LES ATELIERS D’ADA : partage des savoirs 2018 (1)

Ce jeudi 22 mars 2018, une journée Partage des Savoirs a rassemblé six de nos adhérents autour du thème « Communiquer plus efficacement autour de nos événements d’auteur » (formation proposée par Françoise Renaud).

La demande de la part des participants était claire pour cet atelier : repartir de la base pour ce qui est de l’usage de certains logiciels (en particulier les logiciels courrier) afin de composer par exemple un carton d’invitation pour une lecture, une rencontre, ou une annonce de parution.
À partir d’une séquence d’analyses de messages, il a été question de formats, d’insertion et de traitement d’images, de liens hypertextes, de signatures. Et puis de composition. Des exercices pratiques ont permis de commencer à mettre en place ces nouvelles connaissances. Pour résumé : communiquer simplement et clairement, mots et images connectées, sans discours. Rien que l’essentiel pour donner envie.

Chacune (puisque nous étions toutes des femmes…) est repartie HEUREUSE… avec quelques outils informatiques et quelques savoirs indispensables supplémentaires. Un premier pas dans le développement d’une esthétique plus personnelle pour une communication en cohérence avec la nature de son travail littéraire.

 

 

Les échos après coup

Françoise virevoltante & compétente, Sylvie accueillante
Et moi (nous) ravie(s)
On en voudrait encore des journées comme celle-là
Où chaleur et initiation font si bon ménage.
Jeanne

Après cette mise au point sur « Qu’est ce que la communication aujourd’hui » via des exemples concrets, je suis repartie avec une énergie nouvelle, allégée des vieux codes de convenance, enrichie de nouvelles pistes de créativité à explorer. Maintenant, y’a plus qu’à !
Hélène

J’ai plus appris en cette journée que dans les différents stages (décevants) non spécifiques aux auteurs.Merci à toutes pour ce bain dynamisant qui me redonne du cœur à l’ouvrage…. (j’en avais, je l’avoue, grand besoin)
Anne-Marie

Réfléchir ensemble dans un cadre aussi accueillant – merci Sylvie !,
avec une formatrice si compétente et attentive – merci Françoise !,
quel bonheur d’apprendre…
Partager le pique-nique au soleil dans le jardin, faire la connaissance d’adaïstes jamais rencontrées, on ne pense qu’à recommencer…
En toute amitié !
Line

Est-ce possible d’allier efficacité, convivialité, harmonie du groupe et travail personnel ? Oui ! Ce jeudi 23 mars, nous en avons eu la preuve.
Merci Françoise pour ta pédagogie et ta patience.
Merci Sylvie de nous avoir ouvert ton havre de paix.
Jeanine

ADA fait sa comédie – Auteurs en lecture, 2017

  

Auteurs en lecture

Rafraîchissant
« Il était si convaincant, le Petit Nicolas*, lorsqu’il nous a raconté ses histoires de gamin, son papa poète, son prénom rétro, ses papiers irisés, ses manœuvres de conjuration pour se protéger des filles…
Joli mélange, ce Grec à l’accent Belge qui fait parler ses mais comme un gars du Midi !
Grand merci, Nicolas, tu nous as régalés avec ton récit enlevé et ton humour, ta fraîcheur, ton entrain ! » (Line Fromental)

« Cette rencontre, organisée de main de maître par Raymond Alcovère réunissait, outre le « petit Nicolas », d’autres auteurs ADA qui ont su nous émouvoir, comme Anne-Marie Jeanjean ou Sandrine Willems. En contrepoint final, Geneviève Gavignaud-Fontaine nous parlait avec maestria des notions de justice et d’égalité dans la Grèce antique. Un très bon moment !
On croise les doigts pour que ces lectures se pérennisent dans la nouvelle Région.» (Joëlle Wintrebert)

Mon dimanche – Comédie du Livre
« Jour de lecture donc… et c’était un grand plaisir pour la poète sauvage et solitaire que je suis, de me retrouver avec des personnes liées à l’écriture dans des expressions très diverses. Chaque fois, cela produit un effet dynamisant que j’apprécie infiniment.
L’objectif de cette lecture étant si j’ai bien compris, la valorisation des écrivains, il me paraît important de pointer deux petits points faibles.
1 – Le titre : un titre très parlant (« Cap sur… », J’avais proposé, mais trop tard : La Grèce : des liens singuliers, etc.) un titre -comme tout- se travaille. Sans doute serait-il utile de demander aux prochains participants des propositions en même temps que leur texte.
2 – Présentation d’ensemble : … aussi se travaille….
– Le mot formation* est à bannir : c’est le montage et des voix et des textes les uns par rapport aux autres qui avec Cépage d’encre, s’est effectivement préparé …comme toute lecture en public. (Parle t-on de formation pour des préparations de lecture avec ou sans comédien …?!)
– Nous ne sortions pas d’un atelier d’écriture !!! (ce n’est pas un hasard si les auteurs impliqués se retrouvaient là, en phase avec le pays invité : c’est souvent un long cheminement, et pour la Grèce sans doute encore davantage… pour des raisons évidentes.

La banalisation par le titre et par la présentation ne va-t-elle pas à l’encontre du but recherché ? Heureusement la belle diversité de l’ensemble -soulignée par l’articulation des impros musicales de Max Greze et des présentations de Raymond Alcovère- a aisément capté l’attention du public. Dommage pour l’enregistrement raté ! Cela complète bien les photographies. J’ai eu de très bons retours côté public.
Très limitée par le temps, je n’ai pu que m’attarder un peu vers les ateliers proposés non loin de l’espace rencontres et j’ai pu feuilleter de petites merveilles présentées par les Carcassonnais. C’était aussi un grand plaisir de voir des enfants travailler la gravure et d’autres s’émerveiller devant le papier chinois. Malgré mes regrets de ne pouvoir aller sur les différents stands, je garde un très bon souvenir de cette journée et remercie vivement ADA pour son implication.» (Anne-Marie Jeanjean)

Photographies – 1: Auteurs en lecture / 2: Nicolas Ancion / 3: Max Grèze / 4: Sandrine Willems (images LR2L & Line Fromental)

Quelques-uns d’entre nous en signature sur les stands.

  

« Il a fait froid, il a fait chaud. Très chaud même le dimanche. On a mangé pas mal de poussière, nos livres recouverts et nos cheveux épaissis de terre soulevée sur l’Esplanade par un vent fort. Hormis ces conditions changeantes, on a vu du monde, on a causé, on a signé. On s’est retrouvés aussi, auteurs, libraires, amitiés construites au fil des rencontres et des salons. C’est ça la Comédie…» (Françoise Renaud)

Photographies – 1: François Szabo / 2: Françoise Renaud / 3: Janine Teisson / 4: André Gardies, Caroline Fabre-Rousseau, Florence Vertanessian (images Line Fromental)

 

Souvenir, par Line Fromental

Beaucoup s’interrogent régulièrement sur l’utilité de notre association d’auteurs.
C’est quoi ADA (Autour des Auteurs) ? ça sert à quoi ADA ? Êtes-vous sûrs que notre association ne fait pas double emploi ? Est-ce bien utile de la maintenir, sans crédits d’aucune part, sans activité propre, sans idées nouvelles ? Personnellement, je réponds invariablement : ADA m’a permis de rencontrer des gens que je n’avais aucune chance de rencontrer ailleurs. Et, ma foi, c’est bête à dire, mais il n’y a pas que des idiots dans cette association…

Vos messages suite à la disparition subite de Jacques, qu’ils soient « perso » ou « sur la liste », montent que ADA est une vraie famille d’auteurs.
Jacques, un peu en manque de famille et tellement adorateur de mots, y a tout de suite trouvé sa place. Il lisait les interventions sur la liste, il consultait le blog et intervenait quelquefois, il aimait plus que tout nos repas mensuels.

J’ai travaillé près de 30 ans avec ce fidèle en amitié.
Vous l’avez bien décrit. Réservé et attentif, bourru et souriant, intelligent et doux. Il restera, pour tous ceux qui l’ont approché, l’ami Jacques.
Il était aussi celui qui aime partager ce qu’il sait.
Il a longtemps « fait le journaliste ». De ses pages Nature & Patrimoine, dans Midi Libre du dimanche, il disait : « elles doivent, en racontant par l’anecdote, toujours apprendre quelque chose au lecteur ».
Grand admirateur de Brassens, poète à ses heures, riche de ses innombrables lectures, il se souvenait toujours au bon moment du détail biographique d’un auteur dont vous ne connaissiez même pas l’existence, de la citation exacte lorsqu’elle a été tronquée dans un article, de la phrase musicale de tel jazzman des années vingt qui n’a enregistré que trois morceaux à Philadelphie…
Et lorsque l’on s’extasiait sur sa mémoire du détail, Jacques rigolait : « c’est ce que j’appelle ma culture poil-du-cul » !
Jacques le modeste avait une autre qualité, si rare elle aussi, il n’avait jamais que du bien à dire lorsqu’il parlait de quelqu’un.

Voilà, c’était juste pour compléter ce que vous avez si justement écrit.
Il sera inhumé à Mazamet, ce jeudi 19 à 14 h. J’y emmènerai pour vous tous le meilleur souvenir des Adaïstes !

Line

Portrait de Jacques Bruyère, par Line Fromental

Miroir, mon beau miroir…(épilogue), de Nicolas Gouzy

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Je lève un bras vengeur et… tout dérape ! Je m’y attendais un chouïa. Mon coup rencontre le vide ! Ma masse empêtrée dans les droïdes, emportée par son poids, file à travers le trou-miroir sans rencontrer la moindre résistance, comme si je l’avais projetée à travers une  ouverture dans la cloison. Déséquilibré, je trébuche et me vautre sur le lavabo que je percute la boule en premier, plein fer sur le rebord, KO, fondu au noir !

Je me réveille dans l’état que vous imaginez…Mon premier réflexe est de vérifier cet état dans le miroir, évidemment. Figurez-vous que je m’y vois ! Normalement, avec tout partout, et dans le bon décor cette fois ! Je ne suis pas beau à voir mais c’est un tel soulagement que j’embrasserais bien mon reflet. Quel bonheur de voir cet hématome bleui et gonflé me recouvrant la moitié de la figure, cette lèvre fendue soulignée par un filet de sang coagulé ! Je ne peux regarder qu’avec l’œil droit, l’autre est gonflé, quasi fermé, mais c’est un régal ! Mes esprits me reviennent peu à peu, comme mon reflet m’est revenu et justement…Merde ! Quelque-chose cloche. Là-bas, dans le reflet, la masse a fracassé la paroi vitrée de la douche et la serviette Star-Wars gît sur une jonchée de verre brisé. Je me retourne. Tout est intact « chez moi ». Je tâte le miroir de la main, lisse, dur et frais. Le coup sur la tête a dû me faire perdre les pédales. J’ai tout rêvé dans le temps de mon petit coma, allongé sur le carrelage. Rien de tout ceci n’est arrivé et dans quelques secondes les deux côtés de mon miroir seront enfin semblables.

C’est ce que je pense, ce que je souhaite, ce que j’espère. Je vais chercher de la glace dans le congélateur de mon frigo pour me mettre sur la tronche. Je farfouillerai dans les placards pour trouver de l’aspirine quelque part et un whisky aussi. Peut pas faire de mal, vu l’état du buveur. Mais sitôt le seuil de la salle de bains franchi, j’entends dans mon dos un fracas de verre brisé et un autre choc, sourd, au sol. Je me retourne suffisamment vite pour englober dans un seul coup de l’œil qui me reste : la version face de la paroi de douche ravagée et l’image du dos d’un « moi-pile », quittant l’autre-côté de ma salle de bains dévastée « pour de vrai » tout en me faisant un doigt d’honneur tout à fait terrifiant.

Miroir, mon beau miroir… (6), de Nicolas Gouzy

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…/… La farce a assez duré. Même si le bouquet « voyeur planétaire » m’est offert sans abonnement, je trouve ça indécent. Je ne connais pas de lieu plus intime et plus secret qu’une salle de bains, même pas la chambre à coucher ouverte pourtant à tous les sextapes, comme les moulins de l’ancien temps étaient ouverts à tous les vents. La salle de bains c’est le lieu de l’abandon par excellence, le lieu de l’aveu, là où santé, propreté et beauté échappent encore un peu aux diktats et aux regards inquisiteurs d’une société obsédée par la performance. Le matin, à 6-7 heures, tu performes rien du tout, tu rampes, tu râles, tu éructes, tu craches, tu pètes, tu te cures les oreilles, tu essaies de venir à bout des mèches rebelles d’une tignasse informe. Et je ne parle même pas des batailles qu’y livrent les femmes… La salle de bains est l’endroit où se concentrent les tabous sur les corps nus, les vérités sur les silhouettes imparfaites, sur les cicatrices, les prothèses, sur les petites tromperies que permet un maquillage discret et même sur les grands ravalements. C’est aussi le lieu de toutes les promesses : celle du poids idéal reconquis comme celui de la beauté conforme et conquérante.
Vous n’imaginez pas une option « share » bombardant sur Youtube vos aventures balnéaires démaquillées, flasques et hésitantes ? Non ? Alors vous comprendrez ma décision du moment. Je fonce chez le Bricotout le plus proche. En route, je m’étais plus ou moins décidé pour un marteau arrache-clous. Il y en a de magnifiques, tout inox, aux manches gainés de caoutchouc noir, sans doute pour menuisiers sadomasos. Mais une masse à manche court, d’un bon kilo et demi, emporte finalement ma décision.

L’instant de l’hallali vitrier est arrivé. Je suis un peu fébrile et j’ai les mains moites. Je n’aurais pas fait un bon bourreau.
Dans ma salle de bains, R2D2 et C3PO sont toujours cramponnés au « démiroir ». Tant mieux, je frapperai dessus pour éviter les éclats. Je débarrasse les bords de la vasque du petit merdier qui l’encombre et en recouvre le fonds d’une seconde serviette de toilette pour y recueillir les morceaux. Ça va cogner. …/…

Miroir, mon beau miroir…(5), de Nicolas Gouzy

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…/… Après la surprise et l’enthousiasme (ou l’effroi) viennent l’habitude et l’ennui, puis le désintérêt. Rapidement pour moi qui, depuis tout petit, m’enflammait quasiment spontanément pour tout délaisser aussi rapidement. Une sorte de lassitude me prit. Non pas que le phénomène en lui-même cessât d’être surprenant, non, mais sa tranquille manifestation au cœur de l’environnement tellement anodin de ma salle de bains le…pacifiait. J’éteignis mon smart, j’avais enregistré bien assez de néant. Je songeais prosaïquement à remplacer mon miroir, comme s’il était simplement défectueux. Peut-être par une armoirette à pharmacie pour ranger les trois Dolirhume qui me restaient d’un refroidissement hivernal. Existait-il une « garantie reflet » sur les nouveaux modèles ? Un interrupteur discret sur les miroirs haut de gamme dont la fonction était de gommer son image lorsqu’elle ne vous plaisait pas, ou plus ? Mais mon miroir avait plus d’un tour dans son sac. Il mit à profit les trente secondes pendant lesquelles je lui tournais le dos (pour pisser un coup) et changea ses sournoiseries. Un court instant je me suis lavé les mains machinalement. Le filet d’eau s’écrasait sur rien, éparpillait filets et gouttelettes sur mes mains invisibles puis coulait au fond de la vasque…qui n’était plus la mienne ! Je levais les yeux pour observer une autre salle de bains, rien de moins ! Cela valait bien le bond arrière qui me propulsa dans la douche. Voilà que mon miroir ouvrait une nouvelle fenêtre vers une autre réalité, puis une autre, une autre encore, toutes les cinq secondes environ. Un stroboscope balnéaire, pas moins, peuplé d’autres figures, de dizaines de personnes. Là y’avait de quoi rester coi ! Je n’eus même pas le réflexe de me remettre à filmer, trop hypnotisé par ce spectacle hallucinant, comme médusé. A chaque fois qu’un nouveau visage me fixait, je sursautais, m’imaginant devenir l’image inversée d’un anonyme lointain s’observant sans trop se voir pour, peut-être, me découvrir tout d’un coup, passager clandestin de son miroir, ahuri, yeux écarquillés et bouche ouverte, en train de le fixer depuis mon côté. Quelquefois l’image était vide d’humains, je n’y voyais qu’un décor plus ou moins réussi, puis tout soudain mon miroir me montrait un jeune couple, une famille pressée et puis encore et toujours cette enfilade de bustes plus ou moins dénudés, plus ou moins bien faits, surmontés de leurs têtes attitrées, par milliers…Pour calmer le vertige qui m’envahit alors je jetais une serviette de bains sur cette farce aliénée, me servant des deux appliques latérales pour tendre un écran opaque entre mon monde et tous ces autres. Les deux droïdes de Star Wars (geekitude oblige)  sur lesquels j’essuyais ma figure et mes fesses depuis une semaine allaient me protéger de ce déferlement, le temps que j’avise. …/…

Miroir, mon beau miroir…(4), de Nicolas Gouzy

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…/… Ce coup-ci je vais tout filmer avec mon smartphone, on verra plus tard à en tirer quelque chose d’exploitable. Si je ne m’y vois plus et bien mon smartphone ne m’y verra pas non plus, quoique… Et s’il se passe des choses incongrues, j’aurai au moins de quoi m’interroger plus tard, à tête reposée. J’appréhende un peu, juste le temps de faire ces quelques pas si familiers et tant de fois parcourus. Mon miroir me semble calme, il se repaît tranquillement d’une image unique et vide de moi, encore et toujours. Je remplis le disque dur de mon téléphone de longues minutes de vacuité. J’aurai tout aussi bien pu filmer directement un long plan séquence de mes produits de toilette, cela aurait été tout aussi excitant. Mais là, en zoomant un peu (on fait tout ce qu’on veut avec cette appli) on distingue parfaitement les marques et les slogans des dits produits lisibles en spéculaire. Mon shampoing tout bête et raide dans son flacon vert fluo devient donc une sorte de potion alchimique inventée par Léonard de Vinci et tout à l’avenant. Ça me met un peu la tête à l’envers. Je finis par m’habituer à ne plus voir mon reflet. C’est même plutôt tranquille de ne pas être stupidement là à prendre sa droite pour sa gauche, à s’admirer ou bien à expertiser ses défauts physiques en pensant qu’ils trahissent votre âge, vos manquements, vos penchants, vos addictions même. Disparaître à soi-même…Gommer le support matinal d’une crise d’ego qui risque de vous pourrir toute la journée. Si j’étais un miroir j’en aurais moi-aussi vite plein le cadre de refléter mimiques, grimaces, coiffures loupées, maquillages hâtifs, mines défaites et dents jaunies. Sans parler acné, boutons d’herpès, points noirs, gingivites, gargarismes, cotons tiges, saignements de nez et autres joyeusetés, car, pensez-y, un miroir de salle de bains ça voit tout ça aussi. J’accorde donc au mien le droit d’une grève temporaire ou d’un congé, le droit d’aller refléter ailleurs, le droit au bonheur d’inverser enfin de beaux visages et pas ma trogne hirsute d’écrivain alcoolique tentant de gommer les séquelles d’une nuit blanche. Je me dis que la clef pour le paranormal c’est de l’apprivoiser, d’en trouver le côté prosaïque, la raison bête et flagrante pour laquelle une petite ou une grosse bizarrerie tente d’envahir votre vie. Mais c’est toujours une affaire de réciprocité et, pour le coup, je suis un peu en peine…./…

Miroir, mon beau miroir…(3), de Nicolas Gouzy

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…/… Pas trop loin non plus. Je m’écroule sur le canapé/pouf/lit d’appoint du salon/cuisine/pièce à tout de mon appartement, le cœur battant la chamade, au bord des lèvres aussi. Certains ont des monstres sous le lit, des araignées au plafond et des cadavres dans le placard, moi j’ai hérité d’un miroir en retard ! Je m’exhorte au calme et à la réflexion. Des nèfles ! Combien de fois me suis-je dit, en regardant un documentaire sur le surnaturel : « C’est le bordel leurs techniques pour enregistrer des manifestations paranormales, pas étonnant qu’ils chopent rien de plus probant qu’un couinement de porte, faudrait changer leurs protocoles » ? Mais je n’avais pas imaginé comment une intrusion paranormale, (même poétique parce que mon image « rediffusée »  ne m’avait pas sauté à la figure pour me dévorer, du moins pas encore), pouvait vous priver de tout sens critique et vous laisser sidéré, le cerveau tournant à plein régime mais à vide, sans pouvoir embrayer sur une idée constructive. J’ai été nourri et je me gave encore de tout ce que les studios de cinéma du monde entier peuvent produire d’histoires fêlées, dérangées, dérangeantes, hallucinées et j’en passe. Ce n’est pas à proprement parler une « culture », c’est une distraction envahissante, un long catalogue d’images, de situations, de climax et de characters  qui finissent par devenir familiers au point d’être prévisibles, quelquefois lassants dans leur répétition même. Là, pas loin, je tiens quelque chose d’unique, de perso, un événement dont je suis le héros malgré lui, malgré moi. Il faut que j’assume, j’ai l’âge. Lorsque j’ai emménagé, j’ai hérité des anciens locataires à peu près tout ce qui meuble l’appart encore aujourd’hui. Sauf deux ou trois bricoles, cafetière, brosse à dents, trois photos fétiches et deux vieux doudous. La flemme d’aller chez Ikea pour acheter les mêmes merdes que des milliers d’autres pékins et pas les ronds pour du design classe, autant conserver ce que mes prédécesseurs m’avaient cédé. Pourvu que le miroir fêlé n’ait pas enregistré leurs milliers d’heures balnéaires et décidé de me les repasser en mode rewind ! Comme on ne règle pas les horaires d’enregistrement sur un miroir (enfin je ne crois pas) pas moyen de prévoir quoi que ce soit. Avant de prendre une décision radicale et de le dérégler une bonne fois pour toutes en y pétant sa face à coups de marteau (qu’il va falloir que j’aille acheter et tant pis pour les sept ans de malheur promis), il faut que nous ayons un entretien, en face à face si je puis dire. …/…

Miroir, mon beau miroir…(2), de Nicolas Gouzy

 

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…/… Je décide de surseoir à toute autre investigation (Je sursois très bien, une autre forme de procrastination, j’ai souvent sursis, pour le service militaire, pour une petite peine d’emprisonnement aussi, un sursis c’est toujours bon à prendre) et je pars « réfléchir » au bistrot du quartier où je bois mon petit jus du matin. Je jette tout de même un œil inquiet à tout ce qui mire, reflète, renvoie, incidemment ou directement, une image de moi. C’est bon, y’en a, plein, des mire-moi. Pavés lustrés du hall, rétroviseurs des voitures alignées le long des trottoirs, glaces et vitrines de la rue, grand miroir du bar, lunettes de Gégé, métal argenté d’une salière oubliée, reflets bombés des deux côtés de la petite cuiller, je peuple dignement mon monde d’inversions plus ou moins déformées de mon moi encore un peu inquiet. Avouez qu’il y a de quoi ! J’en suis là et j’en suis las. Il ne me revient pas d’histoires de reflets qui se sont barrés de leurs miroirs ou bien de miroirs fatigués de refléter leurs propriétaires. Il y a bien les vampires que la mythologie hollywoodienne prive du reflet allégorique de leur âme disparue. Il y a bien Alice qui passe de l’autre côté. Il y a ceux sans tain qui dissimulent des voyeurs, psychopathes, profilers, inspecteurs et autres lance-flammes vengeurs. Il y a bien des choses en plus, en plus ou moins malveillant, malvoyant, qui apparaissent dedans, mais en moins…Je ne vois pas. Comme j’ai la chance ( ?) de ne pas avoir à aller bosser à l’autre bout de la ville puisque mon bureau c’est chez moi, je rentre au boulot. J’ai deux ou trois papiers à la con à écrire sur des glaces tendance en pots tendance dont le glacier-tendanceur n’a pas eu la délicatesse de m’en faire livrer quelques échantillons. Je vais improviser. Tant pis pour lui. Le miroir de mon couloir me renvoie poliment une image matinale dans laquelle, bien qu’habillé, je reste gris et fatigué. C’est un bon début de retour à la normalité. J’ai dû laisser la lumière allumée au-dessus du miroir vide la salle de bains car un rai lumineux filtre sous la porte…Je prends mon courage à deux mains (en vérité, pour ce que j’en ai, je pourrais aussi bien le pincer entre deux doigts), j’ouvre et décide d’en avoir le cœur et les yeux nets. Je ne comprends pas tout, du premier coup, tout d’un coup… Je vois…Je me vois ! Me déshabiller, entrer dans la douche, pisser sur la bonde (disons que ça vous ne l’avez pas vu), ouvrir l’eau, me savonner, me rincer, me sécher, puis me pencher vers le grand miroir scellé au-dessus du lavabo, essuyer la buée et me regarder, ébahi ! Ce con de truc m’a enregistré et il se repasse la scène. Je suis devant et maintenant je me vois en train de tenter de me voir, hagard, cherchant des yeux mon regard ! Alors je crie et je m’enfuis ! …/…

(à suivre)

L’assemblée générale de l’association, 25 février 2016

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Notre assemblée générale s’est tenue le jeudi 25 février 2016 à la salle Pétrarque à Montpellier. Un moment très convivial a suivi la réunion, l’occasion de croiser certains de nos adhérents qui se font plus rares en cours d’année. Merci à tous pour vos présences.

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Images volées par Thierry Crouzet et Philippe Castelneau