samedi 14 février de 17 h à 19 h

Éthéré hypogée, recueil de poésie, éditions Levant, janvier 2026
Illustration de couverture : Nissrine Seffar (détails de l’œuvre Guernica Huella)
Tome III de la trilogie.
Ce recueil clôt dans la même séquence poétique l’étroite analogie des sujets présents dans les deux précédents de la trilogie. Le premier recueil dédié aux villes de Sète et de Céret traduit l’immatérielle errance entre deux lieux où s’expriment nocturnes en face à face l’utopie et les mots en principaux acteurs. Le deuxième résonne d’amours, de renaissances, de lumières qui saisissent le poète, venues d’ailleurs, le rendant dépendant d’une prégnante imprésence.
Placé face au défi de l’ultime traversée vers l’innommable, les poèmes du troisième recueil adhèrent aux thèmes évoqués, leur insufflant spirituelle et espérée une ascension de l’enfouissement vers l’éther. Nul n’aurait imaginé Céret lieu d’écriture des tout derniers poèmes.
1
Des micacés joyaux en tes mèches, du khôl de tes yeux,
de ton jardin bien clos sourd une source celée.
Tes inoubliables saveurs sanctifient la reine Shabbat.
Quelques tournoiements
puis figure ton absence
Et pourtant
se révèle allusif
ton visage en le chant
En deçà de lui-même
un novice silence
erre
vers l’étincelle
Interroge la lecture
le schème de pauvreté
Feint de te sauver le temps
pour en la pénombre
des verbes
résister vainement
à l’éternelle absence

Quel est donc le rôle de la langue en poésie ? Si ce n’est l’évidence même qui subjugue ? La poésie est langue à la fois étrangère et familière, pure objectivité et réalité magique, Œuvre de tempérance et d’action, sens intrinsèque inaliénable, vérité de combat, de résistance qui s’ouvre et se déploie infiniment tel est le testament du poète dans l’intransigeance de sublimer vie et à propos de l’être.
Lire la suite…Depuis ce même étonnement de retrouver Maguelone, Danielle Helme regarde irrésistiblement : l’îlot immuable, sa cathédrale romane quand ruisselle de clarté immense l’étang du Prévot, ses colonies de flamants roses. On pense brusquement aux processions d’évêques, de chanoines, du groupe épiscopal médiéval, et des suites de compagnons pêcheurs ou de vignerons de notre époque. Observer la mer avec ses attitudes humaines de colère, de vague à l’âme, de calme, au rythme de l’action des flots qui résonnent et raisonnent dans l’esprit humain. Un vignoble ancestral, la steppe saline véritable miracle d’humilité.
EXTRAIT
L’étang du Prévôt
Dans un temps sans impatience ni mémoire
L’image du ciel, de ses nuages se transfère en lui l’étang, son aspect dans le miroir se projette en lui, le ciel, jusqu’à l’indistinction du sujet et de son image
L’image commune n’affleure que dans l’état des eaux étales
Il s’agit d’une surréalité dans la réalité : ciel, nuages, soleil, plus ciel virtuel s’emparent totalement de l’étang.
Un grand cormoran noir sur ses échasses capte sa prestance dans l’eau dormante, miroir fidèle, non déformant
Subjugué par l’emprise de la figure mirifique
Sa physionomie reflétée l’immobilise dans son ombre pour ce rendez-vous incontournable
Condamné à la façon de Narcisse, à la contemplation de sa propre image reflétée, dans une source du mont Hélicon. Plus il se regardait, plus il était amoureux de lui-même, ainsi passait ses journées, les mois, les années.
Au bout de l’étang un groupe de flamants rose bec dans l’eau, sans souci de miroir, seulement insatiables d’une nourriture microscopique, plus ils mangent, plus s’écoule leur cours du temps
Tenace les flamants roses sont-ils déçus de cette quête obsédante, de ce besoin sans répit, pour une maigre pitance ?
Une variante du roi Tantale affligé d’une faim et d’une soif éternelles, mais il ne pouvait jamais atteindre l’eau pour étancher sa soif, et chaque fois qu’il essayait de cueillir un fruit, la branche s’éloignait de lui.
Un vol rassemblé de flamants roses survole et je suis leurs lents battements d’ailes jusqu’à ce qu’ils disparaissent sur le scintillement bleu-vert de l’étang de Pierre-Blanche, au-delà du trait ourlé du canal calme.
Près de l’étroit cordon dunaire, ces canards, à fleur de rive, pataugent dans les algues de l’étang, si près
Du chemin de ronde du toit forteresse de la cathédrale, il y a ceux qui ont chassé jadis le canard, muni de sarbacane, il y en avait tant
Et ceux qui après la révolution, Maguelone vendue comme bien national, les pêcheurs d’étang, nouveaux citoyens des lieux les tiraient au fusil, parfois acharnés vis-à-vis des roselières, ou en plein ciel : Tadornes de Belon, Colvert, Sarcelle, Foulque.
Tandis que je croise un groupe de pêcheurs des compagnons de Maguelone installés à bord de leur barque à fond plat
Ils calent des filets pour récolter des poissons de l’étang : loups, soles, dorades
On en mange à leur terrasse, tout contre les vignes, accompagné d’un Insula rosé. On est soudain propulsé dans l’ailleurs de l’air du grand large, et le bleu plus vaste, plus profond.
À proximité de la berge, un héron cendré fidèle à son nid engloutit un poisson, sans se préoccuper de l’aspect dédoublé du ciel qui semble se rendre invisible.
Sur un îlot isolé un couple d’aigrettes à gorge blanche fasciné par l’image commune étang plus ciel virtuel
Pareil au potentiel de l’inconscient qui se reflète dans la mémoire, jusqu’à l’indistinction de l’un et de l’autre
L’image commune affleure, sans cesse à la merci de l’état de béatitude, d’une conscience étale qui réfléchit.
Être en Poésie c’est la quintessence de l’existence, c’est être au-delà du concept, c’est formuler la cible de toute espérance, c’est œuvrer à l’Humanité, c’est acte de réconciliation au monde, c’est l’effervescence de l’imagination, c’est la valeur du dit et de l’évoqué.
Lire la suite…Être en Poésie, c’est aussi rester curieux, ne jamais cesser d’apprendre, savoir s’émerveiller de ce qui se doit. C’est décliner la vie et la littérature dans sa diversité et ses nuances, c’est beaucoup de finesse et d’empathie, c’est une tendresse totale, offerte au monde.
Pratiquer la Poésie c’est aussi d’abord lire constamment, ne pas craindre l’altérité, trouver la réalité parfois cachée, c’est aussi un idéal affirmé.
Lire la suite…L’imprédictible livre (trilogie), recueil de poésie, éditions Phloème, juillet 2025
Illustration : Jean-Marc Barrier
4ème de couverture par Lara Dopff et Yves Ouallet.
En Polyphonique offrande un chant plénier muant l’espace où sourd le berceau de l’histoire humaine. Emportement du Cantique des cantiques est L’imprédictible livre pour que germe la lettre, où la disparition est renversée, où le seul vivant qui demeure est Livre. Sommes des songes du Livre, des écritures et des âges, ainsi est l’apothéose de la Monade Originelle.
EXTRAITS (un poème par livret)
« Polyphonique offrande »
Berechit (*) בראשית (au commencement de) :
Médians mirages des diaprées pergolas,
longitude marine de respirations,
luisant berceau de vagues soutachées,
bordent mes arbres serpentine une rive.
(*) Pentateuque, Genèse 1,1
Pé el-pé
אל-פה פה (bouche à bouche)
À l’apôtre de mer
en les vagues aérées
l’immortelle chimère
est soleil acéré
Nitsots ניצוץ (étincelle) :
Inentamé silence à combler
impossible fragment d’abîme
voyage la béante faille
à l’instar de l’inimaginable absence
Bethokhah בתוכה (en elle) :
Migrante nuit des cieux altérés
fermente le frisson
de mon pétrifié rivage
à l’aulne d’un limon somnolent.
Tabur טבור (nombril) :
Intime la pensée
dénudée prend nouvelle
une lumière d’avenir
Sod סוד (secret) :
Tel le grain de sable
tout au plus innommable
préexiste inaccessible
le cri d’analogie
« Je m’interroge sur l’infini écho des rives du matin tout proche de la vie des pierres et la cohorte des insectes. Mes mots s’enroulent dans les champs de papier : feuille à feuille construisant mon identité par petits morceaux de vérité. Parfois la houle des mots fait surgir les poèmes de la soif de vivre, du désir et du doute vers les hautes terres dans l’éclaboussure des images et des forces élémentaires. Elle devient poésie des métaphores et des plaintes du monde. Elle rappelle les mythes immémoriaux dans les profondeurs et l’épaisseur du temps. »
EXTRAIT
Dans les fleuves sauvages je tente de bâtir des tours de langage
Dans les fleuves sauvages je tente de bâtir des tours de langage
Pour freiner des torrents de mots, une écriture en fusion.
Je retiens des avalées de phrases dans mes rimes intérieures
Pour ne pas être un voleur de feu.
Je prends le limon du silence pour adoucir mon exil
Et pour recueillir le sel de l’eau écumante
Sous la fine étoffe de l’alphabet au reflet profond.
Je tente de maîtriser les éléments survoltés dans la nuit.
Je ne sais quelle couleur donner aux voix assoiffées d’amour
Qui viennent de l’obscurité troubler le vent fou de la vie.
La sève impatiente essaie de recouvrir le chagrin secret du passé.
Les augures du temps ralentissent des messages bafouillés.
Montpellier, 04 janvier 2024
Lire la suite…Ruée vers l’Or est une quête hâtive vers le sublime, c’est une urgence à combler, c’est l’indispensable réponse à l’étonnement, c’est la parole de l’éveil, c’est la poésie qui ouvre la porte du merveilleux, c’est l’autel de la sérénité. C’est l’évidence du mutisme sur la surrection du monde, c’est cette musique silencieuse qui par harmonique transmet toutes les vibrations de l’être dans sa connaissance la plus totale, la plus exacte et exigeante. C’est la réappropriation du sacré, c’est une mise à l’épreuve du feu.
À l’invitation de Terra d’Ulivi Edizione, Pierre Ech-Ardour présentera son anthologie bilingue « Dalle radici del mondo – Depuis les racines du monde » lors de la 4ème édition des rencontres du Festival Menab ô à Guagnano. Du 1er au 4 mai 2025.
Traduction en italien par Claudia Piccinno.
Œuvre de première couverture : « Bleuité rimbaldienne » de Laurent Grison.
Les interventions de Pierre Ech-Ardour sont programmées :
– Le 1er mai, lecture en scène à 21h30.
– Le 3 mai à 12h30 en Salle du Conseil, présentation du recueil « Dalle radici del mondo », l’auteur sera interrogé par Alessandra Cerminara et Elisabetta Biondi Della Sdriscia, toutes deux poétesses primées de nombreux grands prix littéraires italiens et internationaux.


Dalle radici del mondo – Depuis les racines du monde, anthologie, éditions Terra d’ulvi Edizione, avril 2025
Traduction en italien : Claudia Piccinno
Illustration de couverture : Bleuité rimbaldienne de Laurent Grison, 2024 (huile sur toile 25 x 30 cm)
Cette anthologie bilingue (français – italien) présente les œuvres de l’auteur publiées entre 2016 et 2024.
« L’Arbre des Lettres » (abécédaire hébraïque)
Livret « L’Arbre des Lettres en chemin » – Éditions Levant – Année 2018. Calligraphies de Saïd Sayagh
Depuis la porte où l’épreuve exige d’appauvrir
Alors rien n’effraie de tout perdre
L’étreinte d’amour avec la terre
Évoque déjà l’étoile créatrice
Tu es l’union des deux soleils
Homme debout dans la lumière s’érige nu
ד Dalet dans l’alphabet hébreu La lettre Dalet, avec He (et très rarement avec Gimel) est utilisée pour représenter le nom de Dieu. He, en fait, est utilisé comme une abréviation de HaShem (le nom) tandis que Dalet est utilisé comme un moyen non sacré pour se référer à Dieu.
« L’albero delle lettere » (libro dell’alfabeto ebraico)
Opuscolo « L’albero delle lettere in cammino » – Edizioni Levant – Anno 2018. Calligrafie di Saïd Sayagh
ד DALETH
Dalla porta dove la prova esige l’impoverimento
Allora non c’è paura di perdere tutto
L’abbraccio dell’amore con la terra
Evoca già la stella creativa
Tu sei l’unione dei due soli
Ho visto un uomo in piedi nella luce nudo
ד Dalet nell’alfabeto ebraico La lettera dalet, insieme a He (e molto raramente a Gimel) viene usata per rappresentare il nome di Dio. He, infatti, è usata come abbreviazione di HaShem (Il Nome) mentre dalet è utilizzata come modo non sacro per riferirsi a Dio.
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