Vivre jusqu'au bout

Antoine Blanchemain

Nous sommes cinq autour d’Antoine. Il nous a convoqués chez lui pour nous voir une dernière fois. Il n’a plus beaucoup de force. Son corps de presque nonagénaire l’abandonne peu à peu, en douceur et sans violence.
« Je ne crois pas aux Enfers, mais la descente est longue », nous dit-il. Il voudrait s’en aller plus vite et ne pas nous offrir un spectacle qu’il croit lamentable.
Et moi je le trouve beau, toujours aussi piquant, aussi pétillant. Depuis que je le connais, il est le grand-père idéal, celui qui vous donne envie de vivre jusqu’au quatrième âge. Enthousiaste, intéressé de tout, surtout de littérature, prêt à expérimenter, à apprendre, à s’arracher à sa zone de confort.
Bientôt il sera mort, mais pour le moment, il ajoute avec humour un jour à une longue suite de jours. Il ne paraît pas effrayé, juste curieux. S’en aller avec l’idée d’une dernière expérience n’est pas pour lui déplaire.
Son livre est là, fragile. Il ne sera pas prolongé, c’est le dernier texte. Et cette envie subsiste de voir les mots portés par delà la mort. Aucune amertume, aucun regret. « J’ai eu une belle vie. »

Il se fait tard. Il se lève seul du canapé. Vacille. Nous l’escortons jusque dans sa chambre. Il nous montre les marines au-dessus de son lit. « J’étais inspiré ce jour-là. » Ses yeux brillent. Il est heureux d’être avec nous, et en même temps, se souvient de cette plage du nord où il a vécu un grand bonheur de lumière.
Nous nous penchons sur lui. Il nous fait jurer de profiter. De ne pas nous embêter avec des broutilles. « Allez, filez. » Je n’arrive pas à le quitter. Jusque dans sa mort, il me sert de guide. Il me montre qu’elle n’est pas compliquée quand elle vous prend de face sur le tard.

PS.  Antoine Blanchemain  nous a quittés le 18 février 2014.

Texte de Thierry Crouzet, 12 février 2014

 

J’ai rencontré Antoine un jour de poisse, un jour noir où une proche parente avait mis fin à ses jours. Je suis allé à mon premier repas des auteurs, en me disant que j’avais besoin de voir des humains bien vivants. Je ne connaissais personne, nous étions quelques uns tôt arrivés, et le hasard – qui n’existe pas – m’a placé à côté d’Antoine.

J’ai trouvé en lui le réconfort que je cherchais, non pas en mots – il ne savait rien de mon petit drame- mais par sa seule présence, sa curiosité d’autrui, son œil aimant et goguenard à la fois. Je lui ai dit aimer la poésie ; eh bien lui, non, ça le rasait. Si peut être, Georges Perros, me disait-il pour son recueil « une vie ordinaire ». Il y avait dans cet abordage tout ce qui a nourri notre amitié de quelques années, son esprit critique et ces deux ingrédients de notre Perros commun : le talent et l’humilité.
J’ai découvert son immense parcours de vie à travers des heures à bâtons rompus ; sa jeunesse troublée d’avant guerre, son expérience de jardinier en pays vendômois, son utopie cévenole communautaire dans les années cinquante, ses innovations d’ingénieur agricole, son dévouement à ceux de la terre, son amour de la montagne, ses blessures aussi. Pas de faux semblants entre nous. Je le voyais, à une génération d’écart, comme une sentinelle qui avance sur l’océan vieillesse sans peur de l’horizon, et toujours soucieuse de transmettre.
Ses doutes d’écrivain aussi me touchaient. Il venait les déposer avec une simplicité d’enfant, une confiance dépourvue de tout orgueil, au petit cadet que j’étais à ses yeux. Il nous ouvrit le Prunier un été pour y faire atelier d’écriture une semaine durant. C’étaient des jours de lumière, avec ses rituels d’apéritifs, de cuisine commune, sous son regard attentif à tous, à partager son savoir de la vallée et de ses habitants.

Nous avons gardé ce fil, avec ses retraits et ses retours, jusqu’aux dernières semaines, mais je n’avais pas pris la mesure de sa fatigue, malgré ses soucis de santé ; peut être parce qu’il dégageait, sous sa carcasse qu’il disait volontiers foutue, une véhémence très juvénile, ce jugement sans pitié pour la niaiserie que j’aimais tant.
Un matin de ce bel été cévenol au Prunier, qui suivait une nuit de grand vent, je m’inquiétai de ne pas le trouver dans la maison. Nous l’avons cherché un bon moment, jusqu’à découvrir la grande échelle, et, dix mètres plus haut et quelques 83 ans, Antoine qui s’affairait à remettre des tuiles déplacées. C’est l’image que je veux garder de lui, celle de la vigie grimpée sur la hune, et qui veille sur la plaine de la vie, la sienne et celle des autres.

Bye bye, et merci, Antoine. Je suis loin, je ne peux pas être là pour te voir une dernière fois descendre le pré. Mais comme disait Félix Leclerc, que tu aimais bien : « Là où tu es mon ami, y-a-t-il de la lumière à ton goût ? »

Texte de Michel Arbatz, 20 février 2014

Mes guerres à moi, couverture

 

Zoom sur la littérature de jeunesse

lecture

De la fiction au documentaire, des tout-petits aux grands ados, la littérature de jeunesse ne cesse de surprendre par son dynamisme, son inventivité et sa richesse de contenus. Une littérature innovante, qui vit au rythme de ses lecteurs, grâce au talent et à la fantaisie de ses auteurs et illustrateurs et se distingue par sa diversité, sa créativité et son exigence de qualité et d’innovation.
Soucieux de répondre à une demande croissante de repères dans un vaste paysage éditorial et de mettre en valeur le travail de création de ses auteurs et illustrateurs, le groupe des éditeurs de littérature de jeunesse du Syndicat national de l’édition a créé en 2013 un site Internet dédié à la littérature de jeunesse :  Des livres pour la jeunesse

Site de référence autour de la littérature de jeunesse, il met à disposition de tous les médiateurs du livre et du grand public un véritable fonds documentaire et pédagogique :
• Des informations pour mieux appréhender le métier d’éditeur avec des focus par type d’ouvrages : éveil/petite enfance, livres documentaires, albums, contes…,
• Des repères autour de la création dans nos entretiens croisés d’auteurs, illustrateurs, éditeurs, traducteurs…,
• Des références bibliographiques classées par catégories et par tranches d’âge,
• Des « paroles de pro » issues de nos rencontres en région,
• Une mise en valeur des multiples et riches initiatives menées par des enseignants, bibliothécaires, documentalistes, animateurs en centres de loisirs… pour faire découvrir, aimer, goûter au plaisir de lire !
Aperçu en images

Ce site sera en outre un relais des « Rencontres avec les éditeurs de Jeunesse » organisées par le groupe Jeunesse du SNE depuis 2011, qui seront consacrées cette année au documentaire avec deux rencontres « L’édition jeunesse : l’apprentissage du monde » organisées à Douai le 11 février 2014  et à Nîmes le 15 avril 2014 (Entrée libre).
Inscription ici.

Pour vous transmettre de façon très régulière l’actualité de la littérature de jeunesse avec de l’information issue des 40 éditeurs créateurs de ce site, des portraits d’auteurs, illustrateurs, de nouvelles vidéos autour des grands enjeux contemporains de la littérature de jeunesse, nous vous invitons chaleureusement à vous inscrire à notre newsletter.
En attendant le plaisir d’échanger avec vous lors de nos rencontres en région et par le biais de ce site, nous vous prions d’agréer, chère Madame, cher Monsieur, l’expression de nos sincères salutations. Hélène Wadowski, présidente du groupe Jeunesse du SNE.

Oui à l'Europe des cultures

Avec les créateurs, dites non au démantèlement de la culture en Europe !

Europe

L’avenir de la culture, des créateurs et des industries culturelles européens dépendra largement des résultats de la consultation publique sur le droit d’auteur lancée par la Commission européenne qui se termine le 5 février.
Nous voulons que l’Europe fasse de la culture une priorité.
Nous voulons que l’Europe donne à la culture la place qu’elle mérite au cœur de l’économie européenne.

Nous appelons les institutions européennes, les candidats, partis politiques et chefs d’État à dire Oui à la culture en Europe, Oui aux millions de salariés, Oui aux artistes qui font notre bonheur, Oui à tous les Européens pour qui vivre sans culture est impossible.
Nous leur demandons de soutenir et développer les industries culturelles et créatives européennes. Ces industries qui reposent sur le droit d’auteur, créent des millions d’emplois et ne peuvent exister sans créateurs qui puissent vivre de leur travail.
Dans l’immédiat, nous appelons urgemment tous les citoyens à faire entendre leur voix dans la consultation publique de la Commission européenne et à signer le présent appel des créateurs qui sera envoyé au Président de la Commission et aux Commissaires qui vont présenter aux citoyens le Livre Blanc qui donnera la ligne que la Commission européenne propose pour l’avenir du droit d’auteur en Europe.

Signez la pétition pour dire oui à la culture en Europe !
http://www.creatorsforeurope.eu/fr/#s2

Et pour participer à la consultation, c’est là :
http://www.creatorsforeurope.eu/fr/questionnaire

Explosion de l'autoédition au Canada

L’année 2013 aura été celle de l’autoédition au Canada, promet THE STAR, qui dans un long article présente les résultats cumulés sur cette année. Selon les estimations, quelques centaines de milliers de livres ont été autopubliés cette année, un nombre significatif, en comparaison des quelques 30 à 40 000 ouvrages publiés par les maisons traditionnelles, au cours des douze derniers mois.

Canada : 2013, année de l’autoédition pour les auteurs

A explorer dans les Archives de Marianne, le prix unique du livre en question

Marianne 20-12-13

Le prix unique du livre : un archaïsme

Comment Amazon menace l’édition française

Faut-il avoir peur du livre numérique ?

Pour Hervé Gaymard, le prix du livre doit baisser

Pour commencer l'année, ce très beau texte d'Ariane Mnouchkine

portrait d'Ariane Mnouchkine

« À l’aube de cette année 2014, je vous souhaite beaucoup de bonheur.
 Une fois dit ça… qu’ai-je dit? Que souhaité-je vraiment ?
Je m’explique: Je nous souhaite d’abord une fuite périlleuse et ensuite un immense chantier.
 D’abord fuir la peste de cette tristesse gluante, que par tombereaux entiers, tous les jours, on déverse sur nous, cette vase venimeuse, faite de haine de soi, de haine de l’autre, de méfiance de tout le monde, de ressentiments passifs et contagieux, d’amertumes stériles, de hargnes persécutoires.
 Fuir l’incrédulité ricanante, enflée de sa propre importance, fuir les triomphants prophètes de l’échec inévitable, fuir les pleureurs et vestales d’un passé avorté à jamais et barrant tout futur.
 Une fois réussie cette difficile évasion, je nous souhaite un chantier, un chantier colossal, pharaonique, himalayesque, inouï, surhumain parce que justement totalement humain. (…)
Entrons sur ce chantier. Pas besoin de violence. De cris, de rage. Pas besoin d’hostilité.

Juste besoin de confiance. De regards. D’écoute. De constance.
Ouvrons des laboratoires, ou rejoignons ceux, innombrables déjà, où, à tant de questions et de problèmes, des femmes et des hommes trouvent des réponses, imaginent et proposent des solutions qui ne demandent qu’à être expérimentées et mises en pratique, avec audace et prudence, avec confiance et exigence.
Ajoutons partout, à celles qui existent déjà, des petites zones libres.

Oui, de ces petits exemples courageux qui incitent au courage créatif.
Expérimentons, nous-mêmes, expérimentons, humblement, joyeusement et sans arrogance. Que l’échec soit notre professeur, pas notre censeur. Cent fois sur le métier remettons notre ouvrage. Scrutons nos éprouvettes minuscules ou nos alambics énormes afin de progresser concrètement dans notre recherche d’une meilleure société humaine. Car c’est du minuscule au cosmique que ce travail nous entrainera et entraine déjà ceux qui s’y confrontent. (…)
Et surtout, surtout, disons à nos enfants qu’ils arrivent sur terre quasiment au début d’une histoire et non pas à sa fin désenchantée. Ils en sont encore aux tout premiers chapitres d’une longue et fabuleuse épopée dont ils seront, non pas les rouages muets, mais au contraire, les inévitables auteurs.
Il faut qu’ils sachent que, ô merveille, ils ont une œuvre, faite de mille œuvres, à accomplir, ensemble, avec leurs enfants et les enfants de leurs enfants.
 Disons-le, haut et fort, car, beaucoup d’entre eux ont entendu le contraire, et je crois, moi, que cela les désespère.
Quel plus riche héritage pouvons-nous léguer à nos enfants que la joie de savoir que la genèse n’est pas encore terminée et qu’elle leur appartient.
Qu’attendons-nous ? L’année 2014 ? La voici. »

L'e-book en chiffres

ebook-net-public

L’e-commerce du livre grignote chaque année 1 point de part de marché au détriment de la librairie traditionnelle. La part des ventes de livres imprimés sur Internet a atteint 12 % en 2013 mais l’e-book ne pèse que 3 % du chiffre d’affaires dans l’édition.

A lire, pour en savoir plus :

L’enquête de Nathalie Silbert dans Les Echos :

L’édition française face aux défis du numérique

L’analyse de Nicolas Vidal dans BSC-NEWS :

Ebook : l’heure du bilan a sonné

TVA sur les revenus des auteurs et ePub

C’est le moment de signer la pétition contre la hausse de la TVA sur les revenus des auteurs :

NON A LA HAUSSE DE LA TVA SUR LES REVENUS DES AUTEURS DE LA CREATION ARTISTIQUE !

C’est peut-être aussi le moment de protéger vos données…

Pour savoir comment s’y prendre, c’est ici :

REPRENEZ LE CONTROLE DE VOS DONNEES

Et si vous voulez créer votre ePub, pour mettre vos documents en ligne, c’est là :

COMMENT CREER UN LIVRE ELECTRONIQUE AU FORMAT EPUB AVEC LIBREOFFICE

 

La culture, une vraie force économique ?

Royal de Luxe, 2007

Plus riche en chiffres d’affaires, plus porteuse d’emplois, plus importante en PIB que l’industrie automobile, l’industrie culturelle française reste un formidable moteur de croissance. Seconde au monde après celle les Etats-Unis, elle concerne une partie importante de la vie économique et sociale de notre pays, s’exporte très bien et n’est pas délocalisable. C’est le résultat surprenant d’une étude réalisée par le cabinet d’audit EY (ex Ernst & Young) :

Industries culturelles et créatives en France : panorama économique

Forte de ces résultats, l’alliance France Créative, qui regroupe tous les acteurs du secteur culturel (ADAGP, ADAMI, AIPG, FESAC, SACEM, SNE…) part en croisade contre les grandes filières numériques et la tendance anglo-saxonne du copyright (le pouvoir appartient à celui qui paie) pour défendre le droit d’auteur à la française (le pouvoir appartient à celui qui crée).

Lire à ce propos l’article du Nouvel Observateur du 7 novembre 2013  et l’interview de Jean-Michel Jarre :

Guerre économique : la culture monte au front