Michaël Glück au Marché de la Poésie, Paris, du 5 au 9 juin 2019

Michaël Glück sera présent sur le Marché de la Poésie, Place Saint-Sulpice à Paris du 5 au 9 juin

 

Mercredi 5
18h L’Amourier, 208

Jeudi 6
15h Lanskine, 610
18h L’Amourier, 208

Vendredi 7
14h  Propos 2, 508-512
16h L’Amourier, 208
17h 17h30 Lanskine, 610
17h faï fioc, 607
18h30 Les Carnets du Dessert de Lune, 209-516

Samedi 8
14h Lanskine, 610
18h à 20h L’Amourier, 208

Dimanche 9
15h Lanskine, 610
16h L’Amourier, 208

Quand Jérémi devient Edgar, par Françoise Renaud

Représentations, premier album CD signé Aster et Edgar.

ASTER&EDGAR

On connaissait Jérémi Sauvage écrivain et voilà qu’on le découvre arrangeur, compositeur, directeur musical. Et aussi musicien. À la guitare acoustique, ça déménage, ça décolle, ça décoiffe. Le voilà devenu Edgar aux lunettes noires à la voix rauque et à la mèche rebelle. Sa partenaire Nathalie Auger a une voix savoureuse. Elle écrit les textes. Murmure, susurre, mange des caramels mous, nous grignote l’oreille. À chaque tournant elle donne envie d’être gourmand.
Alors on écoute, on se laisse faire, on se glisse avec eux dans les draps.

Dix chansons – Des bulles bleues, Complexe, Bad boys, Éternel… – qui parlent de la vie, de l’amour, des départs, des mots et des vivants.

Ô toi, l’humus de mes émois
Terreau riche et fertile parfois
J’aime me rouler dans ton limon
Danser la gigue, manger du lion […]

Dix chansons rock sensuelles et ardentes, aussi brûlantes que du caramel fondu. Ça mord dans le vif, dans la chair. C’est exquis.
À écouter en boucle.

Représentations, CD, Le Clau productions, février 2016
le site ASTER ET EDGAR

La Piscine, revue graphique et littéraire, N°0

La Piscine est une revue graphique et littéraire, en diptyque, à lire tête-bêche. Deux côtés, une face A en couleur et une face B en noir et blanc, à retourner comme nos beaux vieux disques vinyle. Une maquette élégante, une impression soignée. Un projet simple et ambitieux : diffuser la création contemporaine dans une publication à la fois belle et exigeante, qui réunit les auteurs et artistes que nous aimons, dont nous suivons le travail et partageons la sensibilité.
La revue publie tout genre de littérature et d’arts visuels : poésie contemporaine, prose poétique, fiction ou non-fiction et arts graphiques au sens large (dessins, photographies, gravures, etc.)
Certains auteurs sont connus, d’autres moins, et on peut y retrouver des auteurs de la région.

 

Revue La Piscine (semestriel) — Format 21 x 27 cm couverture sur offset 250 g/m — 72 pages intérieures sur offset 120 g/m — Dos carré cousu — ISSN en cours
N° 0 — thème H2O : 15 € — déjà disponible
Le numéro zéro est en vente ici : http://j.mp/LaPiscineH20

La Piscine est une publication des Éditions La Cyprière
Comité de rédaction : Louise Imagine, Alain Mouton, Christophe Sanchez et Philippe Castelneau

Pascal Gabellone in memoriam

Un hommage rendu par François Szabó au poète

Pascal Gabellone, dessin de Jacques Basse

Pascal Gabellone nous a quittés en mai 2015, mais demeure la trace qu’il a laissé à ses proches ainsi qu’à ses collègues, ses élèves, ses lecteurs. Son art consommé de la tendresse et de la finesse de son appréhension du monde.
Une sensibilité artistique que l’on retrouve dans son œuvre poétique et critique : Que ce soit dans La Blessure du réel où l’artiste est à l’épreuve du monde, expérience charnelle et parfois tragique où l’art permet la cicatrisation et la spiritualité la sublimation, ou que ce soit dans L’Inhabité où l’on retrouve la douleur peu à peu éloignée où la distance et l’absence sont apprivoisées.
Il est notable que sa dernière publication à ce jour, essai en italien publié chez Anterem Fra Terra e Cielo marque la résidence du poète sur Terre puis au Ciel.
Ses compagnons littéraires de vie : Ungaretti par l’expérience vécue transmise, Paul Celan pour la catharsis et l’art en marche, Mallarmé pour l’abstraction restreinte, compagnie jamais défaillante qui lui permit d’œuvrer sur le poétique, quête et mode de vie adoptée au quotidien.
C’est avec Un regard sur les confins, sous-titre de Fra Terra e Cielo, que son attention s’est portée aussi sur les présences splendides de Blanchot et Leopardi, où l’écriture est un champ d’exploration et un chant salvateur.
L’ultime demeure, il l’a trouvée, après cet écart entre Terre et Ciel. Si loin et si proche dans la teneur sensible, topos de toutes les réconciliations et avec la sérénité dans la grâce.

 Illustration : Portrait de Pascal Gabellone, dessin de Jacques Basse

Je crée, tu crées, il crée, nous crayons, vous créez, ils crient, de Guth Joly

dessin de Guth Joly

On a avancé par rapport à la société du XIX°, par rapport au XX° dans un certain nombre de pays et on va continuer d’avancer parce qu’il y a trop de gens qui meurent pour que cela dure. On ira sûrement au ralenti, l’important est qu’on ne recule pas. C’est long mais qui pourrait accepter cette image que j’ai trouvée en ouvrant Yahoo ce matin d’un enfant de dix ans tuant deux russes? Est-ce qu’on va accepter la jeunesse jihadiste comme on a accepté la jeunesse hitlérienne? On est mieux informés non ? et… impuissants, je l’accorde, et empêtrés dans des solutions sans financement (je pense à des psy à l’école, des professeurs d’histoire pour y voir clair, des ateliers artistiques et autres cellules de réflexion et de création).

Je sais que la haine attise la haine et qu’on n’est pas à l’abri. Ce qui est pire, c’est la masse inerte, énorme, des peureux qui n’osent rien dire et qui est la matière première des dictatures. Aujourd’hui, on connait bien les conséquences de cette inertie, de ces lâchetés, l’histoire nous les a apprises. Je sais que certains vont répliquer et que la connerie œil pour œil, dent pour dent, va fleurir. Mais on sait aussi plus qu’avant quelles conséquences elles auraient. Je ne pense pas qu’on va partir comme en quatorze la fleur au fusil. Cela va concerner une poignée.
L’important c’est ceux que ça a réveillés. Lire la suite…

Hommage, de Claude Ecken

montage photo de Claude Ecken

Le choc, les larmes, la colère.
Ensuite les réactions, les questions, les débats. L’ensemble des problèmes de nos sociétés déboule sur la scène, sans nous laisser le temps de faire notre deuil.
L’équipe de Charlie Hebdo a aussi dû essuyer les hommages collatéraux.
Elle ne saurait se reconnaître dans toutes les initiatives ni approuver l’ensemble des discours faits en leur nom.
Il est probable aussi que des soutiens ralliés sous la bannière de Charlie hebdo fronceront le nez en ouvrant le journal pour la première fois, après la tragédie. Ils n’y verront pourtant que le témoignage de la plus libre expression, sans égards ni compromis envers quiconque ni quelque idéologie que ce soit, sans agressivité non plus, sans règlement de comptes, faut-il le rappeler ? quand bien même se sentent agressés ceux qui s’y trouvent raillés. Mais allez expliquer cela à ceux qui prennent la mouche, campés sur des certitudes, bardés de convictions dont ils entendent que tout le monde les partage.

C’est en cela que ces dessinateurs et ces chroniqueurs sont salutaires et qu’il faut leur dire merci ! Merci d’être là depuis si longtemps !
Merci de défendre nos libertés ! Il y a quelque ironie à considérer que, sans l’attentat, Charlie Hebdo se serait éteint dans l’indifférence et l’anonymat, faute de finances et de lecteurs suffisants. Pire encore : qu’un journal satirique soit devenu l’emblème de la nation ressemblerait presque à une farce drolatique si les circonstances n’avaient été aussi tragiques.
C’est la raison pour laquelle aussi il convient de le défendre quelles que soient nos idées, car s’il ne les incarne pas toutes, il contribue à les rendre toutes possibles.
Ne céder sur rien, c’est ce que les auteurs de Charlie Hebdo ont toujours prôné, à leur façon iconoclaste, provocatrice, forcément dérangeante. Résolument potache, avec ce qu’il faut de vulgarité pour interpeller. Parce que l’outrance et le mauvais goût font parfois plus pour éveiller les consciences que les arguments bien léchés de la pensée de salon n’ébranlent les certitudes. Lire la suite…

Réflexion, de Michel Théron

Laïcité, de Michel Théron

Face aux horribles assassinats qui viennent de se produire, le premier mouvement a été la stupeur, la sidération. Le deuxième, la compassion, l’empathie, toutes marques d’émotion. Ces réactions-réflexes sont inévitables, et évidemment je les ai eues moi-même. Mais ensuite doit venir, et de cela je voudrais bien être sûr, sans en être pour autant persuadé, le moment de la réflexion.

Il est évident que le terrorisme s’est installé sur le chaos qu’ont créé les interventions impérialistes des puissances occidentales dans des pays qu’elles connaissaient très mal. Le prétexte a été l’instauration chez ces pays d’une démocratie, mais on n’a pas assez réfléchi qu’on n’y vient pas en un clin d’œil, en partant d’un régime tyrannique. Chez nous même, la démocratie s’est installée lentement, et au prix de beaucoup d’épreuves et de souffrances. À tout le moins, l’Occident s’est montré extrêmement léger dans son analyse, si du moins analyse de ce type il y a eu, car je pense qu’on s’en est tenu à la politique, bien banale de la part de pays anciennement colonisateurs, de la canonnière. L’enjeu bien sûr était bien moins noble que celui de la démocratie : l’intérêt économique des pays intervenants, le pétrole au Moyen-Orient, les richesses minières du Mali. L’indignation actuelle de beaucoup de dirigeants qui ont défilé pour la « liberté d’expression » n’est que de la tartuferie.

En second lieu, puisqu’on situe les attentats actuels par rapport au fait religieux, je pense qu’on ne défendra jamais assez et dans tous les cas la laïcité, qui fait relever la religion de l’espace privé et de celui du culte, et qui la prohibe radicalement de l’espace public. Il ne faut pas transiger là-dessus, et ceux qui sont pour une « laïcité positive », c’est-à dire plus ou moins tolérante quant aux intrusions religieuses dans l’espace public, ne savent pas à quoi ils s’exposent. Aussi, lors des défilés de protestation, j’aurais bien aimé qu’au lieu du compassionnel « Je suis Charlie ! », répété comme un mantra mais qui ne dépasse pas le stade de l’émotion, on ait vu ou entendu : « Pour la laïcité ! ». Mais il est vrai que cela eût demandé plus de réflexion !

Illustration : Montage de Michel Théron

Ce texte paraît également dans la rubrique habituelle de Michel Théron  (À contre-courant) du journal Golias Hebdo.

 

On les aimait

Photo Isa Prince

Photo Isa Prince

Bernard Maris est décédé le 7 janvier 2015 dans le tragique attentat contre Charlie-Hebdo.
Jean Cornil l’avait rencontré chez lui à Paris il y quelques mois. Il était un homme généreux,  attachant, subtil et passionnant.
Bernard Maris avait signé l’édito du numéro spécial de Charlie-Hebdo sur la laïcité.

Nous vous proposons cette rencontre en hommage à un homme profondément humaniste et à toutes les victimes de cet épouvantable assassinat.
Vous pouvez visionner ce film ici.

Et pour ceux qui auraient envie de passer un peu de temps avec l’œuvre dessinée de Cabu, Charb, Honoré, Tignous, Wolinski, vous pouvez voir et revoir leurs dessins en grand format.

 

Et moi, on m'oublie, d'Henri Lehalle

 Francisco José de Goya y_Lucientes - The sleep of reason produces monsters

Et moi, on m’oublie ?
Dieu, Dieu, Dieu, Dieu. Il n’y en a que pour Lui.
Allons, soyez méchants, pensez un peu à moi, nom de Lui !
Voyez le mal que je me donne pour conduire l’humanité à sa perte, maintenant et pour les siècles des siècles. Bref, le plus vite possible.

Oh, ici, je ne suis pas tout seul. Je ne me plains pas, Il est obligé de m’envoyer du monde : financiers, exploiteurs, imprécateurs de toute confession, professeurs vendus au grand capital, marchands de canons ou de kalach… Cela fait beaucoup.
Mais l’ambiance est morose ils passent leur temps à se chamailler pour savoir qui sera le plus loin du feu.
Alors, pour me distraire, cela fait des années que j’attendais ceux de Charlie.
Iconoclastes, pornographes, blasphémateurs, érotomanes (et woman), j’étais certain de les récupérer, tous ces sapajous et moules à gaufres que j’aurais cuisinés pour l’éternité.
D’ailleurs, ils voulaient venir avec moi, se disant qu’on est mieux en bas, au coin du feu, plutôt que dans les nuées qu’ils pensaient solennelles et glacées.
Et voilà, un petit moment d’inattention de ma part et toc, j’envoie mes tristes exécuteurs en faire des martyrs de la liberté.
Alors, Lui, évidemment, Il se les récupère. Il est trop bon. Parfois même il se garde les poseurs de bombes pensant qu’ils ont eu une enfance difficile, pas de chance dans la vie ou qu’ils ont été manipulés par d’autres… A quoi ça sert que je me décarcasse ? Mais rassurez-vous, leurs commanditaires sont toujours avec moi.

Entre nous, des humoristes, j’en ai raté beaucoup : Reiser, Coluche, Cavanna, Gébé… même le Professeur Choron, et bien d’autres. Maintenant ils sont là-haut pour la fête éternelle !
« T’avais qu’à pas te prendre pour moi » qu’il me dit, Lui.
Mais le pire c’est la suite. Désormais vous êtes tous des Charlies. Vous marchez tous ensemble, parlant de solidarité, de respect des autres, d’amour… Tout le monde se marie avec tout le monde… Quelle horreur ! Où va-t-on ?
Par tous les moi-même, je suis foutu.

Illustration : Dessin préparatoire pour « El sueño de la razón produce monstruos » (Le sommeil de la raison produit des monstres). « Sueno 1º » (23 x 155 mm). Francisco de Goya, 1797

J'ai reçu une lettre, de René Escudié

dessin de Christian Cabanes

J’ai reçu une lettre.
De Dieu.
C’est sympa. D’autant plus que je ne crois pas en lui.
Mais lui a l’air de croire en moi. C’est sympa.

Cher René,
— vous voyez qu’il me connaît bien et qu’il est vachement sympa —
comme je sais que tu vas parler devant les cournonsécoises et les cournonsécois et que Cournonsec est le centre du monde, je sais ainsi que mon message sera entendu dans le monde entier et même au-delà, ce qui n’est pas la porte à côté.
Voilà donc ce que par ta voix je veux que tu clames urbi et orbi  :

J’en ai assez, écrit Dieu, I am fed up, Ich bin satt, wǒ shòu gòu le, basta cusì, sono stufo, het moe zijn, mella fada, estoy cansado, unzari da,   ¡ Estoy hasta la coronilla ! J’en ai plein mon casque  ! Qué ney artéro  ! N’ai un sadole  ! Ras le bol, la casquette, lou capel et tutti quanti  !

J’en ai marre de tous ces gens qui parlent à ma place, de tous ces gens qui veulent nous protéger, mes prophètes et moi, comme si je n’étais pas assez grand pour le faire moi-même  ! J’en ai ras l’auréole de ces gens qui brûlent les cinémas ou les théâtres ou les livres parce qu’ils pensent que je suis trop faible pour le faire moi-même  ! J’ai ras le triangle du dessus de ma tête de tous ces gens qui tuent d’autres gens en braillant  : « Dieu est tout puissant » et « On a vengé le Prophète » et qui ne se rendent pas compte qu’en disant cela ils donnent de Dieu l’image toute riquiqui d’une simple idole de pacotille qui a besoin de neuneus exaltés pour le défendre contre ces terrifiants dessinateurs au crayon entre les dents et au rire satanique  ? Si je suis tout puissant, ai-je vraiment besoin de ces imbéciles meurtriers qui montrent par leur action même mon inexistence  ? Et si je suis tout puissant, ils ne se sont jamais posé la question de savoir pourquoi  je n’ai jamais envoyé mes foudres célestes sur tous ceux qui m’ont brocardé  ? Pourquoi je n’ai pas foudroyé Socrate, Galilée, Molière, Voltaire, Diderot, Da Ponte, Mozart, Shalman Rushdie, Reiser, Cabu, Wolinsky, Charb, Tignous et tous les autres  ? Je vais te le dire à toi et à Cournonsec, c’est parce que leurs textes et leurs dessins m’ont fait penser et réfléchir et surtout me marrer, rigoler, me poiler, rire enfin  ! Et qu’au paradis, moi, Dieu, Jéhovah, Allah ou n’importe quel nom dont on m’affuble, je préfère la compagnie d’Aristophane, de Rabelais, de Swift, de Pierre Dac et de Francis Blanche, de Coluche ou de Desproges à celle des Torquemada, des Khomeiny, du Vieux de la montagne et de ses assassins, de Nathan Bedford Forrest et de son Ku Klux Klan, de tous les inquisiteurs stériles, coincés et impuissants que -c’est entre nous, René- j’ai envoyé rôtir en enfer. Là où je vais me faire un plaisir d’envoyer les petits cons tragiques et mécréants qui vous rassemblent.

Le rire est le propre de l’homme mais c’est aussi un plaisir de dieu.

Illustration : Dessin de Christian Cabanes.