Enceinte d’infinitude délivre la lumière le silence, de Pierre Ech-Ardour

Enceinte d’infinitude délivre la lumière le silence, recueil de poésie, Éditions les Poètes français, mars 2022
Illustration de couverture : œuvre d’Iris Terdjiman

 

 

Ce sont des poèmes respectueux de leur destinataire, qui accordent une place importante à la pluralité de sens et à la liberté de compréhension. Le fait qu’ils n’aient pas de titres évite notamment d’en figer l’interprétation. Ils donnent accès à ce que Jean-Bertrand Pontalis désignait pour évoquer un texte en prose (dans son livre Le dormeur éveillé) la « mémoire rêveuse », qu’il définissait comme « traversée d’images, de souvenirs, d’instants ».
(commentaire d’Annie Pibarot)

 

 

EXTRAIT

S’épanche imperceptiblement
lustrale l’élégie de ta langue
Par-delà pénombre et apparence
depuis l’orbe fugaces déversent
tes mots spacieuses moult exhalaisons

Comment ne pas étreindre tes accents
impétueux aux atemporels messages ?
Dans la soif de nos apartés
à satiété se contient ta voix
tel un chant qui me déleste

Ténue tatoue assouvie ton écriture
le sépulcre où reposent nos insomnies
Effeuillés et mordus
témoignent ces os desséchés
Confluence de nos vies

 

Session de professionnalisation, SGDL, 7 et 8 mars 2022

Compte rendu de Danielle Ferré

J’ai eu le plaisir de participer à Paris à une session de professionnalisation organisée  par la SGDL les 7 et 8 mars 2022.
Au menu : le contrat d’édition, le contrat d’adaptation audiovisuelle, la gestion collective (SOFIA), la fiscalité de l’auteur (TVA, impôts sur les revenus, revenus accessoires), les aides du CNL (bourses, résidences).
Les interventions étaient substantielles  et comme nous n’étions qu’une quinzaine, c’était également interactif et convivial.
Je vous en parle parce que ces sessions (niveaux 1 et 2) sont gratuites et défrayées : train ou avion (160€ max), 2 nuits d’hôtel réservées par la SGDL et un forfait pour 2 repas du soir (15€x2).
Buffet sur place le midi.

Seule condition: être membre de la SGDL, de la SOFIA, de l’ATLF ou de la Charte des auteurs et illustrateurs pour la jeunesse.

Pour en savoir plus:
https://www.sgdl.org/sgdl-accueil/services-de-la-sgdl/les-sessions-de-professionalisation

Au plaisir

Carole l’amour tambour battant, de François Szabó

Carole l’amour tambour battant, poésie, éditions les Poètes français, mars 2022

 

C’est une voix singulière qu’il faut savoir écouter pour en apprécier les nuances « un monde à l’orée de la perception » – pour reprendre les mots mêmes du poète. François Szabó, lecteur passionné de poésie dans toutes les langues de la planète, nous livre des textes qui pourraient faussement sembler légers, éthérés, et en fait ce sont de bien délicates broderies tissées avec « la ferveur / De chaque instant [avec laquelle] […] se définit le monde offert / A capter la goutte dans la lumière ». L’amour est le sujet majeur de la poésie, et c’est lui, bien sûr, qui préside à ce fin travail de tisserand. Ainsi François nous montre à nouveau que « La poésie est contagieuse ô combien / Aucun barrage contre son pacifisme / Elle désarme interroge questionne ».

Lisons et relisons ces lignes limpides, et peu à peu jaillira l’enchantement, au-delà du « labyrinthe du dicible » le texte s’ouvre sur l’infini, « C’est acquiesçant et ardent / Que le parcours s’enlumine » et nous réalisons avec une certaine griserie que « tout poème contient un cosmos ».
(Jean-Frédéric Brun)

Répartition des aides à la création littéraire

Le ministère de la Culture a publié, pour l’année 2022, son Observatoire de l’égalité femmes-hommes dans le domaine de la culture. En matière d’accès aux moyens de production, les aides à la création reviennent autant aux autrices et traductrices qu’à leurs homologues masculins, mais les montants alloués aux femmes restent en moyenne inférieurs.

À retrouver sur ActuaLitté

Photographie empruntée au site ActuaLitté : illustration, Images Money, CC BY 2.0

 

Luminitza C. Tigirlas au Gazette café, Montpellier, 19 mars

Découverte de la saveur du sel de la vie à travers la poésie de Luminitza C. Tigirlas invitée par l’association de lecteurs Les Collecteurs. Entretien et lectures.
L’association Les Collecteurs s’associe au Gazette Café pour accueillir cette autrice libératrice.

découvrir Luminitza C. Tigirlas ici

 

Saisons de lagunage de Stéphane Amiot

Saisons de lagunage, poésie, éditions unicité, mars 2022
préface : Marie Vermunt / photographie de couverture : Emmanuel Tecles

Stéphane Amiot porte au fond de lui-même ces paysages qui ont fini d’être fleuve et qui ne sont pas encore mer. Sa plume trempée dans l’écume des souvenirs dessine le regard du lecteur sur les paysages de Saintonge, flottant parmi les goélands /à l’échancrure des dunes, jalonnés d’ajoncs, ces hautes jambes d’herbes/Tressées de lumière.
Plus loin, au large, une île sculpte l’océan, Autre tentacule continental / Aile / Remords de terre / Qui s’isole et s’insule. Des images, singulières, puissantes, émergent des flots. Les arabesques des mots moutonnent à marée montante, Une écriture des marées qui nous apprend la geste funambule du mort et du vif.
Stéphane Amiot tapisse le jusant, de ses paysages intérieurs sous l’aubier de lune. Ce recueil est une invitation des sens pour écouter car Tout chante sous le voile du silence. (extrait de la préface)

 

FRAGMENT

toi qui marches comme on prie
dans le silence et la fraternité des gouffres
qui vas traversé de folles déroutes
enfrichant de chaque pas le chemin
dans le genêt des escapades
tu éprouves l’apesanteur des sèves
toi qui marches contre la canicule
et ses cigales clouées à l’écorce des arbres
tu sais que longue
est la traversée des pleurs
parmi le saintbois et ses semis hallucinés
qui vouent nos soifs aux cimetières du vent
tu sais la litanie des défaites
les cris repris par les sables
les enfances jugulées
et les bras perdus à étreindre la boue
toi qui marches sur la tombe des pins
tu sais que vivre n’a qu’un temps
que nous sommes tous
des oiseaux sacrifiés
au pèlerinage des flots

 

Sous ma fourrure de mots, lecture de Jeannine Teisson, Gazette café, Montpellier, 17 mars 2022

au Gazette café , 6, rue Levat, Montpellier
le jeudi 17 mars, à 19h

Sous ma fourrure de mots

mois de mars, Printemps des poètes
Janine Teisson lira des poèmes inédits ou extraits de ses recueils

Icare mon amour, Renaître et Au clair de la nuit.

Sa poésie nous dira les fêlures, l’enfance, le temps qui passe, l’amour, la beauté et la douleur du monde, l’écriture vitale et la mort et l’humour.

Motel Valparaiso, de Philippe Castelneau

Motel Valparaiso, roman, éditions Asphalte, mars 2021

Suite à une rupture amoureuse, un homme décide de quitter sa vie en France et part pour les États-Unis réaliser le road-trip qui redonnera un sens à son existence. Alors qu’il traverse en car une ville inconnue dans le désert de Sonora, il va apercevoir une femme qui semble lui faire signe, à une fenêtre. Happé par cette vision, il décide sur un coup de tête de poser là ses valises. Installé au Motel Valparaiso, il entreprend d’explorer Cevola, cette localité écrasée par la chaleur qui semble avoir connu mille vies au cours de l’histoire. D’abord fasciné, puis inspiré, il prendra conscience que la ville semble avoir une emprise sur ceux qui y vivent… Motel Valparaiso est un rêve éveillé nourri d’American way of life et de grands espaces, un premier roman sur lequel plane « une voix de sable mêlée de vent ».

Un avant-goût : « Cevola est une ville… particulière, disons. Vous pouvez y vivre des années, vous y découvrirez toujours des choses que vous n’aviez pas vues auparavant. C’est un peu comme une carte, vous voyez ?
Chaque fois qu’on en déplie un pan, le territoire s’agrandit. C’est ce qui fait son charme, et son mystère. »

 

EXTRAIT

J’ai roulé des heures pour venir jusqu’ici. Aux confins de l’Arizona, la Californie n’est déjà plus qu’un lointain souvenir. Autour de moi, dans toutes les directions, le désert s’étend à perte de vue.

Mais l’ouragan de flammes qui ravage les forêts loin derrière semble avoir contaminé le ciel, attisé par la sécheresse et les chaleurs caniculaires, poussé par des vents violents, les Diablo winds.
La Californie brûle, mais c’est l’Amérique qui est en feu, me dis-je. Mon rêve américain que je laisse derrière moi et qui part en fumée. Je lève les yeux et contemple un ciel nouveau. Une vision lumineuse. Un horizon alchimique, étang brûlant de braises et de soufre. Des flammes logent entre les nuages sombres. L’atmosphère frémit. La pupille irradiée, je fixe une étendue d’ocre rouge, de cuivre et de terre d’ombre, d’oxyde de chrome et de cobalt, striée d’altostratus, nappes fibreuses gris cendre comme tracées au couteau. Dans le frémissement de l’atmosphère et de la lumière, je me perds un instant dans cette chimère d’un monde transfiguré quand, alors que je zigzague dans les montagnes des réserves indiennes, l’horizon devient tout à fait noir, le ciel s’ouvre et la terre disparaît, engloutie sous une pluie d’enfer…
Je ferme les paupières. Mon corps vibre. Je suis pris de vertige. Quand je rouvre les yeux, la nuit s’étire derrière une pluie d’étoiles. Il arrive ici que la nuit surgisse en plein jour. Les cellules orageuses se déchaînent. Accélération du signal électrique vers les zones synaptiques : l’esprit s’abandonne à la rêverie en contemplant le ciel qui se déchire. Quand la vraie nuit rejoint enfin la part noire du jour, il faudrait s’abriter, mais le ciel dessine une voie magique. L’espace d’un instant, l’âme est au diapason du monde. Des choses volent qui ne devraient pas voler. L’univers se retourne. Une ville apparaît, surgissant du désert.

 

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