle de bains car un rai lumineux filtre sous la porte…Je prends mon courage à deux mains (en vérité, pour ce que j’en ai, je pourrais aussi bien le pincer entre deux doigts), j’ouvre et décide d’en avoir le cœur et les yeux nets. Je ne comprends pas tout, du premier coup, tout d’un coup… Je vois…Je me vois ! Me déshabiller, entrer dans la douche, pisser sur la bonde (disons que ça vous ne l’avez pas vu), ouvrir l’eau, me savonner, me rincer, me sécher, puis me pencher vers le grand miroir scellé au-dessus du lavabo, essuyer la buée et me regarder, ébahi ! Ce con de truc m’a enregistré et il se repasse la scène. Je suis devant et maintenant je me vois en train de tenter de me voir, hagard, cherchant des yeux mon regard ! Alors je crie et je m’enfuis ! …/…

(à suivre)

L’assemblée générale de l’association, 25 février 2016

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Notre assemblée générale s’est tenue le jeudi 25 février 2016 à la salle Pétrarque à Montpellier. Un moment très convivial a suivi la réunion, l’occasion de croiser certains de nos adhérents qui se font plus rares en cours d’année. Merci à tous pour vos présences.

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Images volées par Thierry Crouzet et Philippe Castelneau