Histoire d’eaux, de Francis Zamponi

Histoire d’eaux, polar érotique, SKA éditions, juillet 2021

Claire Dieulefit, médecin légiste à Montpellier et d’humeur libertine se retrouve, à la suite d’un accident, confinée à Rennes-les-Bains, une petite station thermale des hautes vallées de l’Aude.
La rencontre d’« illuminés », ainsi que les nomment les habitants du village, la met sur la piste d’une secte féminine dont le gourou, un moine défroqué, pense que les corps du Christ et de Marie Madeleine sont  enterrés dans cette région mystérieuse proche de Rennes-le-château et du Pic de Bugarach.
La découverte du corps d’une disciple de la secte dans le domaine du mythique Abbé Saunière et la rencontre avec un avenant officier de gendarmerie  l’engagent dans une enquête qu’elle mène au début par curiosité et désœuvrement.
Ses investigations la conduisent à des découvertes inattendues qui l’impliqueront plus qu’elle ne l’avait imaginé dans ses investigations.
La venue du solstice d’été conclura cette aventure par un voyage collectif de la Communauté Sainte Marie Madeleine vers un autre monde.

EXTRAIT

Dix minutes plus tard, sobrement vêtue d’un survêtement bleu foncé, j’étais en sentinelle dans la cabine totalement obscure du maître-nageur. Assise sur une pile de bouées, les yeux collés au petit hublot, je ne distinguais d’abord que les flammes d’une douzaine de bougies disposées autour du bassin. Six à droite et six à gauche. Debout sur les marches qui y conduisaient, de l’eau jusqu’aux genoux, celui qui s’était présenté à moi comme Jean leva les bras en faisant virevolter les amples manches de sa tunique blanche. Les chants s’arrêtèrent. Il plongea ses mains dans l’eau et en aspergea une femme dont seul émergeait le torse nu. Son crâne était rasé. Comme celui de la silhouette qui prit ensuite sa place devant Jean. Lorsqu’elle se débarrassa de sa tunique brune, je compris qu’elle appartenait aussi à la gent féminine.

Au bout d’un temps qui me parut long, une douzaine de jeunes femmes s’étaient succédées pour accomplir le même rituel avant de s’allonger entre les bougies au bord du bassin. Jean sorti des eaux et passa derrière elles. Un nuage occulta la lune. Dans la pénombre, je devinais que les adeptes s’agenouillaient à son passage. Leurs coudes sombres reposaient sur le carrelage blanc et leurs mains trempaient dans l’eau. Sur chacune des croupes ainsi exposées, il posa ses lèvres et procéda à ce qui me sembla être une sorte de bénédiction. Chacune se releva à tour de rôle pour se faire embrasser sur le nombril et sur les lèvres avant de prendre sa bougie en main. Je devinais plutôt que je ne vis une sorte de retraite aux flambeaux dirigée par Jean se perdre dans les buissons entourant la piscine.

Par l’aiguille du sel, de Luminitza C. Tigirlas

Par l’aiguille du sel, poésie, éditions du Cygne, Paris, 2021
Image de couverture : Doïna Vieru

Les textes ouvrent le mot Sarmatienne que la mère prononce, elle sème ses paroles dans les sillons antédiluviens, à savoir les traces salines de la mer asséchée des Sarmates. Le sel figure une morsure du sensoriel, de tous les sens de l’humain et de l’inhumain, de la bête sommeillant et se lignifiant en nous comme dans les sarments des vignes, il se dépose aussi dans les lacrymatoires qu’on y accroche au printemps… Le sel grignote la fibre langagière transmise par Sonya, l’aïeule d’une lignée, d’un alphabet proscrit et d’une Mer Sarmatienne refoulée.

 

En Moldova post-sarmatienne / le nom du sel / s’éternise dans le sanscrit : sare / Dites en longueur sa-a-are… e-e-e… / et le mot devient sacré. Avec ce vocable de l’enfance d’autres toponymes salins transportent la poésie pour faire vibrer sa nouvelle langue : Mon souffle titube / devant le Quercy blanc…

 

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La nuit m’a soufflé sa lumière, de Stéphane Amiot

La nuit m’a soufflé sa lumière, recueil de poésie, éditions unicité, juin 2021
Préface : Marie-José Aubrière
Photographie de couverture : Emmanuel Tecles

Deuxième volet des écrits de la pénombre, La nuit m’a soufflé sa lumière poursuit, après Bris épars, le dialogue du fruit et de l’arbre, dans une écriture du copeau.
Quand il faut mâcher le pain du deuil et porter outre les yeux enclos de cimetières.

« Ce récit poétique est l’épopée d’une vie humaine où fulgure l’épopée d’autres vies. » (extrait le la préface de Marie-José Aubrière)

 

FRAGMENT

je ne suis 

que de songe 

et de brume

précipité d’orage

la feuille d’automne

murmurée au vent

le souvenir

des cris

inscrits dans l’azur

dans les yeux d’une mère

des bouches d’enfants

à mes épaules d’homme

je ne suis

que du temps

d’une ondée

 

 

 

Il fut soir il fut matin, de Pierre Ech-Ardour

Il fut soir il fut matin, poésie bilingue français/occitan, Institut d’Estudis Occitan Erau, mai 2021
Traduction en occitan par Florian Vernet
Encres de Chantal Giraud Cauchy

 

Plus encore que dans ses précédents recueils Pierre Ech-Ardour poursuit dans Il fut soir il fut matin une aventure personnelle très singulière, à travers les labyrinthes du langage et de la mémoire. Une aventure poétique – en l’instant suspendue – incarnée dans les lieux familiers ou lointains, dans l’histoire proche ou ancienne des cultures et des sensibilités de la Méditerranée.

 

EXTRAIT

À la lisière des arbres
aux fruits de la terre
des célestes demeures
du jardin d’Eden
du rocher à la vie
de la pitié aux
suprêmes hauteurs
irrévocable serment
veilleur de vie
sous la langue
d’un nuptial lieu au
goût lacté de miel
apparaît l’informe au
crépuscule des mots Lire la suite…

Naïs et Totoche au temps des pharaons, d’Isabel Lavarec

Naïs et Totoche au temps des pharaons, roman jeunesse 9/12 ans, éditions Ex-aequo, mars 2021

Chefs de groupes adverses dans leur collège, Naïs et Totoche s’apprécient pourtant plus qu’on ne le pense. Lorsque leur classe gagne une croisière sur le Nil et que Naïs défie un cobra royal, l’aventure commence. Mordue par le serpent venimeux, Naïs se retrouve dans le coma et son esprit se dissocie de son corps.
Elle remonte ainsi le temps et Totoche la rejoindra ; ensemble, ils devront voyager dans l’Égypte de Cléopâtre et accomplir la mission ordonnée par Uræus, le cobra royal.
Livrés à eux-mêmes dans un pays aux mille dangers, pourront-ils venir à bout des obstacles et atteindre leur but ?

Un questionnement clôture chaque épisode de ce roman-feuilleton en quatre parties. Le lecteur est ainsi invité à imaginer la suite, à proposer des hypothèses et pourquoi pas, à échanger avec l’auteur (c’est ici)

 

EXTRAIT

Dans les bateaux naviguant sur le Nil, le spectacle « serpent à lunettes », est le plus prisé de tous. Les élèves de l’institut Pierre de Rosette ne font pas exception. La représentation tant attendue arrive enfin.

Sur ordre de leur capitaine, les M’zelles occupent les places de devant du petit théâtre. Les garçons essayent de se faufiler entre les filles. Quelques minutes après leur installation, le charmeur de naja s’assied en bas de l’estrade, sur le tapis qui lui est réservé.
— Pantalon blanc, remarque Clémentine, l’artiste du groupe, chemise et turban orange avec des touches de vert. Il en jette ! vous ne trouvez pas ?
Le dompteur de cobra ne leur laisse pas le temps de répondre, il pose le panier en sisal devant lui et commence à jouer du pinje, cette drôle de flûte. Adolescents, profs et invités du bateau font silence.

Le dresseur ôte le couvercle de la corbeille et les regards se figent sur le couffin qui bouge tout seul. Quelques secondes plus tard, une créature sombre, brillante, écailleuse sort la tête et se balance au son de la musique. Le naja, arrogant dans sa collerette, langue bifide et œil glacial, ne s’intéresse qu’à son maître.
— Brrr, ça donne froid dans le dos ! murmure Totoche à sa voisine.
— Oui, surtout quand il ouvre sa grande gueule et découvre ses longs crochets à venin ! réplique Gaby.
— On n’est pas trop proches ? demande Sam. Il ne faudrait pas qu’il s’échappe…

Le serpent sorti maintenant de sa bannette glisse lentement vers le centre de l’arène. Les spectateurs se contractent, retiennent leur souffle… Mais déjà, le reptile bon acteur, obéit au metteur en scène et rejoint son panier.
Totoche remarque, subitement, l’absence de Naïs. Il en demande la raison. Le mutisme des filles l’intrigue d’abord, puis lui met la puce à l’oreille. « Elle prépare quelque chose ! » En rusant, il essaye d’interroger quelques camarades. En vain. Comme il s’attend à tout, il reste sur le qui-vive. »

Fille perdue, d’Adeline Yzac

Fille perdue, roman, collection Littérature, La manufacture de livres, 2021

Anicette était la petite dernière, la jolie poupée choyée par sa famille. Jusqu’au jour où on la surprend en train de commettre le plus indicible des péchés : poser la main sur son corps, se caresser. Petite fille devenue fille perdue, voici l’enfant chassée de sa famille et condamnée à grandir entre les murs de «l’institution». C’est là que des religieuses tentent de chasser le vice du corps et des esprits de ces filles de rien. Celles dont les mères se prostituent, celles qui sont nées de pères inconnus, celles dont le corps ne ressemble pas à ce que l’on attend d’une femme… Et si la foi ne suffit pas, c’est peut-être à Paris, entre les mains des médecins que ces enfants devront être conduites.

Roman construit sur un fond historique passé sous silence, Fille perdue nous parle d’une époque où la morale et la science conjuguaient leurs efforts pour maintenir le joug pesant sur le corps des femmes.

 

EXTRAIT

La longue table va d’un mur à l’autre, lourde la table, et haute. Vingt fillettes tout autour, des grandes mêlées à des petites, toutes à genoux autour du bois sombre et poisseux, têtes nues, le buste qui atteint à peine le rebord pour certaines, c’est que les bancs sont bas. Et ainsi de suite, trois tables dans le réfectoire voûté. Une volière. La petite transie parmi elles qui grelottent dans leurs bas usés et leurs bottines éculées, pieds nus quelques-unes. Elle joint les doigts, engelures éclatées. Ça brûle et ça ronge. Le sang du Christ suinte à même la peau. Elle dit le bénédicité d’avant repas, prend la contenance exigée, pleine de recueillement, remercie Dieu du pain quotidien qu’il offre, on récite en chœur, on chante en chœur.

–        Bénissez-nous, Seigneur, bénissez ce repas, bénissez celles qui l’ont préparé et procurez du pain à ceux qui n’en ont pas, ainsi soit-il.

La petite marmonne son latin. Tout autour, chacune marmotte la prière, mains jointes, genoux au supplice, tournées vers la mère prieure. Et au-dessus, sur le mur, l’image peinte de la Vierge Marie, mère de toutes les pauvres perdues du réfectoire, mère des pécheresses et des autres, mère aimante. En face, Janeton, la plus jeune, la bouche vide, a tombé ses dents, une dans la soupe, deux en serrant les mâchoires la nuit, la quatrième en la tirant avec la langue alors qu’on lisait l’épître de Saint-Paul aux Pharisiens. Dieu n’est pas satisfait de sa mère, une coureuse, il a mis l’enfant au pilori. Janeton zozote et sourit en idiote, sa petite voix aigüe chante faux.

–        Bénissez Seigneur la table si bien parée, emplissez nos âmes si affamées, et donnez à toutes nos sœurs de quoi manger.

La petite se recueille, soigne son maintien devant le Christ, présent avec d’innombrables légions d’anges. Le Roi des rois, l’appellent les nonnes, le dispensateur de l’éternité. Oreilles attentives à la lecture, elle s’humilie en l’honneur de Celui qui pour elle est descendu sur la terre. Dieu a daigné se faire homme pour racheter ses péchés. Autour, les corpuscules maigrichons suçotent la prière. A perte de vue, des filles aux fers, le règne du mal incarné. Elle, va sur ses treize ans et tire les ficelles de ses raisonnements. Pour être considérée, il faut faire, dire, être ce que les sœurs veulent qu’on fasse, dise, soit. Lire la suite…

Stéphane Amiot

Contact : alentoursdesudeme@gmail.com

Son Blog 

Biographie : Stéphane Amiot est né à Toulouse en juin 1968, mais il a passé son enfance en Charente, à Angoulême. Après des études de Lettres à Bordeaux, il est parti comme volontaire pour le Service National à Djibouti, découvrant la Corne de l’Afrique, la Tanzanie, Zanzibar, l’Éthiopie, le Kenya. Puis il a enseigné en Gironde, en Seine-et-Marne, dans le Loiret, à la Réunion.
Actuellement il est professeur de français dans la région toulousaine.
Stéphane Amiot est poète, romancier et auteur jeunesse.

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LIRE UN DEUXIÈME EXTRAIT jeunesse

Bibliographie

Poésie

  • Exégèse des ruines, Encres Vives, 2006
  • Pierres de la halte, Encres Vives, 2010
  • A grands pas dans l’automne, éditions Alcyone, 2016
  • A l’enseigne de mes pas, Encres Vives, 2017
  • Lagunages d’hiver, Encres Vives, 2019
  • Bris épars, préface Michel Cosem, éditions Unicité, 2020
  • La nuit m’a soufflé sa lumière, éditions unicité, préface Marie-José Aubrière, 2021
  • Observations pour un futur carnet tératologique, prose poétique, Encres Vives, juillet 2022 (illustrations Sophie Moulinneuf)
  • Saisons de lagunage, éditions unicité, préface Marie Reynaud-Vermunt, 2022 (article de Georges Cathalo dans Terre à Ciel ici)
  • Farfulaisons Conjugaisons poétiques et farfelues, éditions unicité, préface Rose-Andrée de Laburthe, 2023 (illustrations Jorgelina Prado)
  • Chiméries, éditions unicité, préface Pierre-Jean Brassac (photographies Emmanuel Teeles)

Note de lecture de Pierre-Jean Brassac autour de « La Nuit m’a soufflé la lumière » ici dans le Club Médiapart, 15 mars 2024

 

Jeunesse

  • La promesse du sphinx, roman, Le Croît Vif, 2008 (épuisé)
  • Le silence des ravines, roman, illustrations Gilles Labrie, éditions Orphie, 2008 – réédition 2010
  • Kaniki l’endormi, album, illustrations Olivier Trotignon, éditions Orphie, 2020
  • La Petite rivière qui avait soif, album, illustrations Fabrice Mondejar, éditions Vivre tout simplement, 2024

     

Policier

  • Le Fou de la Diagonale, roman, éditions Orphie, 2015

 

Nouvelles SF fantastique

  • Autoportrait de l’artiste dans son œuvre, in Fureur de Cthulhu #148, revue Horrifique, avril 2021
  • L’origine du monstre, in Spécial Monstres 2 # 163, revue Horrifique, août 2023

Ouvrages collectifs

  • Rives Océanes. Petite anthologie poétique de l’Île de la Réunion, préface Julienne Salvat, Azalées éditions, 2013 (épuisé)
  • Ces Charentes auxquelles on s’attache, Le Croît Vif, 2014
  • En chemin de hasard, anthologie poétique, coordination Alain Morinais, 40 poètes contemporains, éditions L’écritoire du poète, 2024

    Illustrations :18 reproductions d’œuvres graphiques (4 eaux-fortes polychromes de Gilles Alfera / 1 calligraphie de Marie Gagnon / 5 œuvres picturales de Roland Souchon / 7 facsimilés des œuvres d’Enza Palamara) – Crédit photographique Alain Morinais
  • Texture 5, anthologie poétique 2024, poésie, L’An Demain éditions, octobre 2024 (64 poètes et artistes). Préface : Jacques Ibanès. Illustrations : Régine Bernot-Philippe.
  • Encres Vives Anthologie 60 années d’édition, anthologie poétique, éditeur Rafael de Surtis, 2025 (illustration de couverture : Catherine Andrieu

Prix et distinctions

  • Prix Renée Vivien pour son recueil Saisons de lagunage, décerné par L’Académie Renée Vivien, décembre 2020
  • Lauréat du Prix de la Pléiade 2021 pour son recueil inédit Farfulaisons pour écoliers, décerné par l’Association Poètes Sans Frontières PSF L’Étrave
  • Prix Touny-Lérys pour son recueil Saisons de lagunage, décerné par L’Académie des Jeux Floraux de Toulouse, mai 2023

  • Prix littéraire de la ville de Sorèze pour Le silence des ravines, 2023
  • Prix Maurice de Guérin pour un poème de Chiméries, juin 2025 (le recueil L’Amitié guérinienne 2025 n° 204 consacre une page au prix, éditions Classiques Garnier, janvier 2026)

Contes détournés au théâtre, de Brigitte Saussard

Contes détournés au théâtre, théâtre pour enfants, éditions Retz, avril 2021

Il s’agit d’un recueil théâtral collectif de pièces qui s’adressent à des enfants de 7 à 12 ans et à leurs animateurs. Les pièces partent des contes les plus célèbres de chez nous et les détournent de façon ludique et originale. Les enfants peuvent tout aussi bien les lire seuls que les jouer. D’une durée entre 5 et 40 minutes, ces pièces permettent de faire jouer de 4 à une trentaine d’acteurs.

 

EXTRAIT in Un drôle de Loup – Scène 1

On est dans la forêt. Le petit Chaperon rouge entre côté jardin. Elle se promène tout en jouant avec son ballon et rejoint ainsi l’opposé de la scène. Elle s’arrête.

Le petit Chaperon rouge
Tiens, tiens, une cabane ! Qui c’est-y donc qui peut bien habiter là ? (Criant et faisant mine de frapper.) Toc, toc, toc !… Y a quelqu’un ?

La voix du Loup 1, criant mal aimable.
Ouais ?!! Qu’est-ce que c’est ? (Le Loup 1 apparaît.)

Le petit Chaperon rouge
Oh, bonjour Monsieur le Loup ! Je ne vous reconnais pas. Vous êtes nouveau par ici ?

Le Loup 1, bougon.
Pfff !!! Qu’est-ce que ça peut te faire ? Nouveau ou pas, tu me réveilles là !!! Et je ne suis pas du tout d’humeur à causer !

Le petit Chaperon rouge
Oh, excusez-moi ! En fait, je viens me présenter. Je suis le petit Chaperon rouge et je suis votre voisine. Enfin j’habite pas très loin d’ici, vous savez, la maison à l’entrée de la forêt (Montrant l’endroit d’où elle vient.), là-bas.

Le Loup 1, mal aimable.
Eh bien qu’est-ce que tu veux que ça me fasse ? Il y a belle lurette que je ne mange plus les petits Chaperons rouges ! Fiche le camp, tu me déranges. Et je ne veux pas d’histoire ! Va-t’en d’ici ! Allez file ! (Il rentre chez lui tandis que la fillette repart penaude.)

Le petit Chaperon rouge, traînant les pieds.
Pffffff ! Qu’est-ce qu’on peut s’ennuyer par ici ! C’était tout de même mieux avant ! Il faut que je trouve une idée… (Elle sort côté jardin.)

 

Cinq langues de feu, de François Szabó

Cinq langues de feu : notes amoureuses pour un oiseau céleste, poésie, Obsidiana Press, avril 2021

Il s’agit d’un recueil de poésie en catalan, russe, castillan, américain et italien avec une version française parcourant par bribes une existence amoureuse pour Carole. Entre la célébration et la ferveur.

Cet ebook anticipe la Sant Jordi (23 avril) 2021.

Accès libre ici

 

Lexique amoureux de Sète, de Bernard Lonjon

Le Lexique amoureux de Sète, éditions CAIRN, avril 2021
Coauteurs : Jocelyne Fonlupt-Kilic et Bernard Wagnon

Comme son nom l’indique, ce Lexique amoureux de Sète est une déclaration d’amour à l’île singulière chérie par les trois auteurs : Jocelyne Fonlupt-Kilic, Bernard Lonjon et Bernard Wagnon, qui, s’ils n’en sont pas originaires, sont tombés sous le charme et ont choisi d’y vivre.

Véritable ode à la découverte des attraits de Sète, ce manifeste poétique, gustatif, visuel espère entraîner le lecteur sur des sentiers de traverse. Comme le ferait une balade en compagnie de trois amis entre étang de Thau et mer Méditerranée avec pour mots d’ordre : subjectivité, diversité et sensibilité.

De Paul Valéry à Georges Brassens, du mont Saint-Clair aux plages du Lido, de la tielle à la macaronade, des goélands aux bateaux de pêche, des anarchistes sétois à la Venise du Languedoc, de Manitas de Plata à Agnès Varda… voici une invitation gourmande à suivre les traces humaines, sociales, historiques et culturelles de cette ville-port baignée par le soleil, ancrée dans le golfe du Lion et dans l’Occitanie. Qui rayonne sur la Méditerranée.

 

      

Migre déraciné un temps, de Pierre Ech-Ardour

Migre déraciné un temps, poésie, éditions Levant, avril 2021
illustration de 1ère de couverture : Vague à l’âme. Lueur de vie, 2018, Étienne Schwarcz (peinture sur papier d’art 100 x 100 cm)

 

Le recueil contient cinquante-cinq poèmes écrits au jour le jour d’une période privée de liberté durant laquelle l’espoir n’a jamais cessé de motiver le calame, d’inscrire en la temporalité de l’expérience la nécessité de clamer son souffle et d’affranchir sa poésie.

Gisaient des ombres en le repli des libertés. M’interpellait le joug de déshumanisation.  Chaque mot sur le chemin de la langue discernait en le temps et un lieu le dépassement de mon enfermement. Sédentarisée courait en conscience l’inspiration jusqu’à m’ouvrir salvateurs des horizons, nouvelles des pistes d’errance.  Jour après jour, prégnante pointait en le souffle de mes mots, expressive l’écoute d’un monde en déviance. L’apparence diaphane masquait le visage. Imprévisibles les distances creusaient les écarts. Messagères des possibles et contraires sapèrent les influences espérance et confiance. (Note de l’auteur)

L’édition originale comporte 300 exemplaires dont 50 numérotés signés de l’auteur et du peintre.

Pollen, de Joëlle Wintrebert

Pollen, anticipation, collection Les Poches du Diable, éditions Au diable vauvert, mars 2021
Illustration de couverture : Olivier Fontvieille


Sur Pollen, une civilisation matriarcale, utopiste et pacifiste maîtrise la reproduction par manipulation génétique et gestation in vitro.
Pour éradiquer la violence, elle a fait naître un garçon pour deux filles et relégué ses guerriers sur un satellite. Mais toute société de contrôle porte en elle les germes de la rébellion…

 

EXTRAIT

Mon arbre, avait-elle murmuré plus tard, tout son être réunifié, caressant de ses lèvres le néoderme sous lequel coulait la vie. Quand il y avait trop de questions, la sève donnait des réponses.
La nuit était très avancée quand elle avait appelé Kindia. La marraine n’était pas couchée. Elle avait attendu, patiente, non des excuses mais la preuve que Sahrâ n’allait pas se détruire. Oui, les guides croyaient bien faire en obligeant les jumelles de Sandre à reprendre une vie normale. Toute sollicitation paraissait préférable à l’enfermement du chagrin.
Et Sahrâ marchait, les doigts crispés sur la main de Salem, entre les cuves où se développaient les triades, écœurée de s’apercevoir que le processus n’était pas si différent de celui des cuves à viande dont on leur avait appris le fonctionnement six mois plus tôt.
Autour d’elles, des filles poussaient des trilles d’oiseaux excités. Sahrâ remarqua que beaucoup de garçons s’étaient séparés de leurs sœurs et, rassemblés, chuchotaient en regardant le système vasculaire des endomètres où circulait un sang artificiel mû par des pompes électriques.
La forte voix de Grimsel expliquait les mécanismes du développement depuis la formation du blastoderme. Une lumière rétroprojetée éclairait les matrices tour à tour, appuyant ses propos. Derrière les muqueuses villeuses aux veines rouges, on discernait des formes de moins en moins petites. Sahrâ tressaillit en découvrant dans plusieurs cuves des triades presque matures et qui se tenaient enlacées.
Elle ne doutait pas d’avoir étreint elle aussi son frère et sa sœur dans la matrice. La nostalgie la frappa si fort qu’un vertige la prit. Elle dut se cramponner à Salem pour ne pas tomber. Grimsel les surveillait sans doute, conscient de ce qu’on l’avait obligé à exiger d’elles, ce jour-là. En un instant, il fut là, soutenant Sahrâ, disant qu’il les dispensait de la partie théorique du cours, qu’il les autorisait à regagner leur nid.