Encres Vives Anthologie 60 années d’édition | éditeur Rafael de Surtis | fin 2025

anthologie poétique, éditeur Rafael de Surtis, 4ème trimestre 2025
illustration de couverture : Catherine Andrieu

Cette anthologie constitue une somme notable de poésie contemporaine du XXe siècle et début du XXIe, rassemblée dans un écrin de qualité dont nous attendons qu’il porte la mémoire de l’œuvre de Michel Cosem et, au-delà, la philosophie qui était la sienne, de découvrir, porter et diffuser l’écriture poétique, toujours et encore lieu d’échange et d’amitié.

Anthologie établie par Rafael de Surtis et Paul Sanda, en complicité avec Catherine Bruneau et Eric Chassefière.

Les poètes publiés par Encres Vives, de 1960 à 2025, sont présentés par ordre alphabétique, de Jacques Ancet à Hélène Vidal, en passant par Georges Cathalo, Jean-Louis Clarac, Michel Ducom, Pierre Gamarra, François Garros, Jean Joubert, Abdelmajid Kaouh…

En préface, un petit historique d’Encres Vives par Michel Cosem et un mot du comité de rédaction d’Encres Vives (Annie Briet, Catherine Bruneau, Eric Chassefière, Jean-Louis Clarac, Bernard Fournier, Régine Ha Minh Tu, Gilles Lades, Jacqueline Saint-Jean, Christian Saint-Paul).

« Faire vivre et fructifier Encres Vives, et ses collections Lieu et Encres Blanches, dans l’esprit tracé par leur fondateur, au service d’une communauté de poètes toujours plus vivante et diverse, voilà l’objectif que nous nous sommes alors fixé. »

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Le monde n’est pas si réel, de Raymond Alcovère

livre d’artiste, œuvres de Laurence Fauchart

format  A4 paysage, fermé à l’italienne, dos carré collé, 48 pages, quadrichromie

Ce livre d’artiste est issu du croisement de l’univers pictural de Laurence Fauchart et de l’écriture de Raymond Alcovère à travers son recueil de nouvelles « Doubles ». Nos imaginaires respectifs ont rapidement coïncidé et se sont retrouvés pour aboutir à ce livre ; il comporte des textes inédits ainsi que des illustrations originales inédites également. Les œuvres rassemblées ne cherchent pas à illustrer fidèlement les textes mais à dialoguer avec. « Un texte n’existe que s’il est vivant, soit que le lecteur le transforme, soit comme l’a fait ici Laurence Fauchart, qu’un autre artiste se l’approprie, le revisite et l’enrichit. » R.A.

EXTRAIT
in « La confiture verte », nouvelle inédite 

Charles Baudelaire, qui s’était juré, le jour de sa majorité, de découvrir le secret de la langue, las de noctambuler, a rejoint sa cambuse éclairée par une lampe-tempête, sur l’île Saint-Louis, ce navire venu, dirait-on, des pays lointains, des îles sous le vent, s’échouer au cœur de Paris. 

Au 17, quai d’Anjou, siège, juste en dessous, le club des Haschischins. Gautier, Nadar, Delacroix, Nerval, Daumier, Balzac, Flaubert, parmi d’autres, y consomment la confiture verte ou dawamesk. Le poète, pauvre comme Job, trouve toujours assez d’argent pour se procurer du pollen de haschisch. Agrémenté de miel, pistache et aromates, il devient confiture verte. L’effet est bien plus enivrant qu’en le fumant. Il n’y résiste pas.

Charles en a avalé à jeun une grande cuillère. Oublié son mal de Naples, son corps s’agite de soubresauts puis de vagues plus douces, ondulantes. Cette ivresse, je l’aime se dit-il, elle me dépasse et m’absout. Tous ces liens terrestres si absurdes qui m’enchaînent sautent, je vole, les mers lointaines n’ont plus de secret pour moi. Ces vagues hautes comme des murailles qui pourraient cent fois nous engloutir m’élèvent. Leur écume est une caresse et le noir du ciel est la couleur profonde qui me nourrit. J’y plonge et je m’y noie. C’est ma couleur préférée. Ses nuances infinies me ravissent. Si j’en porte les habits, c’est parce que la nuit est mon amie, mon alliée, éphémère mais toujours recommencée. 

J’entends le cri de la nuit, son souffle rauque et vaporeux. Sa voix profonde, sa vérité, me pénètrent au plus profond. Son sang coule dans mes veines… Pourquoi entends-je ce que les autres n’entendent pas ? Un cri, des hurlements parfois, une sourde inquiétude puis une divine extase. La beauté naît de la douleur. Un remuement dans l’air faussement calme de la nuit. L’empire familier des ténèbres futures. La nuit, là tout se dessine, s’écrit.  

L’odyssée d’Ukiak, de Marie-Hélène Lafond

L’odyssée d’Ukiak, roman jeunesse, éditions ZTL (ZéTooLu), octobre 2025
Illustrations : Jade Bréchet

Ukiak est un jeune chien de traîneau qui n’a jamais connu que son Alaska. Alors quand Amaguq, son musher inuit, l’emmène avec ses compagnons malamutes Sam et Will rejoindre la ville de Nome, qui aurait pu imaginer qu’il allait traverser la moitié du globe, pour venir prêter patte-forte aux soldats engagés dans la Grande Guerre ?

Ce roman offre aux jeunes et moins jeunes une vision très juste et évocatrice de la Grande Guerre tout en utilisant le filtre de la vision d’Ukiak.


EXTRAIT

Décembre 1915 – Débarquement en France
Le Havre

Après ce drame, nous passons encore beaucoup de temps sur le bateau. Le reste de la traversée se passe sans encombre. Nous n’avons plus eu à subir de tempête, juste de la pluie et un peu de glace. Les journées se suivent, monotones, rythmées par les promenades et les repas. Et chaque nuit, alors que nous sommes enfermés dans nos niches, Scotty reste sur le pont. Il nous demande, de sa voix envoûtante, de nous coucher et de ne plus bouger. Nous lui obéissons, instantanément. Le silence est total, si ce n’est les couinements et grincements du navire . Nous approchons de la terre, je la sens depuis quelques heures maintenant. C’est un changement subtil que nous, les chiens, percevons très bien. Ah ! Si cela pouvait être la fin de cet interminable voyage…

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Le Parfum de bonne conduite, de Chloé Millet

roman junior (dès 8 ans), Myria éditions, 31 octobre 2025
illustrations : Cyrielle

Inventrice en herbe, Faustine, onze ans, s’ennuie chez elle en ce début de vacances d’été. Elle entre dans le laboratoire de ses parents avec son nouveau voisin, Bilal, et crée par hasard une potion qui rend les enfants sages…

Le directeur du laboratoire comprend le potentiel lucratif de la formule et fait fabriquer le parfum miracle à la chaîne. Contacté par un directeur de cirque, une coach sportive et un chef d’orchestre à la recherche de jeunes talents, il ouvre des programmes d’excellence pour former un groupe de petits génies.

Voyant que sa création est utilisée pour exploiter les enfants, Faustine décide de mettre un terme à ces projets machiavéliques. Aidée de Mamie Léo (sa grand-mère), de Boris (le chien de sa grand-mère), de Justine et Clémentine (ses petites sœurs), de Bassem (le grand frère de Bilal) et d’autres alliés, Faustine prépare un plan d’action explosif !

Librement inspiré du poème L’apprenti sorcier de Johann Wolfgang von Goethe, Le Parfum de bonne conduite aborde les thématiques du libre arbitre, de la pression que ressentent de nombreux jeunes face à la course à la performance et des dangers du libéralisme à tout prix.

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Le silence du fleuve, nouvelles d’Horacio Cavallo, traduction d’Antoine Barral

recueil de nouvelles, Horacio Cavallo, traduction de l’espagnol par Antoine Barral, aux éditions L’atinoir, 31 octobre 2025
postface de Juan Carlos MONDRAGÓN

Le silence du fleuve est une suite d’explorations littéraires sur la perte et le souvenir des êtres à travers des personnages et leurs expériences. Les souvenirs, ravivés par des objets, des lieux ou des sensations, témoignent de la présence obsédante du passé dans les vicissitudes du présent. Le thème de l’enfance est aussi abordé avec des regards d’enfants face à la maladie, la mort ou la complexité du monde adulte, dépeints simplement, avec émotion, sans pathétisme. Écrites dans un langage direct et poétique, ces brèves fictions qui évoquent paysages, sensations et souvenirs, permettent au lecteur d’interpréter les silences et les émotions sous-jacents qu’elles contiennent.

en savoir plus chez l’éditeur

Maguelone, de Danielle Helme

Maguelone, poésie, éditions Encres Vives, 2025
Photographie de couverture Danielle Helme

Depuis ce même étonnement de retrouver Maguelone, Danielle Helme regarde irrésistiblement : l’îlot immuable, sa cathédrale romane quand ruisselle de clarté immense l’étang du Prévot, ses colonies de flamants roses. On pense brusquement aux processions d’évêques, de chanoines, du groupe épiscopal médiéval, et des suites de compagnons pêcheurs ou de vignerons de notre époque. Observer la mer avec ses attitudes humaines de colère, de vague à l’âme, de calme, au rythme de l’action des flots qui résonnent et raisonnent dans l’esprit humain. Un vignoble ancestral, la steppe saline véritable miracle d’humilité.

EXTRAIT
L’étang du Prévôt

Dans un temps sans impatience ni mémoire

L’image du ciel, de ses nuages se transfère en lui l’étang, son aspect dans le miroir se projette en lui, le ciel, jusqu’à l’indistinction du sujet et de son image

L’image commune n’affleure que dans l’état des eaux étales

 Il s’agit d’une surréalité dans la réalité : ciel, nuages, soleil, plus ciel virtuel s’emparent totalement de l’étang.

Un grand cormoran noir sur ses échasses capte sa prestance dans l’eau dormante, miroir fidèle, non déformant

Subjugué par l’emprise de la figure mirifique

Sa physionomie reflétée l’immobilise dans son ombre pour ce rendez-vous incontournable

Condamné à la façon de Narcisse, à la contemplation de sa propre image reflétée, dans une source du mont Hélicon. Plus il se regardait, plus il était amoureux de lui-même, ainsi passait ses journées, les mois, les années.

Au bout de l’étang un groupe de flamants rose bec dans l’eau, sans souci de miroir, seulement insatiables d’une nourriture microscopique, plus ils mangent, plus s’écoule leur cours du temps

Tenace les flamants roses sont-ils déçus de cette quête obsédante, de ce besoin sans répit, pour une maigre pitance ?

Une variante du roi Tantale affligé d’une faim et d’une soif éternelles, mais il ne pouvait jamais atteindre l’eau pour étancher sa soif, et chaque fois qu’il essayait de cueillir un fruit, la branche s’éloignait de lui.

Un vol rassemblé de flamants roses survole et je suis leurs lents battements d’ailes jusqu’à ce qu’ils disparaissent sur le scintillement bleu-vert de l’étang de Pierre-Blanche, au-delà du trait ourlé du canal calme.

Près de l’étroit cordon dunaire, ces canards, à fleur de rive, pataugent dans les algues de l’étang, si près

Du chemin de ronde du toit forteresse de la cathédrale, il y a ceux qui ont chassé jadis le canard, muni de sarbacane, il y en avait tant

Et ceux qui après la révolution, Maguelone vendue comme bien national, les pêcheurs d’étang, nouveaux citoyens des lieux les tiraient au fusil, parfois acharnés vis-à-vis des roselières, ou en plein ciel : Tadornes de Belon, Colvert, Sarcelle, Foulque.

Tandis que je croise un groupe de pêcheurs des compagnons de Maguelone installés à bord de leur barque à fond plat

Ils calent des filets pour récolter des poissons de l’étang : loups, soles, dorades

On en mange à leur terrasse, tout contre les vignes, accompagné d’un Insula rosé. On est soudain propulsé dans l’ailleurs de l’air du grand large, et le bleu plus vaste, plus profond.

À proximité de la berge, un héron cendré fidèle à son nid engloutit un poisson, sans se préoccuper de l’aspect dédoublé du ciel qui semble se rendre invisible.

Sur un îlot isolé un couple d’aigrettes à gorge blanche fasciné par l’image commune étang plus ciel virtuel

Pareil au potentiel de l’inconscient qui se reflète dans la mémoire, jusqu’à l’indistinction de l’un et de l’autre

L’image commune affleure, sans cesse à la merci de l’état de béatitude, d’une conscience étale qui réfléchit.

Chiméries, de Stéphane Amiot

Chimèries, poésie, éditions Unicité, 2e trimestre 2025
Préface de Pierre-Jean Brassac / photographies Emmanuel Teeles

Ce recueil rassemble des textes en prose poétique écrits entre 2016 et 2024 et explore des thèmes variés tels que l’itinérance, la mémoire, la nature et les transformations urbaines. Il s’inscrit dans une continuité poétique marquée par les influences littéraires de Lautréamont, Borges et Bashô.

FRAGMENTS

Quartier de Saint-Cyprien.
Hôpital de la Grave.

Les monstres s’accumulaient contre les ponts, colonisant les arches, happant les lampadaires comme des lucioles de printemps.
Les berges suintaient de leurs mues huileuses où se noyaient les enfants du soir.
On s’enferma dans les palais surplombant la Garonne. Sur les terrasses aériennes on dînait aux spasmes du fleuve qu’épousaient d’immenses siréniens de glace carénés de moraines. On ne vit pas les marelles s’enfoncer dans la vase ni les cours endormir les derniers cris d’école.
Les rires capitulèrent, les quais pourrissaient comme des figues, les digues se faisaient l’écho d’avalanches.
Le Dôme de la Grave disparut un matin.
Au crépuscule, des fêtards caressaient encore son sein rose.
Les rues amphibies glissèrent leurs pavés dans les limons rouges de la mangrove des Filtres.

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Le vieux qui construisait son château, de Marie-Hélène Lafond

Le vieux qui construisait son château, roman jeunesse, éditions Bougainvillier, septembre 2025
Illustrations Laura Soprano

Dans son nouveau lycée, Max a du mal à se faire des amis. Aussi quand, Diego lui propose de rentrer à pied plutôt que de prendre le car après les cours, il n’ose pas dire non.

Sur le chemin, les adolescents passent devant le terrain d’Albert, un vieil homme solitaire. Aussitôt Diego l’apostrophe et l’injurie. Max est choqué !
Le garçon ne peut s’empêcher de revenir plus tard pour en savoir plus. Il apprend alors qu’Albert est en train de… se construire un château ! Max décide lui prêter main forte et entraîne son meilleur copain, Dgibril, dans cette étonnante « mission ».

Au fil des jours, Albert et l’adolescent deviennent amis. Jusqu’au jour où Albert se fait agresser et voit son château en chantier en partie détruit…

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L’imprédictible livre (Trilogie), de Pierre Ech-Ardour

L’imprédictible livre (trilogie), recueil de poésie, éditions Phloème, juillet 2025
Illustration : Jean-Marc Barrier
4ème de couverture par Lara Dopff et Yves Ouallet.

En Polyphonique offrande un chant plénier muant l’espace où sourd le berceau de l’histoire humaine. Emportement du Cantique des cantiques est L’imprédictible livre pour que germe la lettre, où la disparition est renversée, où le seul vivant qui demeure est Livre. Sommes des songes du Livre, des écritures et des âges, ainsi est l’apothéose de la Monade Originelle.

EXTRAITS (un poème par livret)

 « Polyphonique offrande »

Berechit (*) בראשית (au commencement de) :
Médians mirages des diaprées pergolas,
longitude marine de respirations,
luisant berceau de vagues soutachées,
bordent mes arbres serpentine une rive.

(*) Pentateuque, Genèse 1,1 

Pé el-pé
 אל-פה פה (bouche à bouche)
À l’apôtre de mer
en les vagues aérées
l’immortelle chimère
est soleil acéré

Nitsots ניצוץ (étincelle) :
Inentamé silence à combler
impossible fragment d’abîme
voyage la béante faille
à l’instar de l’inimaginable absence

Bethokhah בתוכה (en elle) :
Migrante nuit des cieux altérés
fermente le frisson
de mon pétrifié rivage
à l’aulne d’un limon somnolent.

Tabur טבור (nombril) :
Intime la pensée
dénudée prend nouvelle
une lumière d’avenir

Sod סוד (secret) :
Tel le grain de sable
tout au plus innommable
préexiste inaccessible
le cri d’analogie

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Sur l’infini écho des rives du matin, de Christian Malaplate

Sur l’infini écho des rives du matin, poésie, éditions des Poètes Français, juin 2025

« Je m’interroge sur l’infini écho des rives du matin tout proche de la vie des pierres et la cohorte des insectes. Mes mots s’enroulent dans les champs de papier : feuille à feuille construisant mon identité par petits morceaux de vérité. Parfois la houle des mots fait surgir les poèmes de la soif de vivre, du désir et du doute vers les hautes terres dans l’éclaboussure des images et des forces élémentaires. Elle devient poésie des métaphores et des plaintes du monde. Elle rappelle les mythes immémoriaux dans les profondeurs et l’épaisseur du temps. »

EXTRAIT

Dans les fleuves sauvages je tente de bâtir des tours de langage

Dans les fleuves sauvages je tente de bâtir des tours de langage
Pour freiner des torrents de mots, une écriture en fusion.
Je retiens des avalées de phrases dans mes rimes intérieures
Pour ne pas être un voleur de feu.

Je prends le limon du silence pour adoucir mon exil
Et pour recueillir le sel de l’eau écumante
Sous la fine étoffe de l’alphabet au reflet profond.
Je tente de maîtriser les éléments survoltés dans la nuit.

Je ne sais quelle couleur donner aux voix assoiffées d’amour
Qui viennent de l’obscurité troubler le vent fou de la vie.
La sève impatiente essaie de recouvrir le chagrin  secret du passé.
Les augures du temps ralentissent des messages bafouillés.

Montpellier, 04 janvier 2024

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Le Temps des pluies venues de l’océan, d’André Gardies

Le Temps des pluies venues de l’océan, roman, Nouvelles éditions Noir au Blanc, juin 2025

Quand il apprend que son ex- femme Marion a été victime d’un AVC, cela agit sur Michel, le narrateur, comme un déclencheur de souvenirs enfouis. A travers une mosaïque de réminiscences, l’auteur peint le portrait d’un amour et  d’un mariage nés dans la fragilité économique, portés par l’impatience plus que par la passion, et bientôt miné par les tensions, les désirs insatisfaits et les contradictions. Le couple, profondément marqué par les événements de Mai-68, expérimente la vie communautaire, la sincérité des échanges amoureux et des engagements idéologiques, sans jamais parvenir à réellement combler son vide intime. Si les trajectoires amoureuses de Michel et Marion se croisent et se défont, entre jalousie, désir de possession et quête d’authenticité, chacun va, à sa manière, essayer de trouver sa voie.

Ce roman est aussi la mémoire collective d’une génération traversée par les Trente Glorieuses, tiraillée entre idéal et réalité, jusqu’à l’apaisement final, quand le passé est enfin devenu serein.

EXTRAIT

Il faisait encore nuit ce matin, quand le téléphone a sonné. Mélanie, ma petite-fille. Si tôt ? Il est vrai qu’il y a cinq heures de décalage avec le Portugal et que pour elle c’est le milieu de la matinée. Elle était en pleurs. Sa grand-mère, sa « mamie » comme elle l’appelle, mon « ex », a été transportée en urgence à l’hôpital. Un AVC. Les médecins ne se prononcent pas. C’est l’infirmière qui l’a trouvée inconsciente dans sa chambre qu’elle ne quittait  plus depuis quelques semaines, quand elle est venue pour les premiers soins de la journée. Elle a alerté aussitôt les services de secours et  prévenu Mélanie qui m’a informé. Trois ans que mon « ex », Marion, est partie vivre au Portugal, à Aveiro, auprès de sa petite-fille émigrée là-bas après son mariage avec un œnologue de la région. Depuis notre divorce et mon installation au Québec, nous ne nous sommes jamais revus. Plus de trente ans. Mélanie me donnait des nouvelles de temps à autre.

Ce doit être grave si les médecins  n’émettent aucun pronostic. A soixante et dix-neuf ans, le corps est si fragile. Si elle s’en sort j’espère qu’elle n’aura pas  de séquelles. L’infirmière n’a pu préciser depuis combien de temps elle était inconsciente. Si j’étais croyant je prierais pour elle

Assis sur ma chaise berçante devant la grande baie vitrée, un plaid sur les genoux, tandis que monte la clarté du jour et que s’affaiblissent les lumières de la ville, je suis, rêveur, les flocons qui virevoltent encore après la forte neige de la nuit, moins denses, aériens. Une couche fraîche d’une trentaine de centimètres recouvre le jardin, s’est amoncelée sur les chaises métalliques, fait ployer les branches des trois épinettes, coiffe les toits voisins. Le ciel est bas. Tout est calme, le calme annonciateur des journées de fin d’hiver.  Seuls quelques oiseaux s’activent. A tour de rôle, moineaux, merles et mésanges à tête noire prennent d’assaut les deux mangeoires accrochées sous l’avancée du toit.

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Des îles…, de Marie Bronsard

Des îles, chroniques a-chronologiques, éditions Domens, mai 2025

Dites, qu’avez-vous vu ? s’enquerrait avec insistance Charles Baudelaire dans son poème Le Voyage, qui a tant nourri l’imaginaire de mon adolescence quasi claustrée, que j’en sais encore par cœur la rêveuse ouverture et l’injonction imparable de sa conclusion.

À quoi je me suis efforcée de répondre par cette collection de brefs récits, concernant quelques escales dans des îles — dont la définition, les singularités de fait sont si chères à mon cœur –, traquant dans ma mémoire des scènes entraperçues, d’infimes impressions, des bulles d’anecdotes, impalpables (..), que je me suis employé à traduire, plutôt que transcrire, me gardant résolument hors sujet de leurs appâts indiscutables et reconnus de, parfois, hauts lieux touristiques, si souvent célébrés, commentés, qu’ils en paraissent galvaudés, voire un brin faisandés, et plutôt vains à  ressasser. M.B

EXTRAIT
Un dimanche matin à Mytilène

Un taxi nous avait conduits à Mytilène. Nous avions découvert, enfin retrouvé, toujours avec le même plaisir parce qu’elles se ressemblent toutes, la cité portuaire. La rue longeant le quai – et les deux gros, gris, bateaux de l’armée rangés l’un à la suite de l’autre : la Turquie n’est qu’à un jet de pierre, gardés par de jeunes militaires manifestement accablés d’ennui, et d’envie en cette soirée festive. Un trafic dense, bruyant, toutes sortes de deux roues, certaines pétaradantes, de camionnettes, d’automobiles, plus ou moins délabrées, quelques rares décapotables, plus familières qu’incongrues semble-t-il au regard du peu d’intérêt suscité, et aucune voiture, du moins visible, de location. Le samedi soir, les villes sont rendues aux autochtones, comme le dimanche les plages.

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