Être en Poésie (11) de François Szabó

Le Poème en lui-même se suffit. C’est cette graine et tout son potentiel, en terreau favorable, un peu d’eau permet de révéler son avenir, sa promesse, ce qui advient dépasse les espérances. Offrir les mots ce n’est pas seulement entretenir, c’est également réparer, cicatriser, c’est donner par le rêve une existence forte et sensible.

La Poésie est sentinelle de vie, là où elle est improbable. C’est le lichen attaquant la pierre muette et apparemment insensible, c’est la force de l’expression qui libère l’être de sa gangue paralysante.

Le Poème émet de la lumière en pleines ténèbres, c’est ce qui jaillit aussi bien que l’eau d’une anfractuosité. La Poésie est le domaine du possible dans ce qui est couramment jugé impossible.

Rien de plus conséquent finalement que la Poésie, comme acte d’amour insurpassable.

Illustration : Buddha d’Odilon Redon

Triangle Austral, de Nicole Barromé

Triangle Austral, poésie bilingue espagnol, collection Poesia Mayor, Leviatan, Buenos Aires, avril 2026
Illustration de couverture d’Isabelle Biagiotti

Triangle Austral est composé de 24 narrations poétiques amoureuses.
Ces narrations sont situées dans le triangle sud du continent latino-américain sous la constellation de même nom, parcourues de l’esprit des lieux, leur énergie, leur parfum, leurs gens.

De cette imprégnation tellurique, surgissent des sentiments qui frappent la mémoire pour éclore et venir modifier les états d’âme du moment et finalement le vécu.

extrait

Reste ce que seront

dans le futur de la vitre

les ombres mouvantes sur le canapé

une main sur un visage heureux

le secret des reflets

la mort qui veille

au-dessus des fleurs du bégonia-bambou

Expo Doïna Vieru, maison galerie Borromée, Montpellier | du 20 avril au 2 mai 2026

avec des textes de nos poètes Michaël Glück et Luminitza C. Tigirlas

Genèse de l’exposition 

Quito, Équateur, 2012, Doïna Vieru intitule son exposition : EU, « Je » en Roumain, sa langue maternelle. Un siècle plus tôt, Maïakovski donne pour titre, à son premier recueil de poésie, Moi-même (1912). En 1913, le poète futuriste russe écrit une tragédie intitulée Vladimir Maïakovski. De tels créateurs ne se cachent pas, ne se dissimulent pas derrière leurs œuvres. Doïna Vieru, comme Maïakovski, s’expose pleinement, effrontément. L’artiste impose à nos regards son élan de vie joyeux et grave. Son abstraction libre est un acte vivifiant dont nous pouvons nous soutenir. La culture demeure un des remparts à la barbarie, aux enfermements sanitairement exigés ou pas.  Qu’importent les raisons, un enfermement vient heurter la fragile liberté de chacun, l’illusoire liberté individuelle.

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Fraternitat Mediterranèa, 45 poètas, collection Votz de Trobar n°72

avec les poètes Pierre Ech-Ardour, Nicolas Gouzy, Gérard Zuchetto

un ouvrage collectif, éditions Trôba Vox, 2026

Poèmes originaux en occitan basque catalan corse frioulan sicilien suédois castillan italien français arabe classique hébreu avec traductions en occitan et en français

« Cet ouvrage ne constitue pas, à proprement parler, un recueil de poésie méditerranéenne, mais joint ses mains bien volontiers, à la façon de cette mer fermée, sertie par les mille et un joyaux des peuples si divers qui viennent peu ou prou y baigner leur regard, afin de recueillir puis s’enivrer des eaux de rien moins que trois continents distincts. Le but, pour nous, poètes, y était bien moins « d’être de quelque part », que de venir nous rencontrer en ce lieu qui, n’étant la terre ni de l’un ni de l’autre, pouvait à bon droit se clamer « lieu de tous », dans la plus saine, salutaire et résolue fraternité.

Que nos humbles images poétiques, blotties dans les langues les plus anciennes, basque, hébreux, arabe classique, suédois, jusqu’aux plus jeunes, issues de la matrice latine commune, puissent rayonner de paix dans vos âmes lectrices, au mépris de toutes les fallacieuses raisons d’état qui presque toutes, ignorent délibérément le florilège vital de la diversité humaine, et nous opposent tôt ou tard absurdement. Pour aimer, ,nul n’a besoin d’une image de lui dans un miroir, mais seulement d’un cœur en lui, et d’une sœur, d’un frère, là, devant lui, quelqu’un qui ne soit donc pas sa servile copie conforme. À bon entendeur notre poétique salut. »

Franc Bardou

Poésie vécue, minutes heureuses, de François P. Cherrier

Savoir rompre les amarres (Photo F.P.C)

Être en poésie, c’est pour moi être habité par une lucidité hors du commun. Une lucidité due à un surcroît de sensibilité et d’imagination.

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Un an de haïku, de Françoise Renaud

Un an de haïku, poésie, collection Petites Proses, KDP, mars 2026

Une expérience s’est proposée au premier jour de l’an 2025. Elle est venue de Philippe, un ami d’écriture que j’avais connu comme libraire et membre du comité de rédaction d’une revue graphique et littéraire (La Piscine, 2016-2022). Il est venu vers moi aux dernières heures de 2024 avec ce projet d’écrire un poème par jour pendant l’année au bord de commencer.


On serait cinq ou six. Non, on ne se connaissait pas.
On s’inspirerait du haïku. On s’adapterait.
Oui, toute une année.

Le livre est composé d’un texte qui parle de l’expérience elle-même, puis des 365 haïku de l’autrice répartis en 12 mois.
Chaque mois s’ouvre avec une création photo-graphique réalisée à partir d’images prises dans son lieu de vie en lien étroit avec la saison et en temporalité avec le poème.

EN SAVOIR PLUS ICI

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Nible. L’oubli en deuil de son écorce, de Luminitza C. Tigirlas

Nible. L’oubli en deuil de son écorce, poésie, éditions du Cygne, Paris, France, mars 2026
Dessin de couverture : Doïna Vieru, artiste-peintre

L’oubli et son impossible plongent tour à tour dans le temps pour ressortir avec les mots du souffle qui décante les corps subtils de lumière et des ténèbres, reperdus et retrouvés, au plus près de l’instant, de l’intime, de la sensualité, des mystères et de leur exil. Le dire s’enroule avec une mémoire spoliée de ses lieux, mémoire trouée, censurée, mémoire s’éveillant en sursauts. Le jour où la poète fut saisie par la proximité d’un lieu libre avec le ciel, les corolles d’amandiers se défaisaient de leurs songes.

À La Roche-sur-le-Buis, les Drômois appellent La Nible une roche et son lien dans l’infini, ce titre émane d’elle comme un don de liberté.

Composition en trois mouvements :
Sur l’autre versant de la soif ; Densifiant les sillons de paroles ; La présence d’un pain invisible.

Chez l’éditeur
Page-auteur de Luminitza C. Tigirlas
 

EXTRAIT (p 11)


L’aigrette du sorgho m’envoie des signes
gestes larges me font comparaître
devant l’air
et la petite graine insurgée en panicules
Sur l’île où l’océan m’a harponnée,
d’un reste de voix
j’expose mes témoins aux lâchetés en cours
devant l’air
Aux parois d’embruns l’étau m’oppresse
la vapeur fume le poison de nos déchets
Suspendue aux lèvres sans paroles,
en poussière d’eau mon être frémit :
L’air vient à manquer aux enfants
le silence de la faim les creuse
ils s’époumonent sans voix,
les ordures fouillent leurs mains
le tri inverse le décompte
Ma mort sans regard est dans les yeux
de ces trieurs toujours baissés,
nos immondices n’ont pas de ciel