De la Loge de Saint-Jean, de Salvatore Cinque

De la Loge de Saint Jean, Franc-maçonnerie Ésotérisme Philosophie, éditions L’O.L. (L’Orient de Lumière), février 2026

On s’étonnera sans doute que parmi les auteurs d’une association comme celle qui réunit les auteurs du Languedoc, à savoir l’ADA, se trouve au moins un Franc-maçon qui ose lever le voile sur son identité profonde.
Dans ce livre, l’auteur présente l’ordre maçonnique en ce qu’il est l’héritage philosophique de l’apôtre Saint Jean et de ses écrits connus pour leur ésotérisme. Il revient sur les symboles maçonniques fondamentaux, expose des vues personnelles et nouvelles et entreprend même de montrer que tout être humain est profondément déterminé par un inconscient « reptilien », obéissant donc sans le savoir à un véritable code libidinal doublant le code génétique. 

EXTRAIT
Chapitre I.
Du salut par la Franc-maçonnerie.

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La lecture des œuvres maçonniques qui, il faut bien le dire, sont de plus en plus nombreuses et étoffées, l’audition des émissions radiophoniques ou télévisuelles, la pratique des rituels en loge, et surtout, la rencontre fraternelle avec les Francs-maçons, permettent de nos jours de se faire une idée objective, non passionnée, de l’institution ou de l’Ordre maçonnique, du parcours initiatique, du travail à faire en loge ou sur soi-même, une idée débarrassée de toute déviation « complotiste » anxieuse et anxiogène.

Chacun peut savoir, à notre époque, trois siècles après la révélation de la Grande Loge Unie d’Angleterre et de ses racines écossaises et irlandaises, et quel que soit le niveau de son intellect, ce que sont les bâtisseurs, les constructeurs de Temples, de cathédrales ou de simples chapelles à l’intérieur desquelles l’esprit aime se détendre dans une rêverie contemplative à la recherche du divin.

Il est clair, en effet, que l’initiation maçonnique, véritable prise de conscience progressive, par degrés, du caractère brut de sa pierre[1], appelle un changement personnel, une mutation intérieure, une rénovation, un pas ontologique. L’être qui s’y astreint sincèrement, ouvertement, reconnaît qu’en lui-même agissent des « esprits animaux », des « forces mythiques », des pulsions pour utiliser un terme plus familier et plus moderne, qui le condamnent à n’être qu’un futile jouet, à n’être que le jouet du Destin. Déjà l’Orient, puis la Grèce à sa suite, avaient reconnu ces forces « telluriques » et charnelles, les nommaient, les déifiaient, à défaut de les analyser à l’œuvre à l’intérieur de la psyché. Éros était ainsi considéré comme une divinité inéluctable d’une grande puissance, de même qu’Arès et son penchant destructeur. Aucun être ne pouvait échapper à leur emprise fatale, sauf à recourir au prêtre, au magicien, au chaldéen ou au devin, chacun de ceux-ci étant le dépositaire d’une gnose[2] à prétention salvatrice. De là est venue la nécessité d’un appel à une puissance supérieure face au désarroi habituel des êtres, face à leur souffrance, de là est née la conviction d’une unité transcendante et le besoin de dépasser ces énergies inférieures et organiques, l’une attractive et l’autre répulsive, par le recours à une Providence céleste et par l’usage affirmé de la Volonté humaine[3]. Ce que nous dit l’initiation, c’est ceci : nous sommes tributaires de deux types de forces intérieures, d’une force à tropisme sexuel et d’une force à tropisme agressif, dont le but inconscient – donc non soumis à la Volonté divine – est, à la manière de deux serpents magnétiques, de nous enchaîner à la matière. Mais, il ne s’agit pas de vouloir rejeter ces deux serpents originels qui s’entrelacent inséparablement autour de notre être, comme le montre le caducée d’Hermès. En réalité, il n’appartient qu’à nous-mêmes de donner libre cours à notre volonté afin d’être au-dessus, afin de sublimer leurs énergies, de nous conformer à ce que nous appelons par endroits la Providence, afin, et mieux, de participer à la divinité de l’Esprit Universel et de marcher franchement, ouvertement, sincèrement, devant Celui qui attend notre éveil et notre lever. A chacun son heure, tant l’œuvre demeure possible à tous. En cela, l’initiation maçonnique justifie à elle seule d’être Franc-maçon, un Maçon libre, d’être cette pierre dont la singularité ne lui vaut pas d’être jetée et rejetée, mais au contraire d’être employée très justement au sein de l’édifice social.

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Exilés en Margeride, de Françoise Barry

Exilés en Margeride, roman, TDO éditions : Terre d’Occitanie, avril 2025

En 1963, Michel Debré est élu député de la Réunion où la démographie et la misère sont galopantes. Le bureau d’immigration des départements d’outre-mer voit alors le jour. Il permettra d’organiser le transfert d’une partie de cette jeunesse dans les départements les moins peuplés de la métropole.
Sur l’île, la peur s’installe… Même si tous savent que la métropole apporterait un meilleur avenir à leurs enfants, tandis que rester sur l’île serait synonyme de chômage assuré.
Marceau et sa petite sœur Camille sont sur la liste des départs. Ils sont entourés d’amour par leurs parents et leur grand-mère. Ils refusent de quitter leur île et tous ceux qu’ils aiment.

Les promesses seront-elles tenues ? S’habitueront-ils à la rudesse du climat lozérien ?
Un incroyable périple de La Réunion à la Margeride, vécu par 1600 petits Réunionnais arrachés à leur famille !

EXTRAIT

En juin, Camille avait eu ses premières règles. De ce jour, il ne l’avait plus regardée de la même façon. Lorsqu’il la croisait, il faisait en sorte de frôler sa jeune poitrine. Un soir, comme elle décrochait le linge sec, il avait glissé sa main sous sa jupe qu’il avait relevée en riant bêtement. Elle avait enlevé la main du gamin brusquement, les lèvres retroussées sur ses dents pointues de bête sauvage. Il avait reculé en souriant comme si tout était évident, qu’il pouvait, qu’il allait. Presque qu’il était dans son bon droit. Alors elle avait levé la main pour le gifler et avait bondi se réfugier dans la cuisine. Là, elle avait saisi un couteau qui traînait sur la table et avait tranché l’air devant elle.

Honorine la Maudite, de Cathy James

Honorine la Maudite, roman historique, éditions Book Envol, juin 2025

1889, Saint-Étienne-de-Baïgorry, Nouvelle-Aquitaine.

Bouc émissaire de la société pyrénéenne, Honorine Carpentier appartient à la communauté des intouchables cagots. Accablée de haine et de mépris, elle va se battre contre les préjugés, pour devenir libre et respectée, un parcours semé d’embuches jusqu’à sa rencontre avec le bel Adam de Saint-Armand…
Qui étaient les cagots ? Pourquoi étaient-ils rejetés ? Honorine parviendra-t-elle à s’affranchir de sa misérable condition ?

2020, Gruissan, Aude.

À vingt et un ans, et après la perte douloureuse de ses parents dans le terrible attentat de Nice, Caroline Delmas décide de réaliser son rêve, de redonner à sa maison de vacances de Saint-Étienne-de-Baïgorry, son lustre d’antan et ainsi d’ouvrir des chambres d’hôtes. Pleine d’enthousiasme, elle se rend sur place, mais se heurte, à peine arrivée, à l’inexplicable hostilité d’Agatha Cazeneuve et Julian de Saint-Armand, qu’elle ne pensait plus jamais revoir.
C’est le début, pour ces deux jeunes femmes, d’une aventure haletante et extraordinaire.

lire LES CAGOTS : une race maudite pendant huit cents ans.

EXTRAIT


Tandis que Modeste s’agenouillait sur le prie-Dieu, Jeannou se retourna vers Honorine, et s’écarta pour l’inviter à s’asseoir entre eux deux. Soudain, Honorine explosa, elle n’en pouvait plus :
— Non, non. L’époque où l’on nous considérait comme des créatures impures est révolue depuis longtemps, chuchota-t-elle d’une voix amère.
On l’avait humiliée, malmenée, soumise aux regards malveillants depuis l’enfance. Elle était cagote, cela signifiait-il qu’elle fût moins honorable qu’une autre ? Oui, elle était une paria au sein même de la communauté chrétienne.
— Mais…Je ne comprends pas ton attitude ! murmura son frère.
— Si je continue à faire ce qu’ils me demandent, la honte et l’humiliation continueront à s’abattre, non seulement sur moi, mais aussi sur nous tous.

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Idylles de Montpellier, de François Szabó

Idylles de Montpellier, poésie, Cap de l’étang éditions, janvier 2026

Idylles de Montpellier est le temps particulier du sens amoureux qui évoque en même temps la splendeur et l’étonnement, la permanence et le développement à l’infini des ressources intimes de cette ville magnifique et quelque peu énigmatique. Ici se conjuguent beauté et origine, rencontre définitive qui scelle son pouvoir tel un charme.

PRÉFACE

            Là est le lieu où s’annonce la vie, la ville arpentée qui recèle la beauté cachée, offerte au persévérant, miroir de l’âme et de l’esprit : conjugaison sublime !

            Au détour d’une place, d’un hôtel particulier, une histoire singulière s’associe.

            Pierre et jardin ici c’est Montpellier, creuset de tous les possibles, des métissages culturels et ici telle une résurgence l’eau féconde surgit : C’est tout à la fois un rire, une culture, une beauté, un accent, un partage, une tendresse, une délicatesse, une vision et la tolérante acceptation de l’autre.

            Se côtoient passé et avenir, entre mer et montagne, les âges de la vie, les cosmopolites visiteurs, étudiants, enseignants, chercheurs… Et tant d’artistes !

            Ville qui ne cesse de se réinventer, ferveur jamais démentie, volontaire et imaginative, tolérante et accueillante tout ici facilite l’approche. Cependant, tout n’est pas livré immédiatement, c’est avec patience et douceur que se reçoit le don comme somptueuse offrande. Le nier ne serait pas délicatesse. Vérité sans tendresse n’est pas vertu.

François Szabó

Éthéré hypogée, de Pierre Ech-Ardour

Éthéré hypogée, recueil de poésie, éditions Levant, janvier 2026
Illustration de couverture : Nissrine Seffar (détails de l’œuvre Guernica Huella)

Tome III de la trilogie.
Ce recueil clôt dans la même séquence poétique l’étroite analogie des sujets présents dans les deux précédents de la trilogie. Le premier recueil dédié aux villes de Sète et de Céret traduit l’immatérielle errance entre deux lieux où s’expriment nocturnes en face à face l’utopie et les mots en principaux acteurs. Le deuxième résonne d’amours, de renaissances, de lumières qui saisissent le poète, venues d’ailleurs, le rendant dépendant d’une prégnante imprésence.

Placé face au défi de l’ultime traversée vers l’innommable, les poèmes du troisième recueil adhèrent aux thèmes évoqués, leur insufflant spirituelle et espérée une ascension de l’enfouissement vers l’éther. Nul n’aurait imaginé Céret lieu d’écriture des tout derniers poèmes.

TROIS POÈMES extraits du recueil

1

Des micacés joyaux en tes mèches, du khôl de tes yeux, 
de ton jardin bien clos sourd une source celée. 
Tes inoubliables saveurs sanctifient la reine Shabbat.

Quelques tournoiements
puis figure ton absence
Et pourtant
se révèle allusif
ton visage en le chant

En deçà de lui-même
un novice silence
erre
vers l’étincelle

Interroge la lecture
le schème de pauvreté

Feint de te sauver le temps
pour en la pénombre
des verbes
résister vainement
à l’éternelle absence

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Encres Vives Anthologie 60 années d’édition | éditeur Rafael de Surtis | fin 2025

anthologie poétique, éditeur Rafael de Surtis, 4ème trimestre 2025
illustration de couverture : Catherine Andrieu

Cette anthologie constitue une somme notable de poésie contemporaine du XXe siècle et début du XXIe, rassemblée dans un écrin de qualité dont nous attendons qu’il porte la mémoire de l’œuvre de Michel Cosem et, au-delà, la philosophie qui était la sienne, de découvrir, porter et diffuser l’écriture poétique, toujours et encore lieu d’échange et d’amitié.

Anthologie établie par Rafael de Surtis et Paul Sanda, en complicité avec Catherine Bruneau et Eric Chassefière.

Les poètes publiés par Encres Vives, de 1960 à 2025, sont présentés par ordre alphabétique, de Jacques Ancet à Hélène Vidal, en passant par Georges Cathalo, Jean-Louis Clarac, Michel Ducom, Pierre Gamarra, François Garros, Jean Joubert, Abdelmajid Kaouh…

En préface, un petit historique d’Encres Vives par Michel Cosem et un mot du comité de rédaction d’Encres Vives (Annie Briet, Catherine Bruneau, Eric Chassefière, Jean-Louis Clarac, Bernard Fournier, Régine Ha Minh Tu, Gilles Lades, Jacqueline Saint-Jean, Christian Saint-Paul).

« Faire vivre et fructifier Encres Vives, et ses collections Lieu et Encres Blanches, dans l’esprit tracé par leur fondateur, au service d’une communauté de poètes toujours plus vivante et diverse, voilà l’objectif que nous nous sommes alors fixé. »

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Le monde n’est pas si réel, de Raymond Alcovère

livre d’artiste, œuvres de Laurence Fauchart

format  A4 paysage, fermé à l’italienne, dos carré collé, 48 pages, quadrichromie

Ce livre d’artiste est issu du croisement de l’univers pictural de Laurence Fauchart et de l’écriture de Raymond Alcovère à travers son recueil de nouvelles « Doubles ». Nos imaginaires respectifs ont rapidement coïncidé et se sont retrouvés pour aboutir à ce livre ; il comporte des textes inédits ainsi que des illustrations originales inédites également. Les œuvres rassemblées ne cherchent pas à illustrer fidèlement les textes mais à dialoguer avec. « Un texte n’existe que s’il est vivant, soit que le lecteur le transforme, soit comme l’a fait ici Laurence Fauchart, qu’un autre artiste se l’approprie, le revisite et l’enrichit. » R.A.

EXTRAIT
in « La confiture verte », nouvelle inédite 

Charles Baudelaire, qui s’était juré, le jour de sa majorité, de découvrir le secret de la langue, las de noctambuler, a rejoint sa cambuse éclairée par une lampe-tempête, sur l’île Saint-Louis, ce navire venu, dirait-on, des pays lointains, des îles sous le vent, s’échouer au cœur de Paris. 

Au 17, quai d’Anjou, siège, juste en dessous, le club des Haschischins. Gautier, Nadar, Delacroix, Nerval, Daumier, Balzac, Flaubert, parmi d’autres, y consomment la confiture verte ou dawamesk. Le poète, pauvre comme Job, trouve toujours assez d’argent pour se procurer du pollen de haschisch. Agrémenté de miel, pistache et aromates, il devient confiture verte. L’effet est bien plus enivrant qu’en le fumant. Il n’y résiste pas.

Charles en a avalé à jeun une grande cuillère. Oublié son mal de Naples, son corps s’agite de soubresauts puis de vagues plus douces, ondulantes. Cette ivresse, je l’aime se dit-il, elle me dépasse et m’absout. Tous ces liens terrestres si absurdes qui m’enchaînent sautent, je vole, les mers lointaines n’ont plus de secret pour moi. Ces vagues hautes comme des murailles qui pourraient cent fois nous engloutir m’élèvent. Leur écume est une caresse et le noir du ciel est la couleur profonde qui me nourrit. J’y plonge et je m’y noie. C’est ma couleur préférée. Ses nuances infinies me ravissent. Si j’en porte les habits, c’est parce que la nuit est mon amie, mon alliée, éphémère mais toujours recommencée. 

J’entends le cri de la nuit, son souffle rauque et vaporeux. Sa voix profonde, sa vérité, me pénètrent au plus profond. Son sang coule dans mes veines… Pourquoi entends-je ce que les autres n’entendent pas ? Un cri, des hurlements parfois, une sourde inquiétude puis une divine extase. La beauté naît de la douleur. Un remuement dans l’air faussement calme de la nuit. L’empire familier des ténèbres futures. La nuit, là tout se dessine, s’écrit.  

L’odyssée d’Ukiak, de Marie-Hélène Lafond

L’odyssée d’Ukiak, roman jeunesse, éditions ZTL (ZéTooLu), octobre 2025
Illustrations : Jade Bréchet

Ukiak est un jeune chien de traîneau qui n’a jamais connu que son Alaska. Alors quand Amaguq, son musher inuit, l’emmène avec ses compagnons malamutes Sam et Will rejoindre la ville de Nome, qui aurait pu imaginer qu’il allait traverser la moitié du globe, pour venir prêter patte-forte aux soldats engagés dans la Grande Guerre ?

Ce roman offre aux jeunes et moins jeunes une vision très juste et évocatrice de la Grande Guerre tout en utilisant le filtre de la vision d’Ukiak.


EXTRAIT

Décembre 1915 – Débarquement en France
Le Havre

Après ce drame, nous passons encore beaucoup de temps sur le bateau. Le reste de la traversée se passe sans encombre. Nous n’avons plus eu à subir de tempête, juste de la pluie et un peu de glace. Les journées se suivent, monotones, rythmées par les promenades et les repas. Et chaque nuit, alors que nous sommes enfermés dans nos niches, Scotty reste sur le pont. Il nous demande, de sa voix envoûtante, de nous coucher et de ne plus bouger. Nous lui obéissons, instantanément. Le silence est total, si ce n’est les couinements et grincements du navire . Nous approchons de la terre, je la sens depuis quelques heures maintenant. C’est un changement subtil que nous, les chiens, percevons très bien. Ah ! Si cela pouvait être la fin de cet interminable voyage…

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Le Parfum de bonne conduite, de Chloé Millet

roman junior (dès 8 ans), Myria éditions, 31 octobre 2025
illustrations : Cyrielle

Inventrice en herbe, Faustine, onze ans, s’ennuie chez elle en ce début de vacances d’été. Elle entre dans le laboratoire de ses parents avec son nouveau voisin, Bilal, et crée par hasard une potion qui rend les enfants sages…

Le directeur du laboratoire comprend le potentiel lucratif de la formule et fait fabriquer le parfum miracle à la chaîne. Contacté par un directeur de cirque, une coach sportive et un chef d’orchestre à la recherche de jeunes talents, il ouvre des programmes d’excellence pour former un groupe de petits génies.

Voyant que sa création est utilisée pour exploiter les enfants, Faustine décide de mettre un terme à ces projets machiavéliques. Aidée de Mamie Léo (sa grand-mère), de Boris (le chien de sa grand-mère), de Justine et Clémentine (ses petites sœurs), de Bassem (le grand frère de Bilal) et d’autres alliés, Faustine prépare un plan d’action explosif !

Librement inspiré du poème L’apprenti sorcier de Johann Wolfgang von Goethe, Le Parfum de bonne conduite aborde les thématiques du libre arbitre, de la pression que ressentent de nombreux jeunes face à la course à la performance et des dangers du libéralisme à tout prix.

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Le silence du fleuve, nouvelles d’Horacio Cavallo, traduction d’Antoine Barral

recueil de nouvelles, Horacio Cavallo, traduction de l’espagnol par Antoine Barral, aux éditions L’atinoir, 31 octobre 2025
postface de Juan Carlos MONDRAGÓN

Le silence du fleuve est une suite d’explorations littéraires sur la perte et le souvenir des êtres à travers des personnages et leurs expériences. Les souvenirs, ravivés par des objets, des lieux ou des sensations, témoignent de la présence obsédante du passé dans les vicissitudes du présent. Le thème de l’enfance est aussi abordé avec des regards d’enfants face à la maladie, la mort ou la complexité du monde adulte, dépeints simplement, avec émotion, sans pathétisme. Écrites dans un langage direct et poétique, ces brèves fictions qui évoquent paysages, sensations et souvenirs, permettent au lecteur d’interpréter les silences et les émotions sous-jacents qu’elles contiennent.

en savoir plus chez l’éditeur

Maguelone, de Danielle Helme

Maguelone, poésie, éditions Encres Vives, 2025
Photographie de couverture Danielle Helme

Depuis ce même étonnement de retrouver Maguelone, Danielle Helme regarde irrésistiblement : l’îlot immuable, sa cathédrale romane quand ruisselle de clarté immense l’étang du Prévot, ses colonies de flamants roses. On pense brusquement aux processions d’évêques, de chanoines, du groupe épiscopal médiéval, et des suites de compagnons pêcheurs ou de vignerons de notre époque. Observer la mer avec ses attitudes humaines de colère, de vague à l’âme, de calme, au rythme de l’action des flots qui résonnent et raisonnent dans l’esprit humain. Un vignoble ancestral, la steppe saline véritable miracle d’humilité.

EXTRAIT
L’étang du Prévôt

Dans un temps sans impatience ni mémoire

L’image du ciel, de ses nuages se transfère en lui l’étang, son aspect dans le miroir se projette en lui, le ciel, jusqu’à l’indistinction du sujet et de son image

L’image commune n’affleure que dans l’état des eaux étales

 Il s’agit d’une surréalité dans la réalité : ciel, nuages, soleil, plus ciel virtuel s’emparent totalement de l’étang.

Un grand cormoran noir sur ses échasses capte sa prestance dans l’eau dormante, miroir fidèle, non déformant

Subjugué par l’emprise de la figure mirifique

Sa physionomie reflétée l’immobilise dans son ombre pour ce rendez-vous incontournable

Condamné à la façon de Narcisse, à la contemplation de sa propre image reflétée, dans une source du mont Hélicon. Plus il se regardait, plus il était amoureux de lui-même, ainsi passait ses journées, les mois, les années.

Au bout de l’étang un groupe de flamants rose bec dans l’eau, sans souci de miroir, seulement insatiables d’une nourriture microscopique, plus ils mangent, plus s’écoule leur cours du temps

Tenace les flamants roses sont-ils déçus de cette quête obsédante, de ce besoin sans répit, pour une maigre pitance ?

Une variante du roi Tantale affligé d’une faim et d’une soif éternelles, mais il ne pouvait jamais atteindre l’eau pour étancher sa soif, et chaque fois qu’il essayait de cueillir un fruit, la branche s’éloignait de lui.

Un vol rassemblé de flamants roses survole et je suis leurs lents battements d’ailes jusqu’à ce qu’ils disparaissent sur le scintillement bleu-vert de l’étang de Pierre-Blanche, au-delà du trait ourlé du canal calme.

Près de l’étroit cordon dunaire, ces canards, à fleur de rive, pataugent dans les algues de l’étang, si près

Du chemin de ronde du toit forteresse de la cathédrale, il y a ceux qui ont chassé jadis le canard, muni de sarbacane, il y en avait tant

Et ceux qui après la révolution, Maguelone vendue comme bien national, les pêcheurs d’étang, nouveaux citoyens des lieux les tiraient au fusil, parfois acharnés vis-à-vis des roselières, ou en plein ciel : Tadornes de Belon, Colvert, Sarcelle, Foulque.

Tandis que je croise un groupe de pêcheurs des compagnons de Maguelone installés à bord de leur barque à fond plat

Ils calent des filets pour récolter des poissons de l’étang : loups, soles, dorades

On en mange à leur terrasse, tout contre les vignes, accompagné d’un Insula rosé. On est soudain propulsé dans l’ailleurs de l’air du grand large, et le bleu plus vaste, plus profond.

À proximité de la berge, un héron cendré fidèle à son nid engloutit un poisson, sans se préoccuper de l’aspect dédoublé du ciel qui semble se rendre invisible.

Sur un îlot isolé un couple d’aigrettes à gorge blanche fasciné par l’image commune étang plus ciel virtuel

Pareil au potentiel de l’inconscient qui se reflète dans la mémoire, jusqu’à l’indistinction de l’un et de l’autre

L’image commune affleure, sans cesse à la merci de l’état de béatitude, d’une conscience étale qui réfléchit.

Chiméries, de Stéphane Amiot

Chimèries, poésie, éditions Unicité, 2e trimestre 2025
Préface de Pierre-Jean Brassac / photographies Emmanuel Teeles

Ce recueil rassemble des textes en prose poétique écrits entre 2016 et 2024 et explore des thèmes variés tels que l’itinérance, la mémoire, la nature et les transformations urbaines. Il s’inscrit dans une continuité poétique marquée par les influences littéraires de Lautréamont, Borges et Bashô.

FRAGMENTS

Quartier de Saint-Cyprien.
Hôpital de la Grave.

Les monstres s’accumulaient contre les ponts, colonisant les arches, happant les lampadaires comme des lucioles de printemps.
Les berges suintaient de leurs mues huileuses où se noyaient les enfants du soir.
On s’enferma dans les palais surplombant la Garonne. Sur les terrasses aériennes on dînait aux spasmes du fleuve qu’épousaient d’immenses siréniens de glace carénés de moraines. On ne vit pas les marelles s’enfoncer dans la vase ni les cours endormir les derniers cris d’école.
Les rires capitulèrent, les quais pourrissaient comme des figues, les digues se faisaient l’écho d’avalanches.
Le Dôme de la Grave disparut un matin.
Au crépuscule, des fêtards caressaient encore son sein rose.
Les rues amphibies glissèrent leurs pavés dans les limons rouges de la mangrove des Filtres.

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